Val-d'Or: allégations d'abus contre des femmes autochtones

«Aberrant et condamnable»: l'évêque d'Amos consterné

Soeur Renelle Lasalle, agente de pastorale chez les Algonquins de Lac-Simon et de Kitcisakik. Photo prise lors du 75e anniversaire du diocèse d'Amos, en 2014.
Soeur Renelle Lasalle, agente de pastorale chez les Algonquins de Lac-Simon et de Kitcisakik. Photo prise lors du 75e anniversaire du diocèse d'Amos, en 2014.   (Courtoisie)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2015-10-28 20:20 || Québec Québec

L'évêque d'Amos, Gilles Lemay, n'a pas manqué une seconde du reportage de l'émission Enquête sur les allégations d'abus commis contre des femmes autochtones par des policiers de la Sûreté du Québec. Les témoignages qu'il a entendus jeudi dernier l'ont bouleversé.

«J'ai eu tout un choc», dit l'évêque de ce diocèse du nord qui comprend notamment les communautés algonquines de Lac-Simon et de Pikogan.

La journaliste Josée Dupuis a recueilli des témoignages de femmes autochtones qui ont osé dénoncer, à la caméra, les abus qu'elles auraient subis de la part de certains policiers. Des agressions sexuelles et des gestes d'intimidation sont évoqués par ces femmes de différents âges. Dans certains cas, interpellées pour vagabondage, prostitution ou consommation d'alcool, elles auraient été abandonnées, loin de Val-d'Or, en pleine nuit.

«On ne fait même pas cela à un animal.»

«Je trouve cela vraiment aberrant et totalement condamnable. C'est inapproprié que des personnes en autorités puissent agir ainsi auprès de personnes vulnérables. Je trouve cela inhumain», déplore Mgr Lemay. «Voyons donc! Emmener des gens très peu vêtus, en plein hiver, loin, à un certain nombre de kilomètres, et les laisser-là. On ne fait même pas cela à un animal.»

Une bombe atomique

Agente de pastorale à la mission Saint-Georges de Lac-Simon et à la mission Sainte-Clotilde de Kitcisakik, soeur Renelle Lasalle a elle aussi regardé Enquête, alors qu’elle était de passage à Joliette, dans sa congrégation, les Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie.

«Je connais tous ces gens. Une femme m’avait déjà confié avoir fait de la prostitution. Mais ce que j’ai entendu ce soir-là, ça m’a fait tomber en bas de ma chaise. Je me disais: ça ne se peut pas comment on maltraite ces femmes», dit-elle, ajoutant que la communauté de Kitcisakik est particulièrement pauvre. On n'y a ni électicité, ni eau courante.

«C’est un bourbier sans fond.»

«Cela fait cinq ans que je suis dans ce milieu. Je sais bien que les autochtones ne comptent pas dans notre société. Mais là, c’est le boutte du boutte! Elles ont été abusées dans des pensionnats alors qu’elles faisaient confiance aux prêtres et aux sœurs. Aujourd’hui, c’est l’autre génération qui est abusée par des policiers. C’est un bourbier sans fond», déplore-t-elle.

Le reportage d’Enquête, à ses yeux, a tristement révélé que «les autochtones n’ont pas de valeur aux yeux des Blancs. Quand des femmes sont en boisson ou bien prostituées, on peut faire n’importe quoi avec elles».

Elle admire toutefois le courage de celles qui ont osé prendre la parole. «Qu’elles parlent, c’est une bombe atomique. On va dire maintenant qu’un événement a eu lieu avant-Enquête ou après-Enquête

Des gestes de solidarité

Des gestes de solidarité et de dialogue sont nécessaires au lendemain de ces révélations, estime Mgr Lemay. «Je me propose d'aller visiter bientôt la communauté de Lac-Simon. Et je vais voir avec le curé de Val-d’Or ce qu’on peut lancer comme programme.»

Renelle Lasalle, elle, a déjà une idée de ce qu’elle fera à son retour, dans deux semaines. Elle veut parler aux anciens de la communauté. «Je vais réunir toutes les grands-mères, parce que ce sont elles qui donnent le ton. Si elles sont convaincues qu’il faut parler, il va y avoir du changement. Les changements, ça passe par les aînés.»

 

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