La communauté était présente depuis 140 ans

Départ des deux dernières Sœurs grises de Sherbrooke

Les religieuses Pauline Bélanger (gauche) et Gilberte Desrosiers (droite) photographiées sur le balcon de leur logement sherbrookois.
Les religieuses Pauline Bélanger (gauche) et Gilberte Desrosiers (droite) photographiées sur le balcon de leur logement sherbrookois.   (Eliane Thibault, courtoisie, archidiocèse de Sherbrooke)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-05-11 15:06 || Québec Québec

«Je suis à Sherbrooke depuis 1974. Ça me coûte un peu de changer d'endroit.» Au téléphone, la voix de Pauline Bélanger vacille lorsqu'elle parle de son prochain déménagement à Saint-Hyacinthe.

«Je suis rendue là. C'est maintenant le temps pour moi d'aller dans une résidence pour personnes âgées. Je ne suis pas la seule au monde à vivre cela, vous savez», ajoute la religieuse de 84 ans qui quittera le 16 juin le logement qu'elle occupe avec sa consœur Gilberte Desrosiers, elle aussi membre des Sœurs de la charité de Saint-Hyacinthe.

«Je m'en vais avec le cœur brisé. Les gens sont tellement gentils ici», renchérit, elle aussi avec émotion, Gilberte Desrosiers, 83 ans. Éprouvant des problèmes de santé de plus en plus importants, elle se rendra à l'infirmerie de la communauté, à Saint-Hyacinthe. «Mon lit est déjà prêt. Mes sœurs ont hâte que j'arrive. Mais moi, je n'ai pas si hâte que cela», lance celle qui a œuvré quelque vingt-cinq année auprès de la Cuisine collective Le blé d'or de Sherbrooke.

Le départ des deux Sœurs grises vers la maison mère de leur congrégation marque la fin de la présence de cette communauté sur le territoire de l'archidiocèse de Sherbrooke.

«Depuis que je sais que je vais quitter, j'ai revu tout ce que les sœurs avaient fait à Sherbrooke depuis 140 ans. Et ça m'a réjouie», observe sœur Bélanger qui a travaillé comme infirmière durant près d'un quart de siècle à l’Hôpital d’Youville de Sherbrooke, autrefois l'Hospice du Sacré-Cœur, une institution fondée en 1875 par les Sœurs de la charité de Saint-Hyacinthe.  Après avoir œuvré à l'Hôpital général de Flin Flon, au Manitoba, la religieuse a contribué à la création du département de réadaptation de l’Hôpital d’Youville.

«Là-bas, à Saint-Hyacinthe, il y aura beaucoup de monde. On ne sera pas seules», explique sœur Bélanger. «Les membres de onze communautés religieuses différentes viennent finir leurs jours chez nous», à l'infirmerie de sa communauté.

«J'aurai de quoi m'occuper», lance l'infirmière, toujours en bonne santé, qui a pris sa retraite en 1998.

Un adieu communautaire

Une messe et un repas souligneront dimanche le départ des deux Sœurs grises. «On nous a remis cinquante billets pour qu'on puisse inviter cinquante personnes qu'on a aidées. On n'a pas eu de difficulté à trouver à qui remettre ces billets», confie sœur Bélanger.

«J'aime tellement les gens», ajoute sœur Desrosiers. «J'ai une grosse peine de partir.» Elle raconte qu'elle a éprouvé un aussi grand chagrin alors qu'elle missionnait auprès d'une communauté autochtone du nord du Manitoba. «Quand la supérieure générale m'a rappelée à la maison mère, je suis allée prévenir le chef», dit-elle. «Non, tu ne t'en vas pas, tu es des nôtres, on ne te laissera pas partir», avait alors répondu le chef de la Première Nation de St. Teresa Point. Peine perdue. C’est à Sherbrooke, auprès de divers organismes sociaux, que la religieuse Gilberte Desrosiers a poursuivi son travail.

«On ne s'en va pas dans une mauvaise maison», lance-t-elle, en éclatant de rire. «C'est une grande maison où il y a beaucoup d'amour.»

Mais ce vendredi, les deux religieuses ont convié les médias de Sherbrooke à venir les rencontrer dans le modeste logement qu’elles quitteront dans un mois. Elle souhaitaient, une dernière fois, «raconter leur parcours et celui de leur communauté en sol sherbrookois».

 

 

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