Montréal

La réflexion religieuse bien présente au Forum social mondial

  • Le Forum théologie et libération s'ouvrait lundi à Montréal, une journée avant le début du Forum social mondial.
  • L'auteur et militant Dominique Boisvert.
  • La théologienne féministe Pauline Jacob.
  • La théologienne féministe Denise Couture.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-08-11 08:42 || Québec Québec

«La religion et le religieux sont des éléments importants, voire essentiels, dans la construction d'un autre monde possible.» C'est l'une des convictions que Dominique Boisvert, un auteur et un militant engagé dans de nombreuses causes sociales, a formulées cette semaine au Forum social mondial (FSM) qui se tient à Montréal.

Le rassemblement altermondialiste, lancé à Porto Alegre au Brésil en 2001, se déroule pour la première fois dans un pays du Nord. Pendant citoyen du Forum économique de Davos qui réunit les dirigeants et les financiers du monde, le Forum social mondial rassemble des milliers d'individus et des centaines d'organisations. Il se définit comme un «espace de rencontre ouvert visant à approfondir la réflexion, le débat d’idées démocratique, la formulation de propositions».

Au Cégep du Vieux Montréal, Dominique Boisvert a animé mercredi un atelier sur la place de la religion dans les mouvements qui souhaitent «construire un autre monde possible».

Il reconnaît qu'en Amérique du Nord, pour beaucoup «la religion est essentiellement un vestige d'une époque révolue». Elle est poliment tolérée «à condition qu'elle n'occupe aucune place et ne joue aucun rôle dans l'espace public ou commun».

Pourtant, a-t-il fait observer à la dizaine de personnes qui ont participé à l'atelier qu'il animait, «les valeurs qui sous-tendent ce nouveau monde que nous voulons bâtir ont toutes été mises de l'avant par l'une ou l'autre des religions depuis longtemps». Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, Dominique Boisvert nomme, entre autres valeurs, le souci du bien commun et la dignité des personnes.

«Peu de gens, parmi les altermondialistes, pourraient s'objecter à la règle d'or comme à la plupart des religions, soit "ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse".» Pas plus qu'ils ne s'opposent «à l'altruisme, à la charité, au dévouement ou au souci des autres».

Selon l'auteur des récents livres Québec, tu négliges un trésor! et La pauvreté vous rendra libres! (chez Novalis), il serait «bien ridicule ou téméraire de vouloir se priver de toute cette richesse héritée de l'histoire sous prétexte qu'elle a un lien avec la religion».

Forum théologique

Depuis 2005, durant chaque Forum social mondial, se déroule un Forum mondial de théologie et libération. L'événement réunit des théologiens et des militants d'organismes «qui articulent théologie, analyse chrétienne et libération».

À Montréal, cette rencontre, la 7e depuis 2005, s'est tenue lundi au Collège Jean-de-Brébeuf, la veille du début du FSM, et elle se poursuivra le samedi 13 août. Entre ces deux journées, les personnes qui s'y sont inscrites participent aux conférences ou encore animent des ateliers dits autogérés lors du FSM.

C'est ainsi que l'organisme catholique Développement et Paix propose des ateliers sur l'agro-écologie ainsi que sur la lettre encyclique Laudato si' du pape François. Dans un atelier animé par le Secours catholique de France, il est question des droits des migrants. De son côté, des membres de Pax Christi traitent des principes de la non-violence. Enfin, l’ACAT Canada (Action des chrétiens et chrétiennes pour l’abolition de la torture) a animé un atelier intitulé Vérité et justice dans les coulisses du théâtre de la guerre.

«Après Porto Alegre, Nairobi, Belem, Dakar et deux fois Tunis, nous nous retrouvons à Montréal», a lancé la théologienne Denise Couture aux quelque 300 personnes présentes lundi lors de l’ouverture du Forum mondial de théologie et libération. «Votre participation témoigne de la vitalité et du dynamisme des groupes chrétiens de la base, engagés dans des luttes multiples contre toutes les formes d’oppression et pour la libération de tous et de toutes.»

«Vous n’êtes pas venus assister à un colloque ou un congrès comme les autres», a ajouté la professeure de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal.

«Il s’agit de vivre ensemble un processus en action de transformation afin de créer un autre monde possible. La société civile, et pour nous au Forum mondial de théologie et libération, les communautés chrétiennes de la base, se réunissent dans un espace ouvert de rencontres pour organiser, vivre et célébrer les luttes contre les structures de domination et pour que le changement advienne maintenant.»

Les conférences et ateliers tenus lors de la première journée du Forum mondial de théologie et libération ont notamment été consacrés à la situation des Autochtones au Canada, dans la foulée de la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones, et à l’oppression des femmes dans la société ainsi que dans les Églises.

Analysant l’histoire récente des luttes de femmes dans l’Église canadienne, la théologienne Pauline Jacob a estimé qu’aujourd’hui «les prises de position romaines contre la théologie de la libération et contre l’accessibilité à l’ordination pour les femmes ont forcé les pasteurs à l'esprit ouvert à se taire ou à en payer le prix».

«Qu’on le veuille ou non, l’Église catholique romaine influence encore les sociétés à travers le monde», a-t-elle rappelé. «La non-reconnaissance d’une réelle égalité de tous les baptisés en son sein est nuisible pour la reconnaissance de cette égalité dans le monde et est contraire à l’Évangile.»

«Les femmes engagées en Église sont en quelque sorte des exclues du système institutionnel ecclésial», a-t-elle déploré. «Malgré les beaux discours romains, elles sont dans les faits considérées comme des baptisées de second ordre et exclues du pouvoir réel.»

 

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