Message du Premier mai 2005

Système de santé: quand les évêques avertissaient le gouvernement... il y a 15 ans

Il y a 15 ans, les évêques catholiques du Québec prévenaient le gouvernement du Québec des problèmes que ses réformes dans le domaine de la santé allaient éventuellement entraîner.
Il y a 15 ans, les évêques catholiques du Québec prévenaient le gouvernement du Québec des problèmes que ses réformes dans le domaine de la santé allaient éventuellement entraîner.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-04-20 12:04 || Québec Québec

Il y a 15 ans, les évêques catholiques du Québec prévenaient le gouvernement provincial des problèmes que ses réformes dans le domaine de la santé allaient éventuellement entraîner. Un texte oublié depuis longtemps mais qui, relu aujourd'hui, semble étonnamment prémonitoire pendant la crise de la COVID-19.

En 2005, ils estimaient que «la tourmente des réformes, du virage ambulatoire et de la restructuration des dernières années» ont carrément mis en péril le «caractère public, gratuit et universel» du système de santé et de services sociaux.

Dans un message intitulé La santé a un nom et un visage, le Comité des affaires sociales de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) déplorait que le «système de santé se retrouve en danger d’être géré comme les entreprises privées à rendement, telles qu’elles fonctionnent actuellement dans un marché mondial où tout est à acheter et à vendre pour un profit financier».

«Ça me semble d'une grande actualité», lance, après un moment d'hésitation, Mgr Marc Pelchat, actuel président du Conseil Église et société de l'AECQ, le nouveau nom du Comité des affaires sociales.

«De toute évidence, nos prédécesseurs avaient beaucoup de clairvoyance et de capacité d'analyse», dit-il en prenant connaissance de ce texte publié en 2005, à l'occasion du Premier mai, Journée internationale des travailleurs.

«Leur message montre que les questions que l'on se pose aujourd'hui sur les soins de santé offerts aux aînés, c'est un problème récurrent», dit l'évêque auxiliaire à Québec.

En préparant la récente déclaration des évêques du Québec sur les soins de santé à l'heure de la pandémie, Mgr Pelchat reconnaît n'avoir pas relu le message épiscopal de 2005. À cette époque, il était prêtre et doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval.

Déjà en 2005, les évêques reconnaissaient que «les travailleuses et les travailleurs de la santé et des services sociaux vivent de plus en plus avec le sentiment de ne plus avoir le temps de prodiguer, avec toute l’attention requise, les soins nécessaires aux personnes qui leur sont confiées, ce qui est leur mission première».

Une situation regrettable parce que «la personne humaine n’est plus au cœur du système de santé et des services sociaux du Québec».

Le personnel soignant réussit toutefois, «à travers les contraintes imposées, l’exploit d’humaniser un système dont les valeurs primordiales semblent relever d’abord de l’équilibre budgétaire».

Mais «ces femmes et ces hommes pourront-ils tenir longtemps le système à bout de bras?», demandait alors le Comité des affaires social des évêques québécois.

Mgr Marc Pelchat ne peut s'empêcher de lancer un sonore «Mon Dieu, c'était prophétique», lorsqu'il relit l'extrait suivant de la déclaration épiscopale du Premier mai 2005: «Si les soins à domicile sont prioritaires, le gouvernement devra reconnaître que les soins de première ligne dispensés par les nouveaux centres de santé et de services sociaux (CLSC et CHSLD) et les services à  domicile doivent être également prioritaires dans son financement.»

«Des investissements en prévention suivraient de même qu’une rémunération juste et équitable pour les travailleurs et travailleuses», concluent les évêques.

«En 2005, on parle déjà de sous-traitance», observe l'ex-doyen devenu évêque auxiliaire. «Et aujourd'hui, on découvre que les autorités ont sous-traité des places auprès de CHSLD privés. Même qu'on continue d'en acheter en très grande quantité.»

«Les soins à domicile sont devenus le parent pauvre de notre système. On oblige les gens à se tourner vers les CHSLD privés ou publics», ajoute-t-il.

«Est-ce une bonne option que de parker tout le monde dans de grands ensembles? Ne devrait-on pas faire tous les efforts pour maintenir les gens à domicile, y compris dans les familles ou des résidences intergénérationnelles?», demande-t-il.

Ce message épiscopal de 2005 sur les soins de santé au Québec est «vraiment prophétique et très actuel», répète-t-il.

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