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Programme scolaire obligatoire depuis 2008

Éthique et culture religieuse, 10 ans d’un héritage encore fragile

«Si on veut un système d’éducation bien développé, il ne faut pas tasser la religion, mais poser plutôt un regard critique sur les questions religieuses et éthiques», estime le professeur Jean-Philippe Perreault, de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval.
«Si on veut un système d’éducation bien développé, il ne faut pas tasser la religion, mais poser plutôt un regard critique sur les questions religieuses et éthiques», estime le professeur Jean-Philippe Perreault, de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2018-09-13 12:06 || Québec Québec

Le cours Éthique et culture religieuse (ECR) continue de faire l’objet de débats passionnés. Profitant de la campagne électorale, le Parti québécois répète qu’il souhaite tout simplement l’abolir. La Coalition Avenir Québec a quant à elle déjà évoqué son désir de le réformer. Dix ans après son implantation obligatoire dans les écoles primaires et secondaires du Québec, le cours ECR tient-il suffisamment ses promesses pour assurer son avenir?

«Le programme a été implanté très très rapidement. On est passés d’un enseignement confessionnel à un enseignement culturel », dit Jean-Philippe Perreault, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, spécialiste en formation du personnel scolaire pour le cours ECR. Il rappelle que lors de son implantation, le Québec était aux prises avec la crise des accommodements raisonnables et que les questions religieuses étaient devenues « délicates ».

Depuis 2008, aucune modification n’a été apportée au programme qui a succédé à ceux d’enseignement moral et religieux. Ce qui ne veut pas dire que rien n’a bougé. «Il y a un monde entre la compréhension du cours ECR que nous avions en 2008 et la manière dont il a pris vie en classe, sur le plan de la pédagogie», ajoute le professeur Perreault. «Si on veut un système d’éducation bien développé, il ne faut pas tasser la religion, mais poser plutôt un regard critique sur les questions religieuses et éthiques.»

Le programme ECR vise à amener les jeunes à réfléchir sur les questions éthiques, à acquérir une compréhension du phénomène religieux et à pratiquer le dialogue. Le site Web du ministère de l’Éducation indique que cela se fait «tout en respectant la liberté de conscience et de religion des parents, des élèves et du personnel enseignant».

Délaisser l'approche confessionnelle

Mais le passage d’une approche plutôt confessionnelle à une approche misant sur la neutralité n’a pas été simple pour tous.

«Au début, on marchait un peu sur des œufs», reconnait Jean-François Fortin, enseignant à l’École secondaire Vanier, à Québec, où il dispense le cours ECR depuis 2011. Selon lui, une approche «trop à la lettre» peut «entrer en conflit avec la foi», notamment lorsque la présentation des pratiques religieuses s’apparente trop à une forme de «folklore».

«Ce n’est pas toujours très nuancé», estime-t-il, jugeant que le programme passe ainsi à côté de variations importantes dans l’expression du religieux.

Le débat sur l’impartialité a toujours collé à la peau du programme. Ayant formé au cours ECR près de 1000 enseignants du primaire, du secondaire et en adaptation scolaire, ainsi que des cadres d’écoles privées québécoises, Stéphanie Gravel a même consacré sa thèse de doctorat à cet enjeu.

«Le programme demande aux enseignants de développer un jugement professionnel empreint d'impartialité, c'est-à-dire de ne pas donner leur point de vue personnel en classe tout en présentant les valeurs communes. Selon mes résultats de recherche, les enseignants considèrent qu'il est impossible d'être impartial de manière absolue puisque la nature même de l'enseignement exige une relation humaine avec leurs élèves», précise Mme Gravel.

Elle fait valoir que pour donner le cours, les enseignants doivent faire preuve de pensée critique, d’aptitude au dialogue, d'écoute de tous les points de vue des élèves – qu’ils soient croyants ou athées – et maîtriser l'art du questionnement.

Cour suprême

En dix ans, le cours ECR s’est malgré tout retrouvé deux fois devant la Cour suprême du Canada.

Dans une première cause, des parents de Drummondville avaient refusé que leurs enfants suivent ce cours, en avançant que celui-ci contrevenait à la liberté de conscience et de religion. Ils ont été déboutés en 2012. Dans une décision unanime, la juge Marie Deschamps a écrit que «suggérer d’exposer des enfants à différents faits religieux porte atteinte à la liberté de religion de ceux-ci ou de leurs parents revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne et méconnaître les obligations de l'État québécois en matière d'éducation publique».

Dans une seconde cause, l’École secondaire Loyola, une institution privée, arguait que le cours qu’elle dispensait avec une perspective davantage catholique constituait un équivalent au programme du ministère. La décision mi-figue mi-raisin indiquait que le ministère de l’Éducation du Québec devait accorder une exemption, mais sans pour autant permettre à un établissement comme Loyola de proposer une approche doctrinale au cours.

Révision du programme

Si l’enseignement de la catéchèse et de la morale à l’école parait aujourd’hui bien lointain, le cours ECR doit composer avec un héritage encore fragile. Dans un contexte social où les questions éthiques complexes abondent – on n’a qu’à penser aux débats entourant l’aide médiale à mourir ou la légalisation de la marijuana – et où des tensions prennent appui sur des appréciations variées des héritages religieux, ses grands thèmes ne sont pas prêts de se dissiper.

Au ministère de l’Éducation, on soutient prévoir réfléchir sur le programme dans le cadre du chantier sur la modernisation des encadrements pédagogiques prévus à la Politique de la réussite éducative. Lancée en juin 2017, cette politique, qui couvre la période de la petite enfance à l’âge adulte, se donne jusqu’en 2030 pour réaliser ses objectifs. D’ici là, insiste Bryan St-Louis, qui travaille aux relations avec les médias pour le ministère, le programme continue à jouer un rôle pour un meilleur «vivre-ensemble».

 

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