Attentat du 29 janvier

Les leaders religieux de Québec désirent approfondir les liens qui les unissent

Le cardinal Gérald Lacroix et Boufeldja Benabdallah ont exprimé un désir commun de sortir grandis de cette épreuve.
Le cardinal Gérald Lacroix et Boufeldja Benabdallah ont exprimé un désir commun de sortir grandis de cette épreuve.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2017-02-02 13:07 || Québec Québec

De l’attentat de dimanche jaillira peut-être du bien pour l’humanité. Voilà le souhait exprimé par plusieurs leaders spirituels de Québec quelques jours après le meurtre de six musulmans à la grande mosquée. Tous sans exception soulignent le besoin d’approfondir les liens qui les unissent.

«Dieu nous fait des signes », a commenté Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec.

En compagnie du cardinal Gérald Lacroix, l’homme qui habite au Québec depuis les années 1960 a réagi à l’élan de solidarité interreligieuse qui a suivi l’attentat.

«C’est un signe de générosité qu’il faut accueillir, qui va nous faire grandir, et qui va montrer aux musulmans qu’ils sont ici comme des citoyens avec leurs frères chrétiens, avec toutes les confessions ici à Québec. Nous formons une communauté. Une communauté qui souhaite bien vivre», a dit M. Benabdallah, précisant que cette fraternité se vit ces jours-ci dans un contexte de douleur. «Ça ne va pas nous faire oublier la douleur. Ça va nous soulager un peu. Mais ça va nous grandir énormément.»

L’archevêque de Québec a renchéri en faisant valoir que « c’est à nous et à toute la population de faire en sorte que cela devienne réalité ».

«Que nous trouvions comment continuer à vivre ensemble dans l’harmonie. Je suis convaincu que c’est possible », a-t-il ajouté en parlant de ses « frères musulmans».
Le cardinal Lacroix a rappelé qu’il existe déjà un contexte de partage à Québec, tant dans les loisirs que dans les écoles ou dans les milieux de travail.

«Il y a des chrétiens, des musulmans, des non-croyants, et nous vivons ensemble en paix. Nous l’avons toujours fait. Cet acte isolé de haine pourrait aider à montrer à la population que nous pouvons continuer à vivre ensemble dans le respect», a-t-il dit. «Nous voulons continuer de montrer au monde que c’est possible. Que nous le vivons déjà. Que cela ne va pas nous diviser. Que cela ne va pas semer de la peur dans nos cœurs.»

Quelques minutes avant la messe de solidarité avec les victimes qui se tenait mardi soir à l’église Notre-Dame-de-Foy à Québec, l’archevêque a été questionné sur le pardon envers le présumé tueur.

«Le pardon est toujours quelque chose que nous désirons. Mais aujourd’hui n’est peut-être pas le bon moment pour parler de pardon. Les événements sont si près, et la douleur si profonde… Le pardon requiert du temps», a-t-il indiqué. «Nous demandons à Dieu cette foi et cette force de pardonner. C’est un processus, vous savez. Ce n’est pas automatique. Pour que le pardon soit vrai, il doit venir du cœur. Et Dieu peut changer nos cœurs. Alors donnons-lui du temps.»

Abdelbasset Benaissa, imam à Québec de 2011 à 2014, connait très bien les victimes. Il a décrit la communauté musulmane de la ville comme un milieu positif où tout le monde se connait. Il se réjouit de la solidarité interconfessionnelle qui anime la Vieille Capitale.

«J’aimerais bien que toutes les communautés travaillent ensemble en harmonie. C’est un message de paix, un message d’amour, un message d’union, et un message pour un nouveau regard pour le futur », a-t-il confié.

M. Benaissa travaille désormais pour l’ONG Islamic Relief Canada. Son organisme a déjà récolté 150 000 $ pour les victimes de l’attentat.

La pasteure de la paroisse Saint-Pierre de l’Église Unie à Québec, Darla Sloan, a participé à la vigile lundi soir car elle sentait «le besoin de se recueillir».
«On est avec la communauté musulmane, a-t-elle rappelé. C’est aussi important pour les croyants de dire que religion n’est pas signe de guerre et de conflit et qu’on peut être solidaires les uns des autres.»

«L’unité dans la diversité, c’est le message de ma confession», a précisé la pasteure Sloan, en mentionnant que l’Église Unie du Canada est elle-même née de la rencontre de trois confessions chrétiennes différentes en 1925.

Elle a noté que la société dans l’ensemble doit se poser des questions sur les racines d’une telle violence, dans ce cas-ci perpétrée par un Québécois de souche. Elle s’est dit «consternée» et «profondément désolée» par la tuerie.

Doyen de la cathédrale anglicane depuis neuf ans, Christian Schreiner représentait l’évêque anglican de Québec lors de la célébration mardi soir. Il a d’ailleurs lu les prières universelles en compagnie d’une musulmane, Khadija Saïd.

La veille, il a avait aussi participé à la vigile en compagnie de son épouse et de leurs enfants.

«Comme père de famille qui se met à la place des familles qui ont perdu leur papa, j’étais extrêmement triste, mais en même temps tellement rempli d’espérance», a-t-il confié au sujet de tous ces gens qui manifestaient leur rejet de l’intolérance.

«Les musulmans et nous avons les mêmes racines. On est des peuples de la foi. On partage en partie les Saintes Écritures. On est aussi des humains et ça nous touche aussi profondément», a ajouté l’Allemand d’origine. «Mes enfants m’ont demandé si [un tel attentat] pourrait arriver aussi chez nous. Oui, bien sûr. Nous sommes un lieu de culte. C’est possible et c’est triste.»

La fusillade de dimanche lui a aussi fait prendre conscience qu’il pourrait connaître davantage la communauté de foi musulmane à Québec. «Je ne les connais pas. Et j’aimerais les connaître.»

 

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