À Longueuil

Commémoration chrétienne de la Shoah

  • Des bougies ont été allumées en mémoire des victimes.
  • Le professeur Jean Duhaime, vice-président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal.
  • Jonathan Slater, membre de la Communauté juive de la Rive-Sud.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-05-05 16:26 || Québec Québec

À l'église Saint-Georges de Longueuil, le dimanche 1er mai, des membres des communautés juive et catholique ont commémoré la Shoah, une «catastrophe sans précédent» et une «tempête dévastatrice», selon les mots du curé Yvon Laroche.

Au cours d'une célébration qui a duré près de deux heures, la mémoire des six millions de Juifs et du million de non-Juifs exterminés par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale a été honorée. La commémoration était organisée par le Dialogue judéo-chrétien de Montréal en collaboration avec la paroisse Le Bon Pasteur et la Communauté juive de la Rive-Sud (CJRS).

Au début de la célébration, Alice Herscovitch, directrice générale du Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal a expliqué que l'Holocauste, «c'est le fait que 6 millions de personnes, dont 1,5 million d'enfants, ont été assassinés pour le seul fait d'être juifs, riches ou pauvres, capitalistes ou socialistes, pratiquants ou non, s'identifiant à la communauté juive ou non».

Elle a aussi mentionné que d'autres personnes ont été tuées par les nazis. C'est le cas, par exemple, «des handicapés mentaux, des Témoins de Jehovah, des homosexuels».

Au nom de toutes ces victimes, sept bougies ont été allumées durant cette commémoration chrétienne de la Shoah. Six pour les six millions de juifs et une bougie pour le million d'autres personnes tuées par les nazis.

Comme si Dieu n'existait pas

Appelé à commenter un texte du livre de l'Exode lu un peu plus plus tôt, Jonathan Slater, membre de la Communauté juive de la Rive-Sud, a expliqué à l'assemblée que «la Shoah met à mal le concept d'un Dieu bon qui nous délivre du mal».

«Vous avez certainement entendu cet argument en réponse à la question de l'absence et donc de la culpabilité de Dieu pendant la Shoah. La Shoah n'a pas été un acte causé par l'absence de Dieu, mais un acte commis par un groupe contre un autre groupe», a-t-il lancé aux paroissiens présents.

Mais cela lui paraît «une réponse simpliste et dangereuse qui suggère que Dieu est resté silencieux face au mal perpétré par les nazis. Ou pire, que Dieu a été complice de leur projet. D'où l'idée que les juifs avaient mérité leur sort.»

Mais selon cet universitaire, «il faut poser la question autrement. Comment est-il possible qu'Adolf Hitler, né dans une famille catholique pieuse, que le philosophe et pasteur protestant Gerhard Kittel et que des centaines de chrétiens ont pu concevoir l'idée d'un monde judenrein (libre de Juifs)?»

La réponse qu'il avance est que «les nazis vivaient comme si Dieu n'existait pas».

«La haine remplace l'amour, la négation de l'autre s'opère avec bonne conscience. Les nazis ont mené un combat contre la réalité même. Ils ont faconné une religion idolâtre, mise au service du mal, conçue de la revanche et de la méfiance profonde envers les autres. La Shoah est devenue le symbole de l'inhumanité, du génocide, de l'éloignement du peuple allemand et de ses collaborateurs des principes divins.»

«Nous avons le devoir de rétablir l'humanité, de reprendre espoir», a conclu Jonathan Slater, directeur du programme des études juives à l'Université de l'État de New York, à Plattsburgh.

En entrevue, il a rappelé que «bien des chrétiens, des familles ont fait beaucoup pour les juifs».

«Plusieurs ont caché des enfants. On ne peut pas dire que tout le monde chrétien a fait preuve de méchanceté. C'est une généralisation injuste. Mais ce qui est certain, c'est qu'à l'époque, des nations comme les États-Unis et le Canada ont carrément fermé leurs portes aux juifs. C'est une période historique qu'on essaie toujours de comprendre aujourd'hui.»

Vice-président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal, le professeur Jean Duhaime explique qu'il y a déjà un bon moment que juifs et chrétiens «ont décidé de commémorer ensemble cette tragédie qu'est la Shoah».

«La communauté juive le faisait, bien sûr, mais afin de sensibiliser les communautés chrétiennes, on a choisi d'organiser chanque année une commémoration chrétienne de la Shoah en présence de membres de la communauté juive.»

Cette commémoration ne doit pas n'être «qu'un rappel du passé mais bien une réflexion sur le présent et l'avenir».

«Qu'est-ce qui a causé cette tragédie? Comment on en est arrivé à ce paroxysme de haine dévastatrice?», demande le professeur émérite et ex-doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal. Mais surtout, il faut veiller à empêcher que cette tragédie ne se répète pas aujourd'hui «dans nos communautés, dans notre monde».

David Birnbaum, l'actuel député de la circonscription de D'Arcy-McGee à l'Assemblée nationale, a participé dimanche à cette commémoration chrétienne de la Shoah. Une vingtaine de membres de la Communauté juive de la Rive-Sud étaient aussi présents. Cet organisme est présidé par Jacques Saada, ex-député fédéral de Brossard-La Prairie de 1997 à 2006.

 

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