Communautés protestantes du Vieux-Québec

La journée 'Payez une pinte aux pasteures' soulignée à Québec

  • La pasteure Darla Sloan sourit en discutant avec les invités de la journée Payez une pinte aux pasteures, le vendredi 16 septembre.
  • L'événement a aussi servi de fête d'adieu à la pasteure Leigh Sinclair, de la paroisse anglophone Chalmers-Wesley, que l'on voit au centre sur la photo.
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-09-21 17:26 || Québec Québec

Oui, ça existe. Et non, ce n’est pas une blague. Enfin, pas trop, même s’il faut une petite chopine de second degré pour participer à l’événement.

Vendredi soir, les pasteures du Vieux-Québec avaient convié les membres de leurs communautés à souligner la journée Payez une pinte aux pasteures, l’équivalent francophone du très britannique Buy A Priest a Beer Day, où un peu d’autodérision ne saurait empêcher quelqu’un de parler de Jésus.

C’est ainsi qu’à la brunante, les colonnes devinrent piliers de bistro, le temps de saluer le ciel du coude à quelques reprises au St-Patrick. Le pub irlandais, pas l’église, précisait l’annonce.

Là, les convives ont troqué les vieilles pierres de leur église pour celles des voûtes du St-Patrick où, dans une ambiance houblonnée, nachos et frites pouvaient s’accompagner d’une broue aux noms étrangement familiers, inspirés de l’histoire religieuse du Québec.

Le 5 à 7 a rapidement pris des allures œcuméniques puisque les quelque vingt participants provenaient de quatre communautés chrétiennes différentes, dont les paroisses francophone et anglophone de l’Église Unie, la communauté presbytérienne de St. Andrew et la communauté anglicane de St. Michael.

C’est la pasteure de la paroisse francophone Saint-Pierre, Darla Sloan, qui a pris l’initiative d’organiser cette soirée.

«Notre foi, ce n’est pas seulement quelque chose qui se vit en une heure le dimanche matin», dit-elle, attablée avec ses coreligionnaires de l’Église Unie. Pour elle, cet événement aide à «décloisonner» l’expérience chrétienne dans le Vieux-Québec.

«Notre foi, ce n’est pas seulement quelque chose qui se vit en une heure le dimanche matin.»

Observant les convives, elle s’est réjouie de voir ainsi rassemblés francophones et anglophones, protestants et anglicans. Elle a même noté la présence d’un catholique.

«Si Jésus était dans le Vieux-Québec ce soir, je pense qu’il serait dans un pub pour fréquenter les gens», a-t-elle ajouté, tout en affichant sur son téléphone la photo promotionnelle de la soirée, où on voit un Christ tenant une bière et faisant un clin d’œil. «Ce n’est pas partout qu’on peut faire ça», a-t-elle reconnu d’un sourire complice.

«C’est important pour moi d’être présente là où sont les gens», dit encore la pasteure Sloan. Dans ce temple où le verre teinté est plutôt de forme arrondie, une clameur continue égaye ce rituel du vendredi soir qui marque une transition entre le temps réservé au travail et le temps réservé aux loisirs. Au Québec, poursuivit Darla Sloan, le 5 à 7, est aussi sacré que les messes d’autrefois.

Ses voisins de table et elle jetaient un coup d’œil aux participants et ont pu constater que parmi quelques «piliers» des communautés protestantes du Vieux-Québec se mêlaient des visages moins connus.

«Mais n’oublions pas que Samson a fait trembler les piliers du temple», rétorqua Joël Fillion, l’un des participants, dans une boutade empreinte de finesse biblique qui fait rigoler la tablée.

«Les Québécois doivent trouver un moyen d’avoir des discussions sur la religion dans des endroits où les fidèles et les pasteurs sont sur un pied d’égalité.»

L’événement, qui en était à sa deuxième édition, servait aussi de fête d’adieu à la pasteure Leigh Sinclair de la paroisse anglophone Chalmers-Wesley, de l’Église Unie. Après une année à Québec, elle retourne dans son patelin, à Edmonton. Improvisant un bref discours, elle a remercié sa communauté et les autres pasteures des diverses communautés chrétiennes du Vieux-Québec de leur ouverture et de leur accueil.

La fête continua, puis ce fut au tour de la pasteure presbytérienne Katherine Burgess de prendre la parole après avoir obtenu le silence en faisant tinter son verre à l’aide d’un couteau. Feignant de se lancer dans une longue tirade, elle annonça qu’elle était la première à quitter le 5 à 7. «Alors… soyez bénis mes enfants», se contenta-t-elle de dire dans un fou rire général.

Leigh Sinclair, qui en était à ses dernières journées à Québec, profitait de la simplicité de ce moment. «Derrière cette soirée, il y a l’idée que ton pasteur est aussi une personne…», dit-elle.

Surtout, elle croit que ce genre d’initiative est fait sur mesure pour le Québec. «Les Québécois doivent trouver un moyen d’avoir des discussions sur la religion dans des endroits où les fidèles et les pasteurs sont sur un pied d’égalité», croit-elle.

«Comme c’est le cas dans un pub.»

 

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