Le défi estival du séminariste Francis Bégin

De Notre-Dame de Québec au Séminaire de Montréal à vélo

Francis Bégin est parti de Québec le 15 août.
Francis Bégin est parti de Québec le 15 août.   (Courtoisie)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-08-13 00:00 || Québec Québec

Sueur et prières ont été les principaux compagnons de route de Francis Bégin pendant trois jours. Ce séminariste vient de relier la cathédrale de Québec au Grand Séminaire de Montréal en vélo, un projet motivé par le goût de l’aventure et son admiration pour les premiers missionnaires de Nouvelle-France.

« J’ai beaucoup d’admiration pour les découvreurs, les missionnaires de Nouvelle-France. J’ai passé l’été à raconter l’histoire du disciple missionnaire François de Laval. Au début, c’était simplement une idée folle. Puis, j’ai voulu faire un trip en lien avec ça », confie-t-il au terme de l’aventure.

Séminariste depuis 2012 à Montréal, Francis vient de passer l’été à la cathédrale de Québec, où il travaillait comme guide. L’archevêque de Montréal encourage les futurs prêtres à travailler dans un domaine pastoral pendant l’été. C’est ainsi que l’homme de 41 ans a passé trois mois à Québec à accueillir touristes et pèlerins dans l’église de saint François de Laval.

« La porte sainte était fermée cet été à la cathédrale, mais ça me permettait d’en expliquer le sens, dans un cheminement de foi et de miséricorde. J’amenais aussi les gens à la chapelle du Sacré-Cœur, où se trouvent les reliques des saints martyrs canadiens. Et bien entendu, j’arrêtais au tombeau de saint François de Laval. C’était l’occasion de voir ce qu’il a fait au cours de sa vie et comment il a jeté les bases de l’Église en Amérique du Nord. Il devait voyager partout. Si nous sommes catholiques aujourd’hui, c’est parce qu’il a fondé des bases solides pour notre foi », explique Francis.

Le projet de parcourir les 300 km entre Québec et Montréal s’est concrétisé lorsqu’il a eu une offre en or pour acheter un vélo en rabais. Comme son travail à la cathédrale se terminait le 14 août, il s’est arrangé avec un prêtre qu’il connaît bien pour faire transporter ses valises à Montréal. Puis, le 15 août, jour de l’Assomption, il a enfourché son vélo, bien déterminé à réussir ce pari personnel.

« Il y a un peu de l’esprit missionnaire dans cette aventure où l’on découvre le territoire. Bien entendu, contrairement au XVIIe siècle, les routes sont tracées et il y a des dépanneurs un peu partout ! », lance-t-il en riant.

Comme bien des séminaristes aujourd’hui, Francis ne s’est pas dirigé immédiatement vers le séminaire. L’homme originaire de Saint-Hyacinthe a d’abord suivi une formation en ébénisterie pour travailler dans ce domaine pendant dix ans. Il a ensuite roulé sa bosse en programmation Web pendant six ans avant d’aller cogner à la porte du séminaire. Il est présentement à mi-chemin dans sa formation vers la prêtrise. Ces trois jours de vélo, ponctués de prière et de rencontres inattendues, marquent la transition entre l’été et la rentrée du 24 août au séminaire.

« Je pouvais me permettre de prendre ce moment entre la fin du travail et le début des cours. Pendant que je pédalais, j’écoutais des enseignements et des offices. Le long de la route, quand il y avait des Églises ou des croix de chemin, j’arrêtais pour prendre des photos. Ça m’a permis de parler avec les gens. »

À l’Ancienne-Lorette, il découvre une superbe croix de chemin en s’arrêtant pour boire une gorgée d’eau. Un homme s’approche et se met à lui parler de la croix. Il s’agissait en fait de la personne qui l’entretient. « Ça faisait quelques années qu’il rénovait sa croix de chemin », dit Francis, admiratif.

La première journée lui permet de se rendre du Vieux-Québec à Saint-Marc-des-Carrières, dans la MRC de Portneuf. Le lendemain, il se rend jusqu’à Berthierville, après avoir assisté à une messe en plein-air à Grondines. La route est longue et solitaire.

« Il commençait à être tard dimanche soir quand j’arrive à une intersection. Il y avait un lampadaire, mais la route devant moi était plongée dans l’obscurité. C’était à Saint-Barthélemy. Je me suis engagé. Je ne voyais rien. Je voyais à peine la ligne blanche devant moi. Ça a été un acte de confiance. En pédalant, je pensais à la nuit obscure de Jean de la Croix, lorsqu’il affirme que la foi, c’est avancer malgré le noir, en ayant confiance que Dieu est avec soi. »

À sa grande surprise, son voyage le mène également à la rencontre d’un saint martyr canadien, lorsqu’il croise à Lanoraie une plaque marquant l’emplacement du lieu de capture de saint Isaac Jogues en 1642.

Il atteint finalement Montréal au cours de la troisième journée.

« J’étais fier. Quand je suis arrivé au séminaire, j’étais fatigué, j’avais la fatigue dans le corps. Je voulais le dire à tout le monde… mais il n’y avait personne ! »

Francis Bégin n’exclut pas la possibilité de revivre un jour l’expérience sur un plus long trajet, peut-être à travers le Canada. Pour l’instant, il apprécie l’expérience physique et spirituelle vécue sur les traces de ses ancêtres dans la foi, entre Québec et Montréal.

 

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