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La pandémie oblige les familles à vivre le ramadan autrement

La pandémie de COVID-19 oblige les familles à vivre le ramadan autrement cette année.
La pandémie de COVID-19 oblige les familles à vivre le ramadan autrement cette année.   (Unsplash)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2020-05-01 15:41 || Canada Canada

La pandémie de COVID-19 et les consignes sanitaires à respecter, incluant le confinement, bouscule le quotidien de tous, incluant les musulmans qui ont amorcé le ramadan la semaine dernière. Au lieu de rester isolées à la maison, des familles ont choisi de se regrouper le temps du confinement, alors que d’autres vivaient déjà ensemble.

Ayant vécu à Québec, où ses frères et sœurs habitent encore avec leurs parents, Nader Daher a déménagé à Ottawa pour le travail. Dans le cadre du confinement, il s’est installé avec son épouse chez sa belle-famille, où ils partagent son quotidien avec ses beaux-parents, ses beaux-frères et sa belle-sœur.

«Les communautés musulmanes sont importantes à Montréal et à Ottawa. Chaque soir ou aux deux soirs, on a l’habitude de recevoir ou d’être reçus, mais ce n’est pas possible, et au lieu de rester seuls, confinés, on a choisi de se regrouper en famille. C’est certain que ça change la dynamique, et d’autres ont peut-être décidé de faire des choix différents», témoigne M. Daher, qui fréquente habituellement la grande mosquée d’Ottawa.

De son côté, Nasrin Al Habbal, habite à Québec depuis environ trois ans. Elle habite chez sa mère en compagnie de son mari et de leurs deux enfants. La famille est originaire de Syrie.

Nasrin et son mari suivent habituellement des cours de francisation en semaine. Ils en sont dispensés depuis le début du confinement. «Pendant le ramadan, on jeûne du lever du soleil jusqu’au coucher du soleil. Si on devait travailler ou aller à l’école, ce serait plus difficile, on serait plus fatigués. Mais tout se passe bien; on est à la maison», témoigne Mme Al Habbal, une fidèle du Centre culturel islamique de Québec.

La mère de famille souligne toutefois l’inconvénient majeur que le confinement apporte, soit de ne pas pouvoir se rassembler avec d’autres fidèles et partager des repas, notamment auprès d’étudiants et de familles dans le besoin de sa communauté. «Il y a une grande cuisine à la mosquée où l’on prépare les repas ensemble. On aidait entre autres les étudiants qui n’avaient pas leur famille ici. Mais tout est fermé en ce moment. C’est triste», résume-t-elle.

Plus de temps pour la prière

Le confinement exigé par les autorités sanitaires comporte en revanche certains avantages, notamment sur le plan spirituel, dans un contexte où le rapport au temps est modifié.

«Même si je n’ai jamais arrêté de travailler [pour le gouvernement du Canada], on n’a jamais eu autant de temps que maintenant, explique Nader. Ma femme et moi on avait l’habitude de faire plusieurs sorties. Mais le fait qu’on soit confinés nous donne plus de temps pour lire [le Coran] et se concentrer sur la pratique spirituelle. On fait nos prières à la maison et j’essaie de participer le plus possible. Je ne peux me permettre de me lever la nuit pour les prières du tarawih, parce que je travaille, mais j’essaie de compenser comme je peux», témoigne l’homme de 29 ans.

Les tarawih sont des prières quotidiennes du soir, effectuées pendant le ramadan.

Il souligne qu’il est cependant possible de suivre des diffusions en direct sur Facebook.

Ce service est d’ailleurs offert par le Centre culturel islamique de Québec, qui a mis en place cette pratique après l’attentat survenu, puisque certains fidèles demeuraient craintifs à l’idée d’y retourner, explique M. Daher.

«On peut prier à la maison; ce n’est pas nécessaire d’avoir un grand espace. On a des tapis achetés dans notre pays, la Syrie», précise de son côté Nisrin Al Habbal. 

Pour les musulmans, le mois du ramadan vise à purifier le corps et l’esprit du fidèle, avec un jeûne pratiqué du lever jusqu’au coucher du soleil. L’objectif est aussi de le sensibiliser au sort de son prochain et des gens démunis.

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