Déclaration de Marrakech

300 chefs religieux musulmans à la défense des minorités religieuses

Le cardinal Theodore E. McCarrick, archevêque émérite de Washington (droite) et le cheik Abdallah Bin Bayyah (gauche) lors de la conférence de Marrakech, le 27 janvier 2016.
Le cardinal Theodore E. McCarrick, archevêque émérite de Washington (droite) et le cheik Abdallah Bin Bayyah (gauche) lors de la conférence de Marrakech, le 27 janvier 2016.   (CNS photo/Azure Agency)
2016-02-01 09:36 || Monde Monde

Des dirigeants musulmans de partout sur Terre ont adopté une déclaration demandant qu’on protège mieux les droits des minorités religieuses vivant au sein de pays à majorité musulmane. Réunis à Marrakech (Maroc) du 25 au 27 janvier, les auteurs de cette déclaration ont affirmé s’être inspirés de la Charte de Médine, forme de pacte constitutionnel entre le Prophète Mohammed et les habitants de la ville de Médine. La déclaration signée à Marrakech rappelle que cette charte vieille de 1400 ans garantissait à tous la liberté de religion, indépendamment de leurs croyances respectives.

Cette conférence internationale réunissait des chefs religieux musulmans originaires de plus de 120 pays et de même que des hommes d’État. Fait à noter, on y a aussi convié des représentants de minorités religieuses persécutées, dont les catholiques chaldéens d’Irak.

La déclaration déplore «la détérioration de la situation qui sévit dans différentes régions du monde islamique, en raison du recours à la violence et aux armes pour régler les différends et imposer des opinions». Cette situation fait en sorte que des «regroupements criminels » s’arrogent désormais le droit «d’édicter des règles» qui reposent en fait sur une dangereuse distorsion des «concepts» et des «desseins initiaux» de l’islam.

«Il est inconcevable d’utiliser les préceptes d’une religion pour porter atteinte aux droits des minorités religieuses vivant dans les pays à majorité musulmane», affirme la déclaration.

Les grandes lignes de la Déclaration

La Déclaration de Marrakech invite les théologiens et les penseurs musulmans à «s’investir dans la démarche visant à ancrer le principe de citoyenneté, qui englobe toutes les appartenances». Elle demande que les institutions d’enseignement procèdent à des «révisions courageuses» des programmes et des manuels scolaires afin de «corriger les distorsions» qui incitent «à l’extrémisme et à l’agressivité», qui «alimentent les guerres et les dissensions» et qui «sapent l’unité des sociétés».

Elle exhorte les politiciens et les dirigeants à mettre en place des «mesures constitutionnelles, politiques et juridiques» propres à «raffermir les liens d’entente et de coexistence entre les communautés religieuses vivant en terre d’islam».

La déclaration encourage les membres de la société civile à «favoriser l’émergence d’un large courant social faisant justice aux minorités religieuses dans les sociétés musulmanes et suscitant une prise de conscience quant aux droits de ces minorités».

Enfin, elle incite les «différentes communautés religieuses unies par le même lien national» à cesser d’avoir recours à un processus de «mémoire sélective» tendant à «occulter des siècles de vie commune» et de cohabitation pacifique entre les divers groupes religieux.

Le dialogue islamo-chrétien

La Déclaration de Marrakech lance aussi un appel en faveur du dialogue islamo-chrétien. Elle s’appuie d’ailleurs sur la déclaration œcuménique Une parole commune entre vous et nous, publiée en 2007. Rédigé par 138 théologiens musulmans, ce texte a reçu l’appui d’une dizaine de chefs d’État musulmans. Au moment de sa rédaction, ce texte était destiné au pape Benoit XVI, de même qu’aux primats et chefs spirituels d’autres Églises chrétiennes. Une parole commune plaide en faveur d’une relance du dialogue entre chrétiens et musulmans, en s’appuyant sur les croyances communes à ces deux grands monothéismes: la foi en un Dieu unique et miséricordieux et la place centrale qu’y occupe l’amour du prochain.

Tablant sur le fait que le christianisme et l’islam sont les deux religions comptant le plus grand nombre de fidèles dans le monde, les auteurs d’Une parole commune exhortaient les chrétiens et les musulmans à un nécessaire rapprochement. «L’avenir de notre monde», disaient-ils, «repose sur la capacité des chrétiens et des musulmans à vivre en paix».

La délégation non-musulmane

Une cinquantaine de chefs religieux non-musulmans ont participé à la conférence de Marrakech. Ils ont fait part de leurs inquiétudes face aux actes violents commis au nom de la religion. Ils ont aussi dénoncé les menaces qui pèsent sur les droits civiques, sur la liberté de religion sur l’accès à la citoyenneté dans plusieurs pays à majorité chrétienne, en dénonçant du même souffle les discours xénophobes et islamophobes de certains de leurs coreligionnaires. Ils ont aussi demandé pardon pour les actes répréhensibles ayant été commis et continuant de l’être par les membres de leur propre religion.

L’archevêque émérite de Washington, le cardinal Theodore McCarrick était l’un des membres du panel interreligieux devant produire un rapport au terme des délibérations

«Je me suis senti privilégié de pouvoir entendre la lecture du texte final de la  déclaration, lors de notre assemblée plénière. C’est un document majeur qui aura, je crois, une influence décisive sur notre époque et le cours de notre histoire. Notre monde attendait depuis un bon moment un texte de cette nature», a-t-il commenté, disant du texte qu’il est «audacieux».

Les organiseurs ont dit espérer que le texte de cette déclaration devienne l’une des composantes de la législation islamique.

Les travaux de cette conférence ont été dirigés par le cheik Abdallah Ben Bayyah, président du Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes, un organisme basé aux Émirats arabes unis. Cette conférence était placée sous le patronage du roi marocain Mohammed VI. Elle a été organisée grâce au concours du Ministère des Affaires islamiques du Maroc, de même que par le Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes.

 

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