40e commémoration chrétienne de la Shoah

«Les récits de leur vie tragique et de leur mort atroce étaient un grand choc pour moi»

Ilona Flutsztejn-Gruda, née à Varsovie, en Pologne, en 1930, prenait part à la 40e commémoration chrétienne de la Shoah, le 5 mai 2019, à la cathédrale anglicane Christ Church de Montréal.
Ilona Flutsztejn-Gruda, née à Varsovie, en Pologne, en 1930, prenait part à la 40e commémoration chrétienne de la Shoah, le 5 mai 2019, à la cathédrale anglicane Christ Church de Montréal.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-05-08 09:08 || Québec Québec

«J’avais neuf ans quand la Deuxième Guerre mondiale a éclaté. J’ai eu la chance d’avoir évité le pire, c'est-à dire les ghettos, les camps de concentration et ceux d’extermination. Mes parents ont été assez sages pour fuir, le plus loin possible, la zone de guerre et l’occupation allemande.»

Après avoir prononcé ces premiers mots, Ilona Flutsztejn-Gruda, née à Varsovie, en Pologne, en 1930, a levé les yeux et promené son regard sur les gens rassemblés ce dimanche après-midi dans cette cathédrale de Montréal.

À l'occasion de la 40e commémoration chrétienne de la Shoah, cette survivante de l'Holocauste, auteure du livre Quand les grands jouaient à la guerre (Léméac - Actes Sud, 1999), est venue raconter aux gens réunis à la cathédrale anglicane Christ Church de Montréal, que lorsque ses parents et elles sont retournés en Pologne après sept ans d'exil, ils ont appris que «la majorité des membres de [leur] famille avait été assassinés par les Allemands».

«Je pense à ma tante Zosia, que j’aimais beaucoup, à mon oncle Szymon, à sa femme et leurs deux enfants, mes cousins un peu plus âgés que moi qui venaient souvent dans notre maison pendant les vacances», a-t-elle confié en fermant les yeux.

«Les récits de leur vie tragique et de leur mort atroce étaient un grand choc pour moi, un choc inimaginable.» L'adolescente d'alors se rappelle que «les survivants venaient chez nous et racontaient leur vécu, les cachettes, les dénonciations, le désespoir. Ces récits se sont incrustés dans ma mémoire pour toujours», a dit Mme Flutsztejn-Gruda.

Encore aujourd’hui, il est nécessaire de «transmettre chaque histoire vécue par ces gens».  

«Il ne faut  rien laisser dans l’oubli pour que leurs souffrances et leur mort soient documentées pour toujours», a-t-elle répété aux chrétiens et juifs rassemblés pour cette commémoration de la Shoah organisée par le Dialogue judéo-chrétien de Montréal.

L'évêque anglicane de Montréal, Mgr Mary Irwin-Gibson, a invité les participants à exprimer leur «compassion pour l'immense souffrance des victimes et des survivants de l'Holocauste».

«Durant cette commémoration, nous prierons aussi pour les victimes de toutes les autres tragédies humaines qui affligent encore notre monde».

Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, a rappelé que lors de la Deuxième Guerre mondiale, des gens ont littéralement mis  leur vie en danger pour sauver des juifs. On leur confère le titre de Justes parmi les nations.

«Devenons, nous aussi, des justes d'aujourd'hui. Des justes pour ceux et celles qui souffrent, qui vivent dans la peur, qui sont discriminés ou persécutés», a lancé l'archevêque durant une brève allocution.

«Nous sommes appelés à faire de la Shoah notre maison, à tous, afin de ne pas oublier jusqu'où peut aller l'horreur», a-t-il ajouté. «Nous avons le défi, difficile et exigeant, mais indispensable, de reconnaître que le pire peut arriver. Le pire est arrivé hier. Le pire peut encore arriver aujourd'hui ou demain.»

Moment fort de toute commémoration de la Shoah, six bougies ont ensuite été allumées.

«Le feu, c'est la destruction et la mort», a alors dit la rabbin Sherril Gilbert. «Mais la flamme représente aussi l'espoir, la lumière et l'avenir comme l'exprime la flamme éternelle qui brûle dans chaque synagogue et dans de nombreuses églises.»

Dédiée aux survivants de la Shoah dont «beaucoup portent encore les cicatrices physiques et psychiques de cette horrible époque», la seconde bougie a été allumée par Ilona Flutsztejn-Gruda.

«Cette bougie est pour la promesse de vie qui émerge des cendres et de la poussière», a déclaré le révérend Bertrand Olivier, recteur de la cathédrale Christ Church.

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