Danger de guerre civile au Burundi

La sainte colère de Marguerite Barankitse

Marguerite Barankitse.
Marguerite Barankitse.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2015-11-11 14:39 || Monde Monde

Marguerite Barankitse est en colère. Son pays, le Burundi, qui se relève péniblement de guerres interethniques, est de nouveau au bord du précipice. De passage au Québec, elle n’a pas hésité à traiter le président de «malade mental» et à inviter l’Église catholique canadienne à prendre publiquement position en faveur de la paix et de la réconciliation.

Le 2 novembre, la fondatrice de la Maison Shalom a affirmé à l’antenne d'Ici Radio-Canada Télé que le président du Burundi est «un malade mental». Une déclaration incendiaire qui a surpris bien des admirateurs québécois de Mme Barankiste, qui s’est fait connaître ici par son témoignage lors du Congrès eucharistique international de Québec en 2008.

Dans une entrevue accordée à Présence, celle que l’on surnomme parfois la «Maman du Burundi» est revenue sur cette déclaration, la resituant dans le contexte chaotique qui prévaut actuellement dans ce pays de 8 millions d’habitants.

Manifestement, Marguerite Barankitse est en colère contre Pierre Nkurunziza, président du Burundi. «C’est une sainte colère!», précise-t-elle.

Elle lui reproche de s’en prendre physiquement aux enfants et aux adolescents afin de faire peur à la population qui manifeste son désaccord depuis sa décision de briguer un troisième mandat à la tête du pays. La légitimité de sa réélection est depuis remise en question non seulement par l’opposition au Burundi, mais également par des organisations internationales.

«À plusieurs reprises, j’ai averti Pierre Nkurunziza. Je lui ai donné des conseils fraternels. Cela fait trois ans que je tente de le raisonner. Encore aujourd’hui, je le considère comme mon frère. Mon rêve, c’est de lui tendre la perche. Ce que j’ai dit sur les ondes d'Ici Radio-Canada Télé, c’était un cri pour qu’il comprenne, pour qu’il se repente, pour qu’il revienne à la lumière!»

Une situation explosive

Marguerite Barankitse n’est pas la seule à dénoncer l’emploi de la violence par le gouvernement burundais. Parmi ces dénonciateurs, on compte Pierre Claver Mbonimpa, l’un des militants des droits de l’homme les plus en vue du Burundi. Après avoir été lui-même victime d’une tentative d’assassinat le 3 août, il affirme, dans un témoignage filmé et diffusé depuis la Belgique, que des cadavres d’adultes et d’enfants sont régulièrement retrouvés dans les rues. Ces découvertes coïncident avec la répression des manifestations par les autorités.

Amnistie Internationale et la Commission de l’Union africaine se disent très inquiètes par la multiplication d’actes violents attribués au régime en place et, dans certains cas, à l’opposition.

C’est la décision de Pierre Nkurunziza de se présenter à nouveau au poste de président qui a provoqué la colère du peuple burundais. Selon des organisations internationales, la corruption et la répression ont augmenté au cours de son second mandat. Sa réélection controversée a provoqué des manifestations à travers le Burundi. On accuse le président de vouloir relancer les guerres tribales afin de se maintenir au pouvoir. En ce moment, des déclarations menaçantes en provenance de proches du régime font craindre l’escalade des violences interethniques, malgré les démentis du président Nkurunziza.

En danger, elle doit fuir

Devant la situation, Marguerite Barankitse a décidé de manifester à son tour. «Je suis descendue dans la rue non pas à cause du troisième mandat, mais parce qu’il s’en prend à des enfants,  mes enfants!», explique-t-elle.

Depuis sa prise de position, Marguerite Barankitse s’est exilée au Rwanda. Le gouvernement a gelé ses comptes ainsi que ceux de la Maison Shalom qui accueille des enfants, sans égards à l’ethnie.

Est-ce que la «Maman du Burundi» sent que sa vie est en danger? «Lors de ma confirmation, j’ai posé la main sur la Bible et j’ai dit: ‘Moi, Marguerite, désormais j’accepte de suivre Jésus-Christ.’ À ce moment-là, je me suis engagée à le suivre jusqu’à la croix, s’il le faut. Si je ne parle pas, qui va le faire? Chaque fois que la dignité des enfants de Dieu sera attaquée, je serai là. En tant que «Maman nationale», je dois plaider pour l’ensemble des Burundi et de ses enfants».

C’est donc au nom de sa foi que Marguerite Barankitse affirme lutter pour la sécurité des enfants du Burundi. C’est également au nom des valeurs évangéliques qu’elle conseille et invective son «frère» président.

Elle souhaite un engagement canadien

L’Église catholique du Burundi a pris position contre la décision du président burundais de briguer un troisième mandat. La «Maman du Burundi» souhaite que les représentants de l’Église catholique canadienne prennent aussi position en faveur de la paix et de la réconciliation au Burundi.

Elle a également profité de son séjour au Canada pour rencontrer des politiciens. Elle espère que le nouveau gouvernement libéral soutiendra un apaisement des tensions.

 

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