Archidiocèse de Montréal

Branle-bas pour l'accueil des réfugiés

Alessandra Santopadre, responsable du programme de parrainage des réfugiés pour l'archidiocèse de Montréal.
Alessandra Santopadre, responsable du programme de parrainage des réfugiés pour l'archidiocèse de Montréal.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2015-12-15 15:06 || Québec Québec

Quelques heures à peine après leur arrivée en terre canadienne, les premiers contingents de réfugiés syriens sont entourés de toute la sollicitude du monde par des membres de leurs familles déjà établis au Canada et par différentes organisations caritatives. Parmi elles, des paroisses qui ont décidé d’accueillir ces victimes d’un conflit politico-religieux qui les dépasse, mais qui ne les laisse pas indifférentes.

Pour coordonner l’accueil de ces personnes en détresse, l’archidiocèse de Montréal compte sur Alessandra Santopadre, sa responsable du programme de parrainage des réfugiés. Elle met les bouchées doubles depuis qu’Ottawa a décidé d’accueillir 25 000 réfugiés syriens dans un laps de temps très court.

Avec sa chevelure rousse, ses yeux bleus, son foulard, ses jeans et sa chemise à carreaux, Alessandra Santopadre ne passe pas inaperçue. Son nom et son accent trahissent ses origines. Née en Italie, elle habite Montréal depuis 2012. Elle est très tôt initiée aux souffrances des réfugiés et des migrants grâce à ses parents qui fréquentent la communauté des Missionnaires de Saint-Charles-Borromée, connue aussi sous le nom de Scalabriniens.

Un havre d’espoir

«Le programme de parrainage de l’Archevêché de Montréal existe depuis plusieurs années déjà, précise-t-elle. Bien sûr, la crise syrienne, surtout depuis la diffusion de la photographie de ce petit Syrien qui s’est noyé en Turquie, fait en sorte que notre programme est très sollicité», explique-t-elle.

Alessandra Santopadre dit avoir reçu beaucoup d’appels de familles d’ici qui veulent aider leurs proches, leurs amis. «Ces personnes sont en danger maintenant. Elles ont fui la guerre. Elles sont actuellement dans des pays étrangers comme le Liban, la Turquie, l’Afghanistan, la Jordanie. Elles ont tout perdu. Elles ne savent pas quoi faire. Alors l’Archevêché a décidé d’être pour ces familles un havre d’espoir.»

Depuis quelques mois, la responsable du programme a reçu plus de 50 demandes de parrainage. Des paroisses se sont également manifestées. «J’ai approché entre 30 et 35 paroisses du diocèse. Onze d’entre elles ont commencé les démarches pour accueillir une famille de réfugiés ou pour financer des proches qui se sont engagés à les recevoir.»

Les premières familles de réfugiés y sont attendues au début de l’année 2016. «Toutefois, je reste en alerte. On nous a dit au ministère de l’Immigration que nous pourrions recevoir nos premières familles dès décembre», souligne Mme Santopadre.

La tâche d’Alessandra Santopadre est aussi grande que complexe. Elle doit rencontrer les familles syriennes installées dans le diocèse de Montréal qui manifestent le désir de parrainer leurs proches, voire de parfaits inconnus. «Je leur explique toutes les démarches juridiques qu’elles doivent entreprendre avant de réaliser leur souhait. Cela n’est pas toujours facile. Je dois répéter les informations à plusieurs reprises, car les futurs parrains vivent beaucoup de stress. Ils voudraient tous être rendus à la dernière étape du processus!»

À titre de responsable du programme, elle visite également les paroisses qui ont fait une demande de parrainage. «Je les rencontre de quatre à cinq fois. Les paroisses jouent un rôle fantastique. Même lorsqu’elles vivent des difficultés financières, elles se mobilisent. Certaines veulent parrainer une famille de réfugiés ou vont aider des familles syriennes d’ici qui vont recevoir des proches ou des amis qui ont été chassés de leur pays par la guerre.»

Les familles d’accueil et les paroisses doivent s’engager légalement envers les réfugiés. «Le parrainage doit durer un an. C’est une obligation légale. L’ensemble de leurs besoins doit être pris en charge par le parrain», explique Mme Santopadre.

Affronter nos peurs

Bien que les aspects financier et matériel du parrainage soient cruciaux, Alessandra Santopadre insiste également sur l’aspect psychologique de la démarche. «Les parrains doivent prendre en considération la souffrance psychologique, la détresse, la vulnérabilité des réfugiés. Tôt ou tard, leurs traumatismes vont refaire surface. Les enfants qui ont vécu des choses horribles ont souvent davantage de difficultés à verbaliser leurs traumatismes. Il faut prévoir l’aide de professionnels. Nous devons être prêts à les soutenir. Nous ne pouvons pas les forcer à parler. Cependant, lorsqu’ils seront capables de s’ouvrir, les parrains doivent être en mesure de les écouter, de les référer.»

En outre, la responsable du programme d’accueil des réfugiés du diocèse de Montréal n’hésite pas à parler de la peur suscitée par les réfugiés syriens. «Cette peur, nous ne pouvons pas la nier. Elle est toujours là. Moi aussi, il m’arrive d’avoir peur! Nous devons toujours affronter notre peur et nos préjugés. Moi la première! Je ne suis pas sans préjugés. Et je dois travailler sur moi pour dépasser ma peur», reconnait-elle.

Alessandra Santopadre insiste: «Nous pouvons aller plus loin que cette peur. Lorsque nous osons aller à la rencontre de l’autre, nous constatons que l’autre est différent de nous, mais que cette différence est un enrichissement et non un obstacle. Si nous avons la force de le rencontrer, de l’écouter, de trouver ce qui peut nous unir, nous nous apercevons que nous avons tout à apprendre de l’autre. Si nous sommes convaincus de cela, nous pouvons aller plus loin que la peur. Je crois que la miséricorde, comme le dit le pape François, peut être notre force pour nous rencontrer. Il faut prendre le risque d’accueillir tout le monde.»

Mme Santopadre précise également que «lorsqu’un réfugié arrive ici, il a déjà passé par toute une série de contrôles de sécurité. De plus, une fois en terre canadienne, le gouvernement va étudier son histoire. Il va passer une entrevue. Il doit visiter le médecin. Ce n’est pas si facile d’entrer au Canada. Et c’est bien que ces enquêtes se réalisent.»

L’entrevue se termine ainsi. Alessandra Santopadre regarde son téléphone et lance: «C’est un vrai miracle qu’il n’ait pas sonné durant notre entretien!» Aujourd’hui, sa boîte vocale est pleine. Impossible de lui laisser un message. Et sa mission ne fait que commencer…

 

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