Ann Sieben marche 5000 km de Denver à Sainte-Anne-de-Beaupré

D'ingénieure nucléaire à pèlerine à temps plein

  • Ann Sieben était de passage à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec le 24 mars.
  • Ann Sieben a été accueillie par le curé de la cathédrale de Québec, Denis Bélanger, tandis qu'on sonnait les cloches pour souligner son arrivée.
  • Ann Sieben devant la Porte sainte de la cathédrale de Québec.
  • Ann Sieben a franchi la Porte sainte de la cathédrale Notre-Dame de Québec le Jeudi saint.
  • Le carnet de pèlerin d'Ann Sieben, signé par l'archevêque de Denver.
  • L'évêque auxiliaire de Québec, Mgr Gaétan Proulx, verse de l'eau sur le pied d'Ann Sieben lors du rituel du lavement des pieds du Jeudi saint.
  • L'évêque auxiliaire de Québec, Mgr Gaétan Proulx, échange un sourire avec Ann Sieben lors du rituel du lavement des pieds du Jeudi saint.
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-03-31 09:58 || Canada Canada

Jeudi saint, la pèlerine Ann Sieben faisait partie des gens dont on lavait les pieds à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. L’évêque auxiliaire de Québec, Mgr Gaétan Proulx, et elle ont échangé un sourire tandis qu’il essuyait son pied à l’aide d’une serviette. À cet instant, le symbole rencontrait le symbole: l’Américaine venait de parcourir à pied plus de 5100 km entre Denver, au Colorado, et Québec.

Dans l’après-midi du 24 mars, les cloches ont salué son arrivée à la cathédrale primatiale du Canada. Le curé, Denis Bélanger, l’attendait à l’extérieur pour l’accueillir et l’inviter à franchir la Porte sainte, ouverte à l’occasion de l’Année de la miséricorde dans l’Église catholique.

D’autres adeptes de pèlerinages à pied du Québec accompagnaient l’Américaine pour ce moment important de son périple. Ils venaient de parcourir avec elle les vingt kilomètres qui séparent le sanctuaire diocésain consacré à sainte Thérèse de Lisieux, à Beauport, et le Vieux-Québec. Plusieurs d’entre eux étaient à ses côtés lors du lavement des pieds ce soir-là.

La «pèlerine d’hiver»

Ann Sieben a quitté Denver le 1er novembre 2015. Surnommée la «pèlerine d’hiver» en raison de son goût prononcé pour les longs pèlerinages hivernaux, son voyage lui a permis de se rendre dans plusieurs grands sanctuaires catholiques nord-américains, dont celui consacré aux saints martyrs canadiens, à Midland (Ontario), l’oratoire Saint-Joseph à Montréal et la basilique de Notre-Dame-du-Cap, le plus grand sanctuaire marial au pays. Elle a terminé son pèlerinage le dimanche de Pâques, à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré. Son histoire personnelle est d’ailleurs intimement liée à ce lieu où sa grand-mère se rendait jadis chaque année avec un groupe du New Jersey. Si elle s’appelle Ann, c’est en raison de cet attrait familial pour ce lieu.

Ce périple entre Denver et Sainte-Anne était son neuvième pèlerinage à pied d’envergure. Jeudi dernier, elle avait des sentiments partagés sur la fin de cette aventure.

«À la fin il y a toujours une excitation. Je veux que ça finisse, atteindre mon objectif et boucler la boucle. Mais en général je fais des petits cercles avant d’arriver à destination, pour prolonger l’expérience un peu plus. C’est tellement génial d’être dans un pèlerinage où chaque pas amène du nouveau. Chaque personne que je rencontre est nouvelle, chaque cathédrale est nouvelle. Ça revigore. Je ne veux pas que ça se termine, mais ça doit se terminer! Un pèlerin doit avoir une destination. Autrement, je suis une vagabonde», expliquait Ann Sieben en riant.

Une ingénieure qui aime la nature

Aujourd’hui âgée de 52 ans, elle a travaillé une vingtaine d’années comme ingénieure nucléaire. Elle a passé plusieurs années en Europe, où elle a conseillé des gouvernements et des compagnies. «Tu dois renoncer à ta vie pour avoir ta vie. J’ai renoncé à ma vie d’ingénieure pour ma vie de pèlerine.»

Outre sa reconnaissable parka verte, elle ne transporte que 7 kg dans son sac: une Bible, quelques vêtements et des articles de toilette. Elle n’a ni téléphone, ni argent sur elle. Quant au trajet, elle s’aventure souvent en nature et évite les routes où il y a trop de trafic.

«Tu dois renoncer à ta vie pour avoir ta vie. J’ai renoncé à ma vie d’ingénieure pour ma vie de pèlerine.»

«J’aime la nature. C’est un truc biblique, tu vois ? Heureux les humbles, car ils hériteront de la terre. Il n’y a rien de plus humble que de simplement marcher. Je ne me préoccupe pas d’arriver rapidement quelque part. Je vais dans le monde et je profite de la nature. C’est la terre, la terre que j’hérite», a-t-elle dit quelques minutes après son arrivée à la cathédrale.

«Je me promène seule et la plupart de l’environnement n’est pas cartographié. Alors je dois m’assurer d’atteindre une destination tous les jours. Chaque soir, je veux dormir dans une maison, sous un toit. Alors je dois m’assurer de me rendre à quelque part avant la nuit. Le jour m’appartient dans la nature, mais en fin d’après-midi, le soir, une heure ou deux avant le coucher du soleil, je trouve des gens. J’explique calmement ma vie: je suis une pèlerine, j’ai besoin d’aide, j’ai besoin d’une place où dormir ce soir. Je suis une mendiante, alors je n’ai pas d’argent. Je ne suis pas une touriste, alors je dois demander aux gens un endroit où dormir, quelque chose à manger. Et les gens m’aident toujours. Ils m’aident grâce à la confiance. Et la confiance est la fondation de la paix. Voilà mon rôle comme pèlerine servante», a-t-elle poursuivi.

Tisser des liens

Heureusement pour elle, elle a appris le français lors de ses voyages en Europe. Ce fut bien utile pour tisser des liens avec les Québécois lors de ses longues semaines de marche. Mais elle mise aussi sur un autre outil pour faciliter le contact: son carnet de pèlerine. Approuvé et signé par l’archevêque Samuel Aquila de Denver, il comprend désormais les sceaux et tampons des divers lieux parcourus.

«Je suis une pèlerine servante. Je marche pour construire la confiance. Ce document est d’une grande aide pour construire la confiance», a-t-elle expliqué, dépliant le long document et le tenant entre ses mains, les bras complètement écartés.

Depuis novembre, les territoires parcourus ont connu leur lot de tempêtes de neige et de verglas. Mais peu importe la météo, elle a assuré qu’il n’y a jamais de jour sombre pendant ses pèlerinages. Même lors de son pèlerinage de Compostelle à Jérusalem en passant une Afrique du Nord en plein Printemps arabe, où elle a été témoin d’échanges de tirs et d’explosions. Brièvement détenue en Libye, on lui a ordonné de quitter le pays «immédiatement».

«J’ai été progressivement absorbée par la vie de pèlerine au fil des années, alors les deux premiers pèlerinages d’hiver, vers Rome, puis d’Aix-la-Chapelle (Allemagne) [à Compostelle], j’apprenais à être un pèlerin. Pendant mon troisième pèlerinage, j’ai marché de Kiev jusqu’au tombeau de saint André à Patras (Grèce), arrivant pour Pâques. Et je suis devenue une pèlerine de foi. Et je ne regarde pas en arrière. Alors je comprends qu’il n’y a pas de jour sombre parce que je fais ce que dit Jésus. Aime Dieu par-dessus tout, dans ton cœur et ton âme, dans ton esprit et ton corps. Je fais cela à chaque minute de chaque journée. Et aime ton prochain comme toi-même. Je fais cela chaque jour. Et chaque jour, je demande et je reçois, je cherche et je trouve, je cogne à la porte et – peut-être pas la première porte – la porte s’ouvre. C’est mon quotidien. Il ne peut y avoir de moment sombre.»

Ann Sieben passera bientôt à la prochaine étape de sa vie de pèlerine, alors qu’elle espère recevoir une consécration officielle. Cet été, elle accompagnera un groupe de Rome à Cracovie pour les Journées mondiales de la jeunesse. Cela fait désormais partie de son rôle et de sa mission de pèlerine servante.

 

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