L'ONG Aide à l'Église en détresse

Le monde menacé par «l’hyperextrémisme», selon un rapport sur les libertés religieuses

Abbas Ali, 42 ans, pleure de soulagement le 31 octobre 2016 après avoir réussi à fuir le village d’Abu Jarboa (Iraq), sous contrôle de Daech, avec son épouse et leurs quatre enfants.
Abbas Ali, 42 ans, pleure de soulagement le 31 octobre 2016 après avoir réussi à fuir le village d’Abu Jarboa (Iraq), sous contrôle de Daech, avec son épouse et leurs quatre enfants.   (CNS photo/Azad Lashkari, Reuters)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-11-14 21:32 || Monde Monde

Selon un nouveau rapport international publié ce mardi, l’état de santé des libertés religieuses dans le monde ne semble guère s’améliorer. Le Rapport 2016 sur la liberté de religion dans le monde de l’organisme Aide à l’Église en détresse (AED) dresse un portrait des atteintes aux libertés religieuses à travers les 196 pays de la planète. Il identifie «l’hyperextrémisme islamiste» comme l’un des principaux responsables des atteintes à ces droits.

«C’est un mot nouveau dans le rapport. C’est l’extrême de l’extrême, une manière de dire qu’il n’y a rien de pire», explique Marie-Claude Lalonde, directrice générale pour la branche canadienne de l’AED, au sujet du document rendu public presqu’un an jour pour jour après que 130 personnes furent tuées par des terroristes islamistes à Paris.

Ainsi, cet extrémisme exacerbé se caractérise par des «tentatives systématiques de chasser tous les groupes de convictions différentes – y compris les modérés –, une cruauté sans précédent, une influence mondiale et l’utilisation efficace de médias sociaux souvent mis en œuvre pour glorifier et glamouriser la violence», précise le rapport qui s’inquiète des répercussions de ce phénomène sur la paix mondiale et l’harmonie sociale, dans un contexte où les libertés religieuses sont compromises dans 60% des pays dans le monde.

Ce document biennal en est à sa 13e édition. En plus de présenter des statistiques sur le phénomène, il s'attarde sur des cas précis. Cette année, le père Jacques Mourad, un prêtre syrien retenu en otage par Daech en 2015, signe l’avant-propos. Dans le matériel promotionnel qui accompagne la sortie du rapport, des témoignages chocs font état d’exactions d’une rare violence.

En compilant les diverses atteintes aux libertés religieuses dans le monde, le rapport constate qu’un pays sur cinq à travers le monde a été victime d’un attentat en lien avec l’hyperextrémisme islamiste.

«C’est énorme, se désole Mme Lalonde. À une certaine époque, les persécutions venaient quasiment strictement des gouvernements, surtout des régimes communistes. Mais il y a eu un renversement de situation: ce ne sont plus tant les gouvernements que des groupes prétendument religieux qui les font. Les persécuteurs ont changé.»

Des États en cause

Mais les atteintes commises par des États ont encore de beaux jours devant elles, à en croire le rapport. Si des pays comme la Corée du Nord et l’Érythrée trônent parmi ceux où les libertés religieuses sont violées, ils sont accompagnés par de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient, là où l’on observe une concentration de cas lourds.

Malgré un portrait sombre, l’AED a tout de même noté une amélioration de la situation au Bhoutan, en Égypte et au Qatar.

Mme Lalonde convient toutefois qu’à travers le monde, «le portrait n’est pas très rose». Elle note que dans pratiquement la moitié des 23 pays les plus incriminés, la situation a empiré depuis le précédent rapport.

«Ça fait seize ans que je travaille à l’AED. Il n’y a pas une année où j’ai senti une amélioration. Avant, on savait qui maltraitait qui: c’était souvent l’affaire d’un petit nombre d’États. Maintenant, ça concerne plus de monde, et le phénomène est plus fluide», dit-elle.

Dénonciations et reconnaissance

La directrice ne se dit pas très optimiste, mais elle se réjouit de voir que de plus en plus de personnes et d’États dénoncent les atteintes aux libertés religieuses. Le slogan qui accompagne la publication du rapport est d’ailleurs «Brisons le silence».

«Par exemple, nous entendons davantage de musulmans dire que l’État islamique n’est pas l’islam. Nous voyons davantage de dénonciations publiques. Les États-Unis, le Parlement européen, la Grande-Bretagne et l’Australie ont dénoncé le génocide des chrétiens d’Orient. Ça ne règle pas le problème, mais je pense que ça peut avoir un impact», confie-t-elle.

Le Canada, lui, a dénoncé le génocide des yézidis, mais pas des chrétiens. Au début de l’année, le gouvernement fédéral a laissé mourir le Bureau de la liberté de religion qui avait été mis en place par le gouvernement Harper. Le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, a fait valoir que le Canada restait attaché aux droits religieux mais que ceux-ci seraient désormais abordés à travers l’angle plus large de l’ensemble des droits de la personne.

L’AED, qui s’était inquiété de la disparition du Bureau de la liberté de religion, a demandé sans succès au gouvernement fédéral de reconnaître ce qu’elle appelle le génocide des chrétiens d’Orient.

«Le risque, c’est que les libertés religieuses soient noyées dans l’ensemble. Nous croyons plutôt que ça vaut la peine qu’on s’y intéresse d’une manière particulière», plaide l’avocate de formation.

 

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