L'organisme cherche des fonds pour assurer sa survie

Course contre la montre pour la Fraternité Saint-Alphonse

Le coordonnateur de la Fraternité Saint-Alphonse, Réjean Bédard, son directeur général, le père André Morency, et le président du conseil d'administration, Carol Lepage.
Le coordonnateur de la Fraternité Saint-Alphonse, Réjean Bédard, son directeur général, le père André Morency, et le président du conseil d'administration, Carol Lepage.   (Présence/Véronique Demers)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2017-11-30 09:54 || Québec Québec

L’avenir de la Fraternité Saint-Alphonse, un centre d’hébergement de Beauport qui aide des personnes aux prises avec diverses dépendances, semble bien incertain. Le bâtiment qui l'abrite est mis en vente, ce qui lui fait craindre le pire pour la suite.

«Les [Frères de la Charité] nous accueillent depuis presque 17 ans, sans coût de logement. Mais malgré tout, on a un budget très fragile; on ne vit que de dons», explique Carol Lepage, président du conseil d’administration de la Fraternité. Son organisme opère avec un budget annuel moyen de 250 000 $.

«Le frère Gilles Rivard [ndlr: l’un des administrateurs de l’organisme] nous a annoncé en janvier dernier la vente du bâtiment. C’est évalué à 1,9 million $. On avait jusqu’au 28 février 2018 pour déposer une offre, mais on a maintenant jusqu’au 1er décembre pour recueillir les fonds. On n’a même pas 5000$ de dons amassés!», lance-t-il.

«La date a été devancée, parce que les frères ont reçu les résultats d’expertise de la Régie du bâtiment sur les murs extérieurs. Il faut amorcer des travaux urgents de 1,5 million $. Un véritable coup de massue!», souligne M. Lepage. «Je suis très croyant, mais il faudrait un miracle pour avoir les 2,5 millions $.»

Le fondateur de la Fraternité, le père rédemptoriste André Morency, confirme toutefois que personne ne devra quitter les lieux d’ici quelques jours en raison de cette situation.

«Notre bail est jusqu'à la fin de juin. On a fait une offre de 1 million $ pour la maison», dit-il. «Après le 1er décembre, une pancarte sera mise au chemin. S'il y a des promoteurs qui offrent plus, notre offre tombe.» Il explique qu’à l’instar de plusieurs communautés religieuses, les Frères de la Charité, à qui appartient l'édifice, se départissent des grands bâtiments qui ne répondent plus à leurs besoins.

Démarches infructueuses

De son côté, M. Lepage a entrepris des démarches auprès de toutes les communautés religieuses et fondations susceptibles d’aider la Fraternité, mais n’a obtenu très peu de réponses. Il a cherché en vain des bâtiments de communautés religieuses potentiellement disponibles à Beauport.

«Il n’y en a pas, et à Québec, je suis en train d’évaluer le dossier. Si on n’obtient pas les sous à temps, soit on se relocalise, soit on ferme», résume-t-il.

L’organisme, d’abord à charte religieuse lors de sa création en 1994, est devenu laïc en 2009. Au début des années 2000, la Fraternité s’est relocalisée dans le bâtiment des Frères de la Charité, au 3812, boulevard Sainte-Anne.

Bien que le centre d’hébergement soit laïc, des messes y sont célébrées pour les résidents, qui sont libres d’y assister ou non. Ils peuvent aussi obtenir des rencontres individuelles avec le père André Morency.

Des prières pour garder le centre ouvert

Chaque année, de 20 à 27 résidents – majoritairement des hommes – sont accueillis à la Fraternité Saint-Alphonse et suivent une thérapie dans un centre intégré de santé. La Fraternité accueille d’anciens prisonniers, des personnes ayant des problèmes de santé mentale, des personnes cancéreuses, etc.

«Notre mission s’est élargie au fil du temps. Les gens, venant de partout du Québec, peuvent rester quelques mois, ou même un an. Il n’y a rien d’autre dans l’Est. Notre œuvre est connue dans le milieu. Des maisons d’hébergement comme la nôtre, il y a Lauberivière, la Maison Revivre et nous», détaille le président du conseil d’administration.

Bouée de sauvetage

Pour la plupart des résidents, la Fraternité Saint-Alphonse représente une bouée de sauvetage dans leur vie.

Arrivé au centre il y a quatre mois, Jacques Carignan traversait une dépression. Plus rien n’allait dans sa vie, au travail et dans ses finances. Il a voulu s’offrir un nouveau départ en venant au centre d’hébergement. «Ici, je me sens beaucoup écouté et aidé, surtout spirituellement», confie-t-il. «Je commence à m’ouvrir aux gens.»

Si la Fraternité fermait ses portes, M. Carignan reconnaît qu’il trouverait ça très difficile à accepter. «Je le vois chez les gens qui ont toutes sortes de dépendances, il y a un besoin criant. Ce serait un gros manque si ça n’existait plus. Si je recule de deux mois et demi, ça aurait pu mettre en péril ma réhabilitation. Je prie Dieu pour que l’organisme ait des fonds. C’est primordial que ça demeure ouvert», souligne-t-il.

Carol Lepage s’inquiète sur le sort des résidents, si ceux-ci venaient à être privés du centre d’hébergement. «Un gars ne partira pas tant qu’il ne s’est pas trouvé un emploi, un appartement, sinon, il risque de retourner dans le même pattern qu’au départ. Il faudrait des intervenants pour l’accompagner pendant un certain temps, mais on n’a pas les ressources.»

Un esprit de famille bien développé

De son côté, Johanne Bernier, une «ancienne», ne manque pour rien au monde ses visites hebdomadaires à la Fraternité. «J’ai passé un an ici, en 2009, mais j’y suis demeurée attachée. Je donne du temps gratuitement, parce que c’est rendu ma famille numéro un! Je n’ai pas de contact avec mes parents, pas de liens. Je ne veux pas trop y penser. Je ne sais pas où j’irais, je sentirais un gros vide si ça fermait», confie-t-elle.

Venue à Québec pour se trouver du travail, Johanne Bernier a éprouvé plus de difficultés que prévu. Finalement, sans emploi et sans salaire, la femme originaire du Lac-Saint-Jean ne savait plus où aller. «Je pensais repartir quelques jours plus tard de la Fraternité Saint-Alphonse, mais je suis sortie un an plus tard. J’ai réalisé aussi que j’avais un problème avec l’alcool. Je suis allée à des réunions d’alcooliques anonymes, j’ai fait des thérapies», raconte Mme Bernier, qui vit en appartement de manière autonome depuis quelques années. 

«La maison m’a apporté beaucoup. Je me suis toujours sentie accueillie, écoutée et acceptée. Il y a ici un accueil inconditionnel! En plus de la famille et de l’aide reçue, j’ai aussi appris à connaître Dieu. Jésus a soigné des gens et guéri des aveugles. S’il a fait ça, il peut sûrement faire quelque chose aussi pour sauver le centre», espère-t-elle.

Mis à jour à 23 h 15 le 1er décembre 2017. Correction: le bâtiment appartient aux Frères de la Charité et non aux rédemptoristes.

 

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