Un partenaire de Développement et Paix visé par son moratoire

Assassinat d'une leader environnementaliste au Brésil

Dilma Ferreira Silva, une coordonnatrice régionale du Mouvement pour les personnes affectées par les barrages (MAB), a été tuée le vendredi 22 mars, dans l’État du Pará, en Amazonie.
Dilma Ferreira Silva, une coordonnatrice régionale du Mouvement pour les personnes affectées par les barrages (MAB), a été tuée le vendredi 22 mars, dans l’État du Pará, en Amazonie.   (Image tirée de Facebook)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-04-12 14:49 || Monde Monde

Développement et Paix déplore l'assassinat d'une dirigeante d'un groupe environnemental du Brésil qu'il appuie depuis plusieurs années.

«Dilma Ferreira Silva, la coordonnatrice régionale de notre partenaire le Mouvement pour les personnes affectées par les barrages (MAB)», a été «tuée le vendredi 22 mars, dans l’État du Pará, en Amazonie», annonce l'organisme de coopération internationale de l'Église catholique au Canada.

Dilma Ferreira Silva «a lutté pendant trois décennies pour les droits des populations affectées par le mégaprojet de barrage hydroélectrique de Tucuruí, sur le fleuve Tocantins en Amazonie brésilienne. On estime que ce barrage a causé le déplacement d’environ 32 000 personnes, de même que de graves dégâts environnementaux», indique Développement et Paix.

L'époux de Dilma Ferreira, Claudionor Costa da Silva, a aussi été assassiné, ainsi qu'un ami. «Les corps des trois victimes ont été retrouvés dans la résidence du couple et portaient tous des marques de torture», a précisé le 8 avril l'agence internationale CIDSE, un organisme catholique dont fait partie Développement et Paix.

«C'est une nouvelle terrible. Mais elle ne nous surprend pas. On observe au Brésil une nette tendance à la répression des défenseurs de l'environnement et des droits humains», explique Christian Champigny, directeur du Service des programmes internationaux de Développement et Paix.

«Des gens qui s'opposent au développement sauvage sont carrément éliminés. On leur reproche d'accompagner des personnes qui veulent avoir leur mot à dire sur les mégaprojets ou sur l'accaparement de leur terre.» C'est précisément le travail qu'effectuait Dilma Ferreira Silva au nom du MAB, connu au Brésil sous le nom de Movimento dos Atingidos por Barragens.

À l'invitation de la CIDSE, plus de cent organismes ont dénoncé cet assassinat auprès du gouvernement brésilien, exigé qu'une enquête indépendante soit menée et que «ceux qui ont perpétré ou commandé ce crime odieux» soient trouvés et jugés.

Sur la liste des 52

Le Mouvement pour les personnes affectées par les barrages est l'un des partenaires de Développement et Paix examinés par un comité ad hoc de la Conférence des évêques catholiques du Canada au début de l'année 2018.

Partagées à des évêques de l'Ouest canadien, les observations de la CECC ont fait qu'en avril 2018, douze diocèses ont retenu les fonds versés par les catholiques durant la campagne Carême de Partage. «Des partenaires semblent montrer des signes de conflit avec l'enseignement moral et social catholique», ont déclaré des évêques afin de justifier leur décision.

Il a fallu plusieurs mois pour que les sommes retenues soient versées intégralement à Développement et Paix. Au moins de novembre, le directeur général, Serge Langlois, a donné l'assurance aux évêques qu'aucune somme amassée en 2018 par leur diocèse respectif ne serait versée à pas moins de 52 organismes toujours sous observation. Plus tôt cette année, M. Langlois a indiqué que le moratoire sur le financement des 52 partenaires serait prolongé «jusqu’à ce que toutes les questions concernant leur acceptabilité aient été résolues».

Le Mouvement pour les personnes affectées par les barrages du Brésil fait-il toujours partie des 52 partenaires dont le financement est momentanément arrêté?

«Je ne peux confirmer cette information. Je dois m'en tenir à la confidentialité du processus d'évaluation des partenaires», répond Romain Duguay, directeur général adjoint de l'organisme.

Le MAB fait partie de la liste des sept partenaires du Brésil et des 25 partenaires d'Amérique latine nommés dans un document de 290 pages qui répond à chacune des observations et des critiques avancées par l'équipe de recherche de la CECC. Présence a pu consulter ce document en novembre 2018.

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