«Une tentative d'étouffer la voix des communautés religieuses»

Les évêques catholiques ulcérés par une clause d'Emplois d'été Canada

  (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-01-16 14:48 || Québec Québec

Les paroisses, associations sans but lucratif et camps de vacances qui souhaitent obtenir l'appui du programme Emplois d'été Canada afin de subventionner des emplois temporaires pour des étudiants du secondaire et du postsecondaire ont jusqu'au vendredi 2 février pour présenter leur demande. Mais selon les évêques catholiques du Canada, peu d'organismes liés aux Églises chrétiennes et aux groupes confessionnels vont se prévaloir de ce programme de création d'emplois en raison d'un critère ajouté quelques jours avant les vacances de Noël.

Le 18 décembre 2017, Emploi et Développement social Canada, le ministère responsable du programme Emplois d'été Canada, a ajouté une clause d'admissibilité qui oblige les organismes demandeurs à reconnaître les «droits reproductifs et sexuels» des femmes, ainsi que «l’accès à des avortements sûrs et légaux». Une telle clause «entre directement en conflit avec le droit à la liberté de religion et de conscience», estime la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC).

Les groupes confessionnels qui présentent une demande doivent dorénavant «attester que l’emploi et le mandat principal de l’organisme sont conformes aux droits de la personne au Canada, y compris les valeurs sous-jacentes à la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que d’autres droits».

Le ministère précise que ces «autres droits» comprennent «les droits en matière de procréation et le droit de ne pas faire l’objet de discrimination fondée sur le sexe, la religion, la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, les déficiences mentales ou physiques, l’orientation sexuelle ou l'identité ou l'expression de genre».

Il ajoute ensuite que «les droits des femmes font partie des droits de la personne, ce qui comprend les droits sexuels et reproductifs, ainsi que l’accès à des avortements sûrs et légaux».

«Ces droits sont au cœur des politiques intérieures et étrangères du gouvernement du Canada», indique le Guide du demandeur d'Emplois d'été Canada 2018.

Mais ce n'est ni l'avis des évêques catholiques ni de bien des groupes religieux qui «considèrent l'avortement, l'orientation sexuelle et l'identité ou l'expression de genre comme des questions majeures ayant des incidences éthiques, morales, sociales et personnelles, lesquelles déterminent notre compréhension de la dignité humaine et donc notre appréciation du sens et de l'importance de chaque vie humaine».

La nouvelle clause d'admissibilité - les groupes sont tenus de cocher une case J'atteste sans quoi leur demande est jugée irrecevable - «compromet gravement le droit à la liberté religieuse, puisque le gouvernement du Canada limite directement le droit des traditions religieuses de publiquement garder, enseigner et pratiquer leurs principes et leurs valeurs», estime la CECC.

Sans donner plus de précisions, la conférence épiscopale prévient déjà le gouvernement que cette clause fera en sorte que «des camps d'été seront forcés de fermer, des services de nombreux organismes sans but lucratif seront réduits et de précieuses occasions d'apprentissage seront perdues».

«Le fait qu'un organisme est affilié à une religion ne constitue pas en soi une inadmissibilité à ce programme», précise toutefois le Guide du demandeur d’Emplois d’été Canada.

Mais ce nota bene n'émeut aucunement les évêques. La clause d'admissibilité n'est rien d'autre qu'«une tentative d'étouffer la voix des communautés religieuses dans la démocratie canadienne et de limiter leur participation sur la scène publique».

Les travaux de la Chambre des communes reprendront le lundi 29 janvier, soit quatre jours avant la date limite pour la remise des demandes de financement dûment complétées à Emploi et Développement social Canada.

 

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