Articles religieux

Desmarais & Robitaille ferme sa boutique et renoue avec ses racines

  • Le propriétaire Gabriel Robitaille dirige l'entreprise familiale depuis 1992.
  • Photo de la boutique quelques jours avant sa fermeture, au printemps.
  • L'intérieur de la boutique lors de sa dernière semaine d'ouverture, au printemps.
  • Soldes et étagères dégarnies, quelques jours avant la fermeture de la boutique au printemps.
  • En ce début du mois de septembre, il ne reste plus rien de la boutique qui avait pignon sur rue à Montréal.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-09-09 10:14 || Québec Québec

Durant l'été, on a enlevé la raison sociale de l’imposant bâtiment situé au coin nord-ouest du boulevard Saint-Laurent et de l'avenue Guizot, à Montréal. Les grandes fenêtres, qui permettaient aux passants de voir les centaines de statues, vêtements, livres et objets décoratifs déposés dans la grande salle de montre, ont toutes été masquées. L'endroit est manifestement vide.

Il y a moins de quatre mois, le 20 mai plus précisément, sur la porte d'entrée du vaste magasin d'articles religieux Desmarais & Robitaille, on a apposé une fatidique note de service. «Après plus de 107 ans au service de notre fidèle clientèle, nous sommes dans l'obligation de fermer définitivement notre boutique de Montréal.»

La page se tournait ainsi sur l'une des plus anciennes boutiques ayant pignon sur rue à Montréal. Mais l'affichette informait également la clientèle que l'entreprise poursuit ses activités de vente sur Internet.

«S'adapter ou disparaître»

Rencontré quelques jours après la fermeture officielle de la boutique, Gabriel Robitaille, le président de l'entreprise depuis 1992, n'a pourtant rien d'un homme abattu. Dans son bureau rempli d'œuvres d'art sacré, à deux pas de la salle de montre où sont encore alignés des statues de tous formats de Jésus, de Marie et de Joseph, des aubes colorées, de petites et grandes chandelles et des souvenirs de confirmation et de première communion, il répète qu'«il faut s'adapter ou disparaître».

Desmarais & Robitaille, l'entreprise qu'ont dirigée successivement son grand-père, Louis-Arthur, et son père, André, entend bien poursuivre ses activités. «La boutique ferme mais on va continuer d'offrir, sur Internet, des produits de haute qualité», la marque de commerce de l'entreprise depuis 1909, dit-il fièrement «Avec notre site Web, on sera mieux adapté à la réalité d'aujourd'hui.»

Cent ans de défis

Des défis, l’entreprise en a vu d’autres au cours de son existence.

Gabriel Robitaille mentionne la crise économique de 1929 et la Deuxième Guerre mondiale, deux événements qui vont limiter les importations en provenance d’Europe et miner sérieusement la rentabilité de l’entreprise, alors spécialisée dans la vente d’articles religieux par catalogue. Desmarais & Robitaille, sous la direction de son grand-père Louis-Arthur, décide de se lancer dans la fabrication de chandelles et de vitraux. «Nos studios de Montréal vont aussi produire des statues, des vêtements liturgiques, des pièces d’orfèvrerie sacrée et du mobilier d’église sur commande.»

Le concile Vatican II entraîne une nouvelle période d’incertitude pour l’entreprise. L’actuel président se rappelle que son père, devenu patron en 1959, dirige l’entreprise alors qu’une vaste réforme liturgique se met en place. André Robitaille devient le témoin de «l’effondrement du marché traditionnel des objets de culte et de l’art sacré». La demande pour les statues et les chandelles se fait alors moins grande, tandis que la crise des vocations sacerdotales entraîne une diminution des achats de vêtements liturgiques.

«Tout le monde a cessé d'acheter. Les sanctuaires, qui étaient abondamment décorés, optent alors pour la sobriété», dit Gabriel Robitaille. «Mais mon père a su s’adapter. Il a eu la sagesse de consulter sa clientèle, de fournir de l'information sur le concile» ainsi que sur les réformes proposées par Rome. «Comme il est sensible à la dimension artistique, il s’entoure alors de conseillers» qui veillent dorénavant à la création d’œuvres d’art sacré pour les lieux de culte. Il se souvient d’avoir vu à l’œuvre, dans les locaux de Desmarais & Robitaille, des artistes comme Frédéric Back, Jean-Charles Charuest, Jordi Bonet et Gilles Beaugrand. Cet apport artistique va relancer l’entreprise, confie Gabriel Robitaille.

Catalogue en ligne

En ce début de siècle, «le marché ecclésial connaît de nouvelles transformations importantes», concède le président de Desmarais & Robitaille. Il ne peut que constater que davantage d’églises ferment leurs portes, que moins de prêtres sont ordonnés, que les cérémonies de première communion ou de mariage sont moins populaires aujourd’hui qu’il y a à peine vingt ans. La clientèle des maisons spécialisées dans la vente de mobilier d’église, de vêtements liturgiques, d’objets de piété et d’œuvres d’art sacré se fait donc moins nombreuse.

 «Il faut s'adapter ou disparaître», dit encore Gabriel Robitaille qui ne cache pas avoir jonglé un moment avec l’idée de vendre l’entreprise. «Mais je suis encore en santé et je suis intéressé à poursuivre.»

Mais c’est dorénavant dans le cyberespace que la clientèle peut «visiter» la salle de montre de Desmarais & Robitaille. L’entreprise qui, il a cent ans, connaissait le succès grâce à la vente d’articles religieux par catalogue, retourne à ses racines.

Le nouveau site Web de l’entreprise demande aux visiteurs de préciser leurs besoins. Cherchent-ils des vêtements liturgiques, des bancs d’église, des hosties, de l’encens, des statues? Un formulaire les invite à laisser un message auquel l’entreprise promet de répondre «à l’intérieur d’une journée ouvrable».

C’est là aussi qu’on feuillète l’imposant catalogue conjoint de Desmarais & Robitaille et de l’entreprise belge Slabbinck pour se procurer chasubles, aubes, étoles, calices, lutrins et statues de la sainte famille.

«Je suis né avec un crayon», dit Gabriel Robitaille, qui reconnaît qu’Internet a engendré «une révolution qu’il faut suivre de près. Ce site Web transactionnel est bien mieux adapté à la réalité d’aujourd’hui», convient le petit-fils de Louis-Arthur Robitaille.

 

du même auteur

Six mois après avoir été agressé au couteau en pleine messe, le père Claude Grou, recteur de l'Oratoire Saint-Joseph à Montréal, se porte bien.
2019-10-17 11:33 || Québec Québec

«Je vais bien, très bien même», dit le recteur de l'Oratoire, 6 mois après son agression

Mgr Linda Nicholls est-elle devenue la 14e «primate» de cette Église? Ou est-elle devenue la toute première femme à accéder au titre de «primat» de l'Église anglicane du Canada?
2019-10-16 17:12 || Canada Canada

Primat ou primate? Débat linguistique à la tête de l'Église anglicane du Canada

Alain Ambeault, directeur général de la Conférence religieuse canadienne.
2019-10-11 13:36 || Canada Canada

Élections: la Conférence religieuse canadienne attire l'attention sur les sujets mal-aimés

articles récents

Le logo de Mission inclusion, «un symbole fort d'entraide et de bienveillance».
2019-10-03 11:17 || Québec Québec

L’Œuvre Léger devient Mission inclusion

La vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Myrlande Pierre, lors du dévoilement de l'étude à Montréal le 24 septembre 2019.
2019-09-25 16:51 || Québec Québec

Dévoilement d'une étude sur le racisme et la xénophobie au Québec

L'assemblée des membres de la Mutuelle d'assurance en Église consacrée au sort de l'administrateur Alfonso Graceffa (photo) ne se tiendra pas durant le mois de septembre, vient de confirmer Gabriel Groulx, président du conseil d'administration.
2019-09-18 09:57 || Québec Québec

Pas d'assemblée de la Mutuelle d'assurance en Église en septembre