Fête des tentes de la famille franciscaine du Québec

La fraternité en toute simplicité

L'animateur de pastorale Jean-Sébastien Lajoie place les gens pour la traditionnelle photo de groupe lors de la Fête des tentes, le dimanche 6 septembre.
L'animateur de pastorale Jean-Sébastien Lajoie place les gens pour la traditionnelle photo de groupe lors de la Fête des tentes, le dimanche 6 septembre.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-09-11 10:49 || Québec Québec

En ce matin de septembre, l’été montrait enfin le bout de son nez. Sur le pont menant vers l’Île d’Orléans, la brise du Saint-Laurent annonçait une journée humide. À la sortie du village de Saint-Pierre, caché entre quelques fermes dont les panneaux publicitaires artisanaux esquissés de quelques coups de pinceau annoncent déjà la cueillette des pommes, un chemin de gravier entouré de grands arbres rebique en direction du fleuve. C’est là, à l’extrémité de cette nef de verdure, que se tenait la Fête des tentes.

Un événement au nom étonnant bien ancré dans des réalités à la fois temporelles et spirituelles. Car si on y trouve effectivement des tentes piquées, il évoque surtout un passage du Lévitique. La fête célèbre l’assistance divine et marque la fin des récoltes. Logique, donc, qu’elle ait lieu lors de la fin de semaine d’une autre fête, au nom moins métaphorique, celle du Travail.

L’événement en était à sa 13e édition. Il est devenu au fil des années une véritable tradition au sein de la famille franciscaine du Québec, une famille bigarrée héritière des charismes de saint François et sainte Claire d’Assise.

Il s’agit en fait du principal événement jeunesse annuel franciscain. Du vendredi soir au dimanche midi, plus de 60 personnes – essentiellement des jeunes âgés entre 18 et 35 ans – se rassemblent pour discuter, chanter, participer à quelques ateliers et prier.

Une famille réunie

Coiffé d’une casquette beige et d’un rutilant t-shirt vert fluo créé pour l’occasion, Jean-Sébastien Lajoie, animateur de pastorale jeunesse pour la famille franciscaine, parle des tentes comme d’un symbole « fort ».

« Notre demeure, c’est le Seigneur », dit-il de son franc parler. À quelques pas de lui, on joue de la guitare. Un ballon filant à toute allure lui manque le visage de quelques centimètres. Il le remarque à peine.

Puis, se plantant les pieds dans la terre à l’aide de quelques bons coups de hanches, il poursuit : « Si tu construis une maison, te mets les pieds ici et que tu ne veux plus bouger, tu fais erreur. Il faut être libre. Saint François avait cet esprit-là : il ne faut pas ériger une maison, mais planter sa tente, sachant qu’on est des pèlerins en marche vers le ciel. »

En tant qu’animateur de pastorale jeunesse pour la famille franciscaine, Jean-Sébastien est le fruit d’une collaboration qui a permis de fédérer et de coordonner les efforts entre les diverses branches franciscaines présentes au Québec.

« Au Québec, la famille franciscaine s’est mise ensemble pour se doter de lignes communes, de ressourcements communs, explique-t-il. Il y a certains pays où les branches ne se parlent pas vraiment. Ici c’est très… esprit de famille. »

Fraternité et simplicité

Un esprit de famille qui prend corps à l’occasion de la Fête des tentes, chez des jeunes qui, bien souvent, ne fréquentent les franciscains pendant le reste de l’année.

C’est notamment le cas de Mélissa Trépanier. Cette bachelière en théologie de 30 ans travaille dans le marché des installations sceptiques dans les environs de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. Un travail essentiellement saisonnier, parfois ingrat, où elle doit, selon ses propres termes, « donner la go ».. Malgré la fatigue de l’été, elle tenait à venir. La première raison évoquée : « la fraternité ».

« C’est ressourçant, autant du côté fraternel et humain que du côté spirituel », dit-elle, soulignant la simplicité de l’ambiance qu’on y retrouve. « Ce n’est pas un événement intellectuel, mais il a une profondeur, surtout au niveau du cœur. »

« C’est une belle place pour être nous-mêmes, poursuit-elle. Je n’ai pas nécessairement besoin d’être maquillée pour me sentir appréciée. Je peux aller vers quelqu’un, le saluer et créer des liens avec lui. »

Pour Jean-Sébastien, il est en effet important que l’événement conserve cette simplicité. Chaque année, un thème est retenu et plusieurs activités y sont consacrées. Ainsi, la fin de semaine proposait un approfondissement de la figure spirituelle de sainte Claire. Mais hors de question que tout dépende du seul thème.

« Le monde sort pas d’icitte avec des diplômes ! », clame-t-il, précisant que c’est aussi la fraternité qui l’a d’abord frappé lorsqu’il est entré en contact avec la familles franciscaine il y a quelques années, et que c’est cette même fraternité qui prime sur les enseignements et le thème retenu.

« Le thème va en toucher certains, tandis que d’autres vont tout simplement venir trouver un lieu pour vivre leur foi avec d’autres jeunes. Ça peut toucher de plein de façons : ce n’est pas nous qui décidons. On offre un buffet ! »

Un événement parvenu à maturité

À des événements symboliques, tels la bénédiction des tentes le vendredi et la procession méditées aux flambeaux le samedi soir, s’ajoutent des ateliers variés qui regroupent en moyenne une douzaine de participants. L’un d’entre eux portait sur le théâtre. Il était organisé par Sébastien Gendron, un jeune homme présentement en discernement vocationnel avec les capucins. Il y avait plusieurs années qu’il n’était pas venu à la Fête des tentes. À ses yeux, l’événement a continué de croître pour parvenir à maturité.

« Je suis très heureux, j’ai vécu quelque chose de beau, de fort, ce qui n’était peut-être pas le cas les fois précédentes », confie-t-il, avant d’ajouter, badin : « Même la bouffe était très bonne ! »

La maturité de l’événement pourrait faire des émules. Jean-Sébastien Lajoie explique que le plus grand défi consiste désormais à donner des suites un peu partout au Québec à ce qui se vit à la Fête des tentes, afin de garder les liens bien vivants entre les participants.

Cette édition 2015 a pris fin dimanche matin avec une messe en plein air, sous un soleil de plomb, présidée par Louis Cinq-Mars, le provincial des capucins pour l’est du Canada.

Pendant la célébration, il a précisé que tout le monde présent était franciscain, pas seulement les « robes longues » et que le propre de ce charisme était justement de ne pas être un « one man show » dans « l’accueil de la Parole ».

L’assemblée hétéroclite semblait joyeuse. Il régnait une chaleur. Une chaleur fraternelle.

Mis à jour à 13 h 12 le 11 septembre 2015.

 

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