Un héritage actuel pour deux religieux scientifiques

Apollo 11, à la croisée de la science et du sens

Sur cette photo prise par Neil Armstrong, Edwin 'Buzz' Aldrin se tient sur la surface de la Lune le 20 juillet 1969.
Sur cette photo prise par Neil Armstrong, Edwin 'Buzz' Aldrin se tient sur la surface de la Lune le 20 juillet 1969.   (CNS photo/courtoisie NASA)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-06-26 16:59 || Canada Canada

Le 20 juillet 1969, un humain posait le pied sur la Lune pour la première fois, concrétisant un exploit scientifique qui ne cesse de nous interpeller sur le sens de notre place dans le vaste Univers. Alors qu’on s’apprête à souligner le 50e anniversaire de la mission Apollo 11, deux scientifiques qui cheminent aujourd’hui au sein de communautés religieuses se confient sur l’impact de ce «bond de géant pour l’humanité» dans leur vie.

Adam Hincks, un astrophysicien, vient tout juste d’être ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus au Canada. Libby Osgood, une ingénieure qui a travaillé pour la NASA, s’apprête à prononcer ses premiers vœux au sein de la Congrégation de Notre-Dame. Aucun de ces deux trentenaires n’était né lorsque Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune. Et pourtant, ce petit pas a laissé une trace sur leur parcours académique et spirituel.

«Mon père a travaillé comme ingénieur pour la US Air Force et nous avons vécu quelques années à l'extérieur de Washington DC», raconte sœur Osgood. «Nous visitions le musée Smithsonian Air and Space chaque fois que nous avions des visiteurs, et même lorsque nous n’en avions pas. Ensuite, lorsque nous avons déménagé au Texas, nous tirions des fusées et lui et moi avons participé ensemble à un camp spatial dans le cadre d'un programme parent-enfant», se remémore-t-elle.

Elle s’est naturellement tournée vers l’ingénierie pour ses études postsecondaires, mais gardait une distance entre sa foi et sa vie professionnelle. C’est après avoir croisé le chemin des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame qu’elle a réalisé que son travail pouvait «devenir prière».

«Est-ce que j'abordais ce que je faisais comme une tentative de rendre le monde meilleur? Voilà comment je pouvais être fidèle tout en travaillant dans les sciences», explique celle qui est également professeure d'ingénierie à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard. Lorsqu’elle a annoncé à ses collègues qu’elle se dirigeait vers la vie consacrée, elle a constaté que plusieurs scientifiques et ingénieurs ont des «croyances spirituelles profondes», mais qu’ils n’en parlent pas nécessairement au travail.

Fascinée depuis toujours par l’exploration spatiale, elle qualifie la mission Apollo 11 d’élément de départ d’une «nouvelle ère».

«Il fut un temps où, en tant qu'êtres humains, nous pensions être le centre de l'Univers, que le soleil et les planètes tournaient autour de nous. Il y a plus de 400 ans, nous nous sommes rendu compte que c’était en réalité nous qui tournions autour du soleil, et je pense que cela représente plus fidèlement notre expérience de la foi, dit-elle. En tant qu'êtres humains, nous pouvons être si égocentriques, s’attendant à ce que tout l'Univers tourne autour de nous! Parfois, nous sommes comme ça avec Dieu, espérant que tous nos caprices seront acceptés et comblés uniquement parce que nous le voulons. Une fois que nous réalisons que nous sommes un élément de cet Univers magnifiquement complexe, sur une terre tournant autour d’un soleil, sur les bras extérieurs d'une galaxie entourée d'innombrables autres systèmes solaires, dans un cosmos incommensurable, une fois que nous réalisons que chacun de nous n'est qu’un des 7,5 milliards d’homo sapiens vivant actuellement sur la Terre, que chacun de nous n’est qu’un des grands projets de notre univers vivant, ce n’est qu’ainsi que nous pouvons réaligner nos souhaits et nos besoins, en voyant notre rôle dans le plus grand tout.»

Pour sœur Osgood, l’exploration de l’espace se présente comme un moyen de tirer le meilleur de l’humanité, car elle repose plus que jamais sur la coopération. «Ce qui est beau dans la science, c'est que nous essayons de percer certains des secrets de l'Univers en les explorant. Comme pour démonter une horloge pour voir comment cela fonctionne et pour apprécier l'ingéniosité du concepteur, nous parcourons l'espace en essayant de comprendre ‘comment et pourquoi’ et finissons par en apprendre davantage sur nous-mêmes, et nous sommes entraînés dans une prière d'action de grâce.»

Chercher la vérité

Adam Hincks a toujours excellé dans les études. Il a complété son doctorat en physique à Princeton en 2009. La même année, il s’est joint aux jésuites.

«Je suis un chrétien qui se trouve être un scientifique. Ma vie de foi n’est pas isolée du monde scientifique, mais je ne la considère pas qualitativement différente de la foi des non-scientifiques», confie celui qui poursuit présentement une maîtrise en théologie au Regis College de Toronto.

Né plus d’une décennie après Apollo 11, l’événement reste d’abord pour lui un fait historique «extraordinaire».

«L'une des choses frappantes chez les êtres humains est notre insatiable curiosité», souligne-t-il. «L’exploration spatiale a certes des motifs politiques et économiques – le programme Apollo n’a certainement pas fait exception à la règle – je ne pense pas que l’on puisse nier que c’est une manifestation de notre simple désir d’en savoir plus sur l’Univers.» C’est le signe, dit-il, de ce que les penseurs religieux ont toujours souligné: que nos esprits tendent toujours vers la recherche d’une vérité absolue.

«Ultimement, seul Dieu, qui est la plénitude de la vérité et le fondement de tout être, peut pleinement satisfaire notre soif de savoir. Cela ne signifie toutefois pas que l'exploration du monde naturel soit une perte de temps! Cela ne signifie pas non plus que tous les scientifiques seront inévitablement amenés à croire explicitement en Dieu par le biais de leurs recherches. Mais les scientifiques de la foi peuvent comprendre que la création est l’œuvre de Dieu, et comme nous l’apprenons des Écritures, que cela est bon. Par conséquent, l’étudier, l’apprécier, la contempler est une manière de rendre hommage au Créateur et de partager la beauté de la Création avec les autres. Cela peut aussi les pousser à vouloir mieux le connaître personnellement.»

Comme tout bon astrophysicien, il souligne à quel point l’espace est plus vaste et vide que ce que nous parvenons à imaginer. Il ne croit pas pour autant que cette perspective doive mener à la conclusion que les humains sont finalement «insignifiants».

«Depuis quand l’importance se mesure-t-elle à la taille? Le fait que les dimensions de l’astronomie soient plus vastes que d’autres phénomènes connus ne signifie en aucun cas que la taille détermine soudainement la valeur de quelque chose», explique le père Hincks. Il donne comme exemple la présence autour de nous d’un tout petit univers, parfois invisible à l’œil nu, qui est pourtant tout aussi important pour la vie.

«En fin de compte, je pense que l'immensité de l'Univers devrait nous aider à nous rappeler que la Création de Dieu est remarquablement grande et variée, mais cela ne modifie pas non plus l'enseignement biblique selon lequel les êtres humains ont une place importante en son sein et qu’ils sont appelés à avoir une relation spéciale avec Dieu.»

L’exploration spatiale de demain

Depuis quelque temps, et profitant de l’engouement pour le 50e anniversaire d’Apollo 11, la NASA promeut son projet de retourner sur la Lune, puis envisage d’envoyer des humains vers Mars. Parallèlement, de nouveaux instruments de mesure, dont des télescopes plus performants, promettent de livrer de nouveaux secrets de l’Univers.

«Il y a une place pour la foi dans toutes les entreprises véritablement humaines et l'exploration de l'espace ne fait pas exception», explique le père Hincks. «Bien que la recherche de la vérité scientifique ne soit pas la même chose que la foi, elles ont en commun la conviction que la vérité peut être trouvée, qu'elle nous surprendra et nous ravira souvent et qu'elle vaut la peine d'être découverte.»

Pour sœur Osgood, la finalité de ces efforts est également à considérer.

«Ce qui compte, c'est ce que nous faisons avec l'information. Est-ce que cela nous aide à aimer plus? À prendre davantage soin de la terre et de ses habitants? Si c'est le cas, alors notre foi est présente», dit-elle, soulignant que la religion et la science sont complémentaires aussi bien dans sa propre vie que dans celle de toute l'humanité.

«Je compare cela à une vue incroyable, poursuit sœur Osgood. Une vue qui vous coupe le souffle. Vous voulez capter cette beauté, alors vous la prenez en photo, mais en regardant l'image vous réalisez que la vue est encore plus incroyable. Alors, vous vous assoyez et vous composez un poème en utilisant toutes les belles fioritures auxquelles vous pouvez penser, mais encore une fois, la vue est toujours plus grande. La vérité de la beauté de l'Univers, la vérité qui est Dieu, est comme cette vue. La science et la religion sont deux manières différentes qui tentent de décrire et de comprendre la beauté, mais en fin de compte, nous savons qu’aucune n’exprime l’entièreté de Dieu.»

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