Entrevue avec Robert Comeau

Aurions-nous honte des origines religieuses de Montréal?

  • Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, prononçant une allocution lors de la messe du 375e de Montréal, le 17 mai 2017 à la basilique Notre-Dame.
  • L'historien Robert Comeau devant la basilique Notre-Dame le 17 mai 2017.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-05-18 12:48 || Québec Québec

Assis à l'avant de la basilique Notre-Dame de Montréal, tout près du banc qu'occuperont dans quelques minutes les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard ainsi que le maire Denis Coderre, l'historien Robert Comeau révise ses notes.

Représentant de la Société historique de Montréal, c'est lui qui racontera, au tout début de la messe solennelle du 375e anniversaire de Montréal, les principaux moments qui ont mené à la fondation de Ville-Marie. «Une allocution de deux, trois minutes», lui a-t-on commandé.

Mais l'historien Comeau cache mal sa déception en ce mercredi matin, le 17 mai 2017, 375 ans précisément après la fondation de Montréal.

«Vous avez lu Le Devoir ce matin?», lance-t-il. «On annonce les événements de la journée du 375e. On fait commencer cela à 10h, soit après la messe. Comme si la messe ne faisait pas partie de cette journée de célébration. J'ai trouvé cela plutôt décevant.»

Décevant au point de modifier l'allocution qu'il prononcera un peu plus tard. Dépliant les feuilles de son discours, il relit son dernier paragraphe, tout griffonné à la main. «Après 375 ans, les Montréalais devraient saluer avec reconnaissance nos premiers fondateurs. Soyons fiers de cette histoire, soyons fiers de la raconter.»

L'omission de cette messe questionne l'historien. «C'est comme si les Québécois francophones avaient honte de la Nouvelle-France, honte de leur propre histoire.» Il ne comprend pas que dans les articles qui traitent du 375e anniversaire, «on réussit à ne pas parler de la Société de Notre-Dame, à l'origine de Montréal, une société de dévots. Ce n'est peut-être pas populaire de raconter cela aujourd'hui mais cela s'explique dans le contexte de la Contre-Réforme où il y avait un élan mystique, une volonté missionnaire.»

«C'est comme si les Québécois francophones avaient honte de la Nouvelle-France, honte de leur propre histoire.»

Robert Comeau, professeur d'histoire durant quarante ans, s'en désole d’autant plus que «la Nouvelle-France ne s'enseigne plus aujourd'hui parce qu'on a tellement honte de nos origines religieuses». Il rappelle que les circonstances de la fondation de Montréal en font une ville tout simplement unique. «Et personne ne met cela en valeur».

«Moi qui ne suis pas très pratiquant, je vais certainement être qualifié de fieffé réactionnaire», lance Robert Comeau alors que les gens commencent à prendre place dans les bancs de la basilique. «On fête Montréal et on ne parle pas du côté religieux de Montréal», soupire-t-il.

Pour l'historien membre du conseil d'administration de la Société historique de Montréal, il faut plutôt être «fiers de cette histoire, fiers de la raconter».

Pendant la messe présidée par l'archevêque de Montréal, les bancs n'étaient guère remplis dans la section réservée aux médias. Peu de journalistes ont donc entendu l'allocution amendée de Robert Comeau. Peu de médias auront aussi rapporté ces mots que lancera Denis Coderre, le maire de Montréal, quelques instants après l'historien: «Paul de Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance et les quelque 40 colons et religieux qui ont fondé le village de Ville-Marie ne rêvaient ni de gloire ni de fortune. Leur seule ambition était de bâtir une cité missionnaire», a dit le maire Coderre. «Cet héritage, nous l'assumons entièrement.»

Photographié au sortir de la messe du 375e anniversaire, Robert Comeau affichait un large sourire.

 

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