Cathédrale St. Michael's

Miracle à Toronto? Un conte de la crypte bien particulier…

L'Ontarienne Deborah Zago tenant une pierre dans sa main droite.
L'Ontarienne Deborah Zago tenant une pierre dans sa main droite.   (CNS photo/Michael Swan, The Catholic Register)
2016-09-27 11:51 || Canada Canada

Au moment même où le Vatican resserre son processus de reconnaissance d’une guérison miraculeuse, voilà que des malades catholiques au Canada affirment avoir été guéris par… des pierres.

Il s’agit plus précisément de morceaux de brique et de mortier provenant de la crypte d’un ex-évêque de Toronto. Ces résidus de maçonnerie se sont retrouvés entre les mains de dix-huit grands malades à travers le Canada. Certains d’entre eux affirment désormais avoir été guéris grâce à ces reliques de Mgr Michael Power.

Décédé le 1er octobre 1847, Mgr Power fut enseveli dans une crypte, à même le sous-sol de la cathédrale St. Michael’s, à Toronto.

Les pierres de la crypte de Mgr Power ont récemment attiré l’attention de Carol Bragagnolo. Gestionnaire de projets pour la firme Angelus and Associates, elle pilotait les travaux de rénovation à la cathédrale St. Michael’s. Selon elle, les pierres de la cathédrale ont «emmagasiné un nombre incalculable de prières au fil des ans».

«J’ai commencé à entreposer ces pierres aux abords de la crypte de Mgr Power, en me disant que ces pierres ne pouvaient que gagner en puissance», dit-elle.
Mais le curé de la cathédrale, Michael Busch, reste prudent. Pour lui, pas question d’affirmer que les pierres ont un pouvoir particulier.

Prudence du curé

«L’essentiel, ici, c’est la foi qui anime ces malades et ceux qui prient pour eux et avec eux, afin de les aider à mieux faire face et à mieux combattre la maladie qui les accable. Ce ne sont ni la brique, ni le mortier qui sauvent ces malades. Ces objets-là permettent simplement de focaliser leur attention et de diriger leur prière», ajoute-t-il.

Mais certains croient au contraire que leur guérison est directement liée à ces pierres. C’est notamment le cas de Deborah Zago, qui avait presque perdu son combat contre le cancer de l’utérus en 2014. Amaigrie, épuisée, on disait sa mort prochaine car son état ne lui permettait pas de recevoir des traitements de chimiothérapie.
Peu après avoir reçu des fragments de pierre de la crypte, Deborah Zago a recommencé à prendre du poids. Puis, elle a commencé à subir de traitements de chimiothérapie dans une unité d’oncologie d’Hamilton. Désormais en rémission, la malade demeure convaincue que les pierres y sont pour quelque chose.
«Pendant qu’ils m’administraient des traitements de chimiothérapie, moi je priais avec confiance, pierres à la main, en disant: «Chères pierres, vous qui êtes chargées des prières, vous qui êtes remplies de demandes formulées par des gens qui, comme moi, espèrent qu’un miracle surgisse dans leur vie, puissiez-vous me venir en aide.» J’ai donc serré très fort ces pierres et leur ai fait totalement confiance, tout comme je n’ai jamais cessé d’avoir entièrement confiance en Dieu», dit-elle.

Science et foi

Hématologue de formation, la docteure Jacalyn Duffin enseigne l’histoire de la médecine à l’Université Queen’s de Kingston. Dans le cadre de ses recherches, elle s’est intéressée aux récits de miracles conservés dans les archives du Vatican. Ces récits, dont certains remontent à plus de 400 ans, lui ont permis de rédiger deux livres sur les thaumaturges et les guérisons miraculeuses.

Jacalyn Duffin n’est pas catholique: elle se qualifie elle-même de sceptique et d’agnostique. Ses travaux sur l’histoire des miracles adoptent donc un point vue rationnel sur des guérisons inexplicables, en braquant les projecteurs sur l’expérience vécue par les miraculés.

«Je suis totalement imperméable aux visions du monde mises de l’avant par les religions. Cela dit, je crois que les médecins doivent faire preuve de respect à l’égard des croyants, car la foi conditionne en bonne partie leur rapport à la maladie», dit-elle. «Je suis assez humble pour admettre que lorsque je suis incapable d’expliquer rationnellement les causes d’une guérison, rien de m’autorise à réfuter les explications religieuses mises de l’avant par les miraculés», ajoute l’historienne de la médecine.

Les médecins préfèrent donc ne pas se prononcer sur les guérisons inexplicables de leurs patients. Or, des guérisons comme celles-là se produisent fréquemment, affirme la docteure Duffin, ajoutant que les procès de canonisation ne sont que «la pointe de l’iceberg».

«La prière joue un rôle essentiel, même si elle ne conduit pas à une guérison. Elle réconforte les malades, leur donne la force et le courage d’aller de l’avant. Elle les enracine dans la réalité», conclut l’hématologue.

Bien que le curé de la cathédrale St. Michael’s se réjouisse de l’afflux de pèlerins vers la crypte de Mgr Power, il souhaite toutefois que les fidèles puisse regarder «au-delà» des miracles.

«Je ne suis pas convaincu que les gens qui viennent ici, dans l’espoir qu’un miracle se produise, obtiennent toujours ce qu’ils souhaitent», dit l’abbé Busch.

«Par contre, s’ils viennent se recueillir aux abords de la crypte en espérant que Michael Power intercède en leur faveur et les aide à faire face aux épreuves de la vie, il se peut fort bien qu’ils en tirent quelque bénéfice. J’ai moi-même donné un fragment de pierre de la crypte à l’une de mes sœurs, aux prises avec un cancer du poumon. Elle n’a pas obtenu la guérison tant attendue. La pierre a cependant guidé sa prière et l’a aidée à mieux vivre avec sa maladie. Elle semblait moins terrifiée par l’idée de devoir mourir.»

CNS
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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