Conversion de la Faculté de théologie en institut

L’Université de Montréal à l’aube d’un «nouveau souffle» pour les études religieuses

  (Pixabay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-12-07 20:34 || Québec Québec

La fermeture de la Faculté de théologie et de sciences des religions (FTSR) de l’Université de Montréal et sa conversion en Institut d'études religieuses le 1er mai 2017 pourrait bien redonner des ailes à ces domaines d’étude. C’est du moins l’avis des responsables de la FTSR. Et de l’archidiocèse de Montréal.

«Le recteur nous soutient. Le changement de statut de la FTSR ne modifie en rien la mission de la faculté par rapport au secteur des études religieuses, qui comprend la théologie, les sciences des religions et la spiritualité. On est loin de la disqualification de notre secteur. Au contraire, il y a une volonté de soutenir le développement de ce secteur d’études», explique le professeur Jean-Marc Charron, l’administrateur exerçant les fonctions de doyen.

«Le projet, au-delà des considérations administratives et budgétaires, est de relancer ou de donner un nouveau souffle à ce secteur d’études, dans un contexte où la question religieuse est de plus en plus complexe et marquée par la diversité», ajoute-t-il. «Ça ne signifie pas l’abandon de la théologie.»

L’idée de changer la FTSR en institut intégré à la Faculté des arts et des sciences (FAS) a surtout pris son envol au début de l’année 2015, lorsque le recteur de l’UdeM a fait part de ce projet aux autorités facultaires. «Ça n’a pas été accueilli d’emblée», confie le professeur Charron en riant. Il confirme que la première réaction a été de défendre le maintien du statut facultaire. «On avait le choix entre se faire imposer les choses, ou s’engager dans une réflexion pour définir les conditions de cette intégration.»

À l’automne 2015, la FTSR a produit un texte posant les conditions essentielles pour l’intégration et la relance du secteur des études religieuses. Ce texte est à la base du protocole d’entente conclu en mai dernier entre la Faculté et l’université.

«Il y a des deuils à faire. Mais le protocole a rassuré les collègues. Depuis août, les gens sont vraiment engagés dans la définition et la construction de ce nouvel institut», précise Jean-Marc Charron.

À vrai dire, le projet de transformation en institut fait même des jaloux, puisque l’université a accepté l’embauche prochaine de trois nouveaux professeurs: en théologie africaine, en études juives et dans un domaine qui reste à préciser, sans doute l’islam.

«Ça fait partie des discussions de condition de relance maximale avec l’université: le corps professoral de la FTSR a diminué de moitié entre le début des années 2000 et aujourd’hui. La relance passe par un investissement sérieux au niveau de l’engagement de nouveaux professeurs», poursuit le professeur Charron. Lors de la fermeture de la FTSR et l’entrée en fonction de l’Institut d’études religieuses le 1er mai 2017, le corps professoral devrait compter 14 professeurs à temps plein. Une première période d’intégration se déroulera sur 5 ans.

«Le potentiel compense la perte d’autonomie»

Selon l’adjoint au doyen, le professeur Alain Gignac, l’avenir s’annonce somme toute prometteur, même s’il y aura une «lutte à faire» pour le nouvel institut. «Il faut montrer que la théologie c’est pertinent», insiste le spécialiste du Nouveau Testament.

«L’idée même d’université a quelque chose de théologique. Il faut cogner sur ce clou-là. Pour comprendre la genèse de la pensée occidentale, la théologie est nécessaire comme culture générale. Elle n’a pas sa place à l’université à cause de la présence d’un évêque à Montréal ou à cause des Églises, mais parce que c’est un savoir», dit-il.
Le professeur Gignac convient qu’un statut facultaire rend plus autonome, mais que la FTSR était rendue «plus en marge de l’université».

«Chaque Faculté est un peu un monde en soi. Là, on se rapproche des sciences humaines et sociales et on pense pouvoir avoir un meilleur contact avec nos collègues, faire connaître davantage ce que nous faisons. On pense que cela nous permettra d’avoir plus de clientèle exogène, c’est-à-dire d’autres départements», soutient-il. «Le potentiel compense la perte d’autonomie.»

Il se veut rassurant pour les étudiants, indiquant que les programmes restent les mêmes et qu’ils «ne s’en apercevront pas».

Le spécialiste de la Bible confirme toutefois que la transformation en institut s’accompagne de la fin du statut canonique.

«C’est la fin de la laïcisation: ce statut canonique était le dernier truc qui rattachait encore l’Église et l’État», fait-il valoir. «Pour aller avec la FAS, il fallait laisser tomber la faculté canonique. J’ai été nommé comme prof – c’était symbolique – par l’archevêque de Montréal, dit-il. Il avait encore théoriquement la possibilité de refuser le professeur après sa sélection. Mais il n’y a plus de lien désormais avec le diocèse. Ça faisait des années que le diocèse formait au Grand Séminaire et non à SA faculté. L’Église catholique a fait son choix. De son côté, c’est une perte: l’Église avait un pied dans l’université.»

Pour l’archidiocèse, une occasion de redéfinir la relation

Le vicaire général de l’archidiocèse de Montréal, l’évêque auxiliaire Alain Faubert, est loin d’être alarmé par ce changement. Il confirme que les changements à la FTSR ont été suivis par le diocèse et par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, particulièrement grâce à son conseil Communautés et Ministères.

Oui, dit-il, «le lien de juridiction se perd», mais il n’était pas «efficace». «Était-ce par [le statut canonique] que devaient passer des liens plus approfondis entre l’Église de Montréal et l’institut? Probablement pas», indique Mgr Faubert.

«Je fais le pari de croire le recteur, qui fait lui-même le pari de croire que tout cela sert le développement de l’étude et de la compréhension des traditions spirituelles.»
Lui-même docteur en théologie, il croit qu’il s’agit désormais de créer d’autres instances de concertation pour voir comment l’institut pourra désormais apporter «une contribution originale dans l’aventure ecclésiale».

«Il faudra développer des complémentarités. Les joueurs qui sont là actuellement, je pense qu’ils ont le désir d’aller de l’avant», dit-il. «Comme vicaire général, je n’ai pas de déception. J’ai confiance qu’il y a de l’avenir pour nos relations. L’idée, c’est de rassembler des forces, car c’est urgent de réfléchir et d’avoir des gens qui nous aident à réfléchir.»

Mgr Faubert affirme qu’il est encore trop tôt pour voir quelle forme pourraient prendre les relations entre l’Église catholique de Montréal et le nouvel institut.

 

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