L'arrondissement souligne une cohabitation cultuelle unique

Inauguration de la Place de l’Unité à Verdun

  • Dévoilement du panneau de la Place de l'Unité.
  • Le rabbin Levy Itkin et le curé de la paroisse Sainte-Marguerite-Bourgeoys, Greg Ciszek.
  • Le campanile et ses cloches de l'unité.
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-12-07 20:54 || Québec Québec

Une centaine de personnes ont bravé le froid dimanche dernier, à l’Île-des-Sœurs, afin d’assister à l’inauguration officielle de la Place de l’Unité et d’un campanile, symboles de la bonne entente entre les trois grandes religions monothéistes. Manifestement conscients de l’importance symbolique de l’évènement, les participants n’ont pas hésité à démontrer leur joie et leur grande émotion.

«Bravo! Félicitations!» Voilà comment a réagi la foule alors que l’on dévoilait la plaque identifiant désormais la Place de l’Unité. Quelques minutes plus tôt, les cloches du campanile résonnaient pour la toute première fois.

«Je suis vraiment heureux!» a lancé Roger Légaré, administrateur de la paroisse Sainte-Marguerite-Bourgeoys et l’un des membres du Comité pour l’unité. Ce Comité comprend également des représentants de la synagogue Chabad et du Centre islamique Al Jazira.

Ce sentiment de joie était aussi partagé par des membres de la classe politique qui, pour l’occasion, ont fait une trêve dans leur campagne électorale en vue de l’élection partielle qui avait lieu le lendemain dans Verdun. Parmi eux, le ministre Jean-Marc Fournier a lu devant la foule un texte qui relevait plus de la poésie que du discours.

«Au-delà des vêtements et de l’intention prêtée, unir nos mains, en faire notre destinée. Rassemblés au carrefour d’un clocher, on peut choisir de rêver demain. On pourrait aussi décider de le réaliser ce demain.»

Son intervention a été chaudement accueillie par les participants.

En entrevue, Jean-Marc Fournier, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, a reconnu avoir été profondément touché par cette inauguration. «Pour moi, c’est un évènement qui va rester gravé dans ma mémoire. Je crois que nous avons semé une graine qui va faire pousser un arbre mémorable.»

Amir Khadir, député de Mercier et membre du parti Québec solidaire, a souligné à Présence que le but des religions «est de créer des liens entre les humains et de favoriser tout ce qui augmente la qualité de ce lien. C’est tout à fait dans nos cordes! Même si nous sommes un parti qui est contre la mainmise de la religion sur la politique, nous estimons quand même que les religions doivent jouir de la plus grande protection parce que c’est une question de liberté de conscience.»

Le maire de l’arrondissement, Jean-François Parenteau, a lui aussi laissé parler ses sentiments. «Je suis très fier de voir l’aboutissement de ce projet. Entendre pour la première fois les cloches du campanile sonner a été pour moi très émouvant.»

Il a également salué le travail de sa collègue, Manon Gauthier, responsable de la culture, du design et du patrimoine au sein du Comité exécutif de la Ville de Montréal. «Je veux la remercier d'avoir eu l’idée de la Place de l’Unité.»

Fait à souligner, le campanile a été érigé sur une parcelle de terre appartenant à l’arrondissement de Verdun.

Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de cinémas Guzzo et l’un des mécènes qui a permis la création du campanile conçu par l’architecte Dan Hanganu, a rappelé les origines des quatre cloches. «C’est intéressant de constater que les cloches ont des origines très chrétiennes: elles composaient le clocher d’une autre paroisse catholique. Désormais, elles uniront les trois religions. C’est vraiment symbolique.»

L’homme d’affaires de l’Île-des-Sœurs, Samuel Gewurz, un des premiers à avoir été approché pour financer le projet, a précisé le sens de la Place de l’Unité. «Le mot unité indique que nous ne sommes pas tous pareils, mais que nous partageons tous une humanité commune. C’est cela que doit symboliser cette place. Celle-ci n’a pas pour but de faire du prosélytisme. Nous espérons que les athées et les croyants des autres religions pourront venir sur cette place et aussi faire partie du Comité.»

Rencontré lors de la fête qui a suivi l’inauguration de la Place de l’Unité, le curé de la paroisse Sainte-Marguerite-Bourgeoys, Greg Ciszek, a souligné l’importance de cette inauguration. «C’est à leur propre initiative que des représentants de trois religions ont décidé d’aller au-delà d’eux-mêmes, ont décidé d’aller au-delà de la façade. Ils ont réussi. Ils en ont été capables et ils nous ont tous rendus capables de voir que, derrière le masque de la différence, il y a une personne, que derrière la façade des vêtements, il y a des cœurs. Le résultat de cette initiative n’est rien d’autre que fantastique!»

Le rabbin Levi Itkin, responsable de la synagogue Chabad, a confié qu’il était persuadé que la Place de l’Unité était l’idée de Dieu.

Robert Légaré abonde dans le même sens. «L’Esprit saint était là! Il faut être attentif au message de l’Esprit saint. C’est important!»

Mourad Bendjennet, administrateur du Centre islamique Al Jazira, a évoqué sa très grande fierté d’avoir participé à ce projet, lui qui consacre une grande partie de sa vie au rassemblement entre les cultures. Il est également revenu sur les origines du Comité pour l’unité. «Lorsque nous nous sommes assis ensemble, nous nous sommes demandé ce que nous pourrions faire pour fortifier nos liens. C’est à ce moment que ma femme a eu l’idée de solliciter des dons pour les réfugiés syriens. Nous avons décidé de nous associer à son projet.»

M. Bendjennet a également souligné que cette inauguration «lance un message fort. Nous sommes capables de vivre ensemble! Au-delà de nos différences, nous pouvons réaliser de grandes choses. Ce lieu est rempli de spiritualité. Il constituera  un héritage pour les générations futures.»

 

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