Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Dévoilement d'une étude sur le racisme et la xénophobie au Québec

La vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Myrlande Pierre, lors du dévoilement de l'étude à Montréal le 24 septembre 2019.
La vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Myrlande Pierre, lors du dévoilement de l'étude à Montréal le 24 septembre 2019.   (Présence/François Gloutnay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-09-25 16:51 || Québec Québec

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a dévoilé le 24 septembre les résultats d'une étude qualitative «d’envergure inédite» sur les actes haineux à caractère xénophobe assortis de recommandations à l’intention du gouvernement québécois.

L’étude s’inscrit dans le cadre du plan d’action gouvernemental sur la radicalisation au Québec pour la période allant de 2015 à 2018.

Devant les journalistes, le président et la vice-présidente de la Commission, respectivement Philippe-André Tessier et Myrlande Pierre, ont présenté les principales constatations de la recherche.

«Le Québec gagnera à adopter une politique globale de lutte contre le racisme et la discrimination», a d’emblée déclaré M. Tessier. «Il est important de souligner que pour la Commission, documenter les actes haineux ne signifie pas que la société québécoise dans son ensemble est raciste ou islamophobe. Soyons clairs: il n'est pas ici question de culpabiliser qui que ce soit, mais de reconnaître que les actes haineux, le racisme, la xénophobie et l'islamophobie existent et qu’ils affectent de nombreuses personnes.»

Pas moins de 140 entretiens auprès de 86 personnes se disant victimes d'actes haineux, d'organisations et de services de police à travers le Québec ont été effectués pour cette étude. Certaines des réalités exprimées lors de ces rencontres sont particulièrement troublantes.

«Un homme dans sa voiture m’a dit: “ Toé l’hostie de nègre vole-nous pas nos chars !“; Une femme m’a dit dans la rue “Décâlisse“; Un homme passait en voiture et m’a crié : “Fuck you“; Au parc, un homme passait en voiture et m’a dit “Black faggot“ [ndlr: tapette noire]; Je me baladais avec ma copine blanche, et un homme lui a dit: “Qu’est-ce que tu fais à sortir avec un nègre?“», a notamment expliqué l’un des répondants, dont la Commission a protégé l’identité.

Le rapport complet compte plus de 300 pages et comprend des citations qui sont «choquantes» mais qui «permettent néanmoins de mesurer la violence des actes subis et leurs graves conséquences sur les victimes», a précisé Mme Pierre. «Il est essentiel pour nous rendre visibles ces réalités et de faire entendre ces voix.»

La Commission s'est concentrée sur les actes haineux fondés sur des motifs de race, de couleur, d’origine ethnique ou nationale et de religion. Elle a notamment pu constater que plus d’un répondant sur trois a changé ses habitudes de vie après avoir subi des actes haineux, «notamment en s'isolant, en évitant certains lieux ou en s'abstenant de sortir seul».

«L'étude démontre également que 78% des actes subis par les victimes n'ont pas été rapportés à une autorité compétente. Plusieurs obstacles ont été identifiés par les répondantes et répondants dont la méconnaissance des recours, la minimisation de l'acte subi, le manque de confiance dans les institutions et le profilage racial de la part des services de police», a souligné la Commission dans un document remis aux médias.

«Les femmes qui portent le hijab dont particulièrement visées», a noté Mme Pierre, faisant état de plusieurs témoignages de foulards arrachés, de coups et d’insultes. L’étude souligne également de «nombreux» actes de vandalisme contre les lieux de culte. «Toutes les mosquées visitées en dehors de Montréal ont subi au moins un acte dans les dix dernières années», a poursuivi la vice-présidente.

«Lorsqu’une femme qui porte le voile se fait physiquement agresser, pour moi, c’est un degré de violence qui est préoccupant. Ça touche l’intégrité des femmes», a expliqué Myrlande Pierre en entrevue. «C’est très préoccupant. Ça doit interpeller l’ensemble de la société.»

L’étude mentionne à quelques occasions la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, ainsi que le projet de loi 60, mieux connu sous le vocable de «Charte des valeurs» présenté par le gouvernement péquiste de Pauline Marois en 2013. En revanche, la nouvelle loi sur la laïcité n’est pas évoquée. Cette absence s’explique par le mandat de la Commission, qui devait couvrir la période 2015-2018.

Loin d’identifier un seul coupable, la Commission a martelé l’importance d’adopter une série de mesures et de chercher à agir en faveur d’une «responsabilisation collective», y compris pour les médias.

Les recommandations de la Commission, au nombre de sept, sont réparties en quatre sous-groupes: accroître le leadership du gouvernement dans la prévention et la lutte contre les actes haineux et la discrimination, poursuivre les efforts visant à documenter les actes haineux, assurer la formation des policiers au sujet des actes haineux et de la discrimination et améliorer le lien de confiance des minorités envers les services de police afin de favoriser le signalement des actes haineux.

«La montée de l'extrême-droite et l'expression décomplexée des discours haineux ici et ailleurs, notamment en ligne, nous incitent à jouer un rôle prépondérant dans la prévention et la sensibilisation et nous prenons des engagements en ce sens», a déclaré Mme Pierre.

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