COVID-19

La Pâque juive sera bien différente cette année

Sur l’usage de la technologie afin de contrer l’isolement, on suggère aux juifs montréalais de «suivre les conseils de [leur] rabbin».
Sur l’usage de la technologie afin de contrer l’isolement, on suggère aux juifs montréalais de «suivre les conseils de [leur] rabbin».   (Courtoisie)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-03-31 07:00 || Québec Québec

Cette année, en raison de la pandémie, la Pâque juive «sera bien différente», reconnaît le Conseil des rabbins de Montréal dans une déclaration publique adressée aux membres de toutes les congrégations juives.

Habituellement, lors de Pessa'h - la Pâque juive, une fête qui dure 8 jours - «nous nous rassemblons autour de la table en famille, entre amis et même avec des étrangers». Lors du séder, le repas cérémonial qui se déroule le premier ou les deux premiers soirs des fêtes, «on raconte l'histoire de notre libération, on mange, on boit, on chante, on pose des questions et on offre des réponses», rappelle le Conseil.

Mais en 2020, distanciation sociale et pandémie affecteront les pratiques habituelles de la Pâque juive, qui ne peut être célébrée qu’avec la famille immédiate. «Les rassemblements avec des étrangers sont strictement interdits cette année et seuls ceux qui vivent sous le même toit peuvent participer au séder», décrètent d'une seule voix tous les rabbins de Montréal. «Nous ne devons pas inviter des amis ou des parents et nous ne pouvons pas visiter la famille ou les amis.»

«Je reconnais que notre message aux communautés est bien déprimant», note la rabbin Rachel Kohl Finegold, de la synagogue Shaar Hashomayim, la présidente du Conseil des rabbins de Montréal. «On s'est même demandé si on devait pas débuter notre message de manière plus positive.»

«Mais la réalité, c'est que tous, nous vivons une situation très difficile.»

Nombreuses questions

Depuis le début de cette crise sanitaire, les rabbins sont interpellés par des membres de leurs congrégations au sujet des rassemblements religieux. À l'approche de Pessa'h, qui débute dans la soirée du mercredi 8 avril, les questions sont encore plus nombreuses tant cette fête est importante pour tous les Juifs. «Et si on invitait seulement les grands-parents? Juste un membre de la famille qui sera seul pour célébrer la Pâque?»

«Notre réponse, c'est non», tranche la rabbin Kohl Finegold, une des premières femmes du judaïsme orthodoxe à avoir été ordonnée.

«C'est certain, les gens sont très déçus de devoir célébrer la fête de la Pâque, cette année, seuls ou avec leur famille immédiate», dit-elle. «Mais aussi difficile que cela puisse être, nous devons suivre les directives des experts en santé publique.»

Ne pas suivre leurs consignes «mettrait davantage de personnes à risque de contagion». Une seule personne est atteinte «et vous vous retrouvez ensuite avec douze nouveaux cas», dit la rabbin.

Des alternatives

Cette année, «il sera encore plus important de contacter nos parents et les membres de notre communauté en prévision du séder», recommande le Conseil des rabbins de Montréal. «Rappelons-nous les heureux souvenirs que nous partageons et les nombreuses Pâques que nous espérons encore passer ensemble dans l'avenir.»

Dans leur déclaration, les rabbins montréalais indiquent aussi qu’il existe plusieurs guides pratiques qui décrivent comment faire une Pâque minimaliste.

Toutefois, sur l’usage de la technologie afin de contrer l’isolement, on suggère de «suivre les conseils de votre rabbin». C’est que des juifs très religieux n’utilisent pas l’électricité lors du sabbat, explique le professeur Pierre Anctil, un spécialiste du judaïsme montréalais et auteur, entre autres, du livre Histoire des Juifs du Québec (Boréal, 2017).

Dans certaines communautés, «ce n'est pas jugé approprié d'utiliser la technologie ou des moyens qui sont contraires aux pratiques permises durant le sabbat». En fait, précise-t-il, «ce n’est pas la technologie qui fait problème» parce qu’on peut sen servir les autres jours de la semaine. «Mais quand il est question du jour du sabbat, des gens s'abstiennent, par exemple, d'allumer ou d'éteindre une source d'électricité.»

À la synagogue Shaar Hashomayim, où travaille la rabbin Kohl Finegold, on recommande d'utiliser la technologie Zoom afin de participer à un séder virtuel, dès 18 heures, au premier jour de la Pâque.

Tout en se préparant «à célébrer la Pâque dans l'ombre de la pandémie», les rabbins montréalais recommandent d'«assurer le bien-être de tous les citoyens de Montréal par l’observation rigoureuse des directives de santé publique et la distanciation sociale».

***

 

 

du même auteur

Un champ de pétrole en Irak. Plus de 70 congrégations religieuses et groupes catholiques du Canada demandent au gouvernement canadien de ne plus «consacrer de fonds publics à l’industrie pétrolière et gazière».
2020-05-29 09:41 || Canada Canada

Des catholiques demandent la fin des subventions à l’industrie pétrolière et gazière

Mgr Pierre Goudreault annonce qu'il vient d'adopter des protocoles «à suivre pour la reprise des célébrations liturgiques afin de limiter les risques de propagation du coronavirus».
2020-05-29 08:38 || Québec Québec

Adoption de deux protocoles sanitaires pour les messes et les funérailles

«On ne veut pas que nos lieux de culte soient des centres de propagation du virus. Parce que, pour nous, la vie humaine est sacrée», affirme Hassan Guillet.
2020-05-28 15:20 || Québec Québec

«On ne veut pas que nos lieux de culte soient des centres de propagation du virus»

articles récents

Le Plan de déconfinement rendu public le 25 mai 2020.
2020-05-26 14:06 || Québec Québec

Aucune date pour la réouverture des lieux de culte

Entre le 1er et le 15 mai, le ministre provincial de l’Ordre des frères mineurs capucins, Louis Cinq-Mars, a appris le décès de sept de ses confrères, tous atteints de la COVID-19.
2020-05-21 14:18 || Québec Québec

Sept capucins décédés de la COVID-19 en deux semaines

À la toute fin de son point de presse quotidien sur la COVID-19, le premier ministre François Legault a évoqué brièvement les conditions de travail du personnel des congrégations religieuses.
2020-05-19 15:37 || Québec Québec

Besoins des congrégations religieuses: «On fait des analyses», dit François Legault