Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Les Québécois et la religion: méfiance et négativité, révèle un sondage

Jacques Frémont, président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Jacques Frémont, président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-01-14 17:42 || Québec Québec

Près de la moitié de la population du Québec a une image négative de la religion, révèle un sondage dont les résultats ont été présentés le 14 janvier par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Ainsi, 45 % des Québécois considèrent que la religion est une réalité globalement négative tandis que 43 % d'entre eux se méfient «des personnes qui affirment trop clairement leur religion».

Les résultats de ce sondage réalisé pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse montrent que les Québécois «entretiennent une vision globalement plus critique que les citoyens des autres provinces» envers le fait religieux.

Collectivement divisés

«On ne peut pas détacher ces résultats de l'histoire du Québec, de la Révolution tranquille, de la rupture avec l'Église et de la sécularisation de la société. Mais c'est clair, on est très divisés collectivement sur cette question», reconnaît Pierre Noreau, le politologue qui a dirigé cette recherche.

Un sondage téléphonique, mené auprès de 1500 répondants au printemps dernier, visait à mesurer les perceptions des Québécois face à la discrimination et aux accommodements raisonnables.

Les gens qui ont y répondu ont déclaré avoir une perception plutôt positive envers les personnes d'autres religions. Mais c'est «l'affirmation publique des convictions religieuses qui agace», note le chercheur Pierre Noreau. Quatre répondants sur dix se disent très d'accord ou plutôt d'accord avec l'affirmation suivante: «Il faut se méfier des personnes qui affirment trop clairement leur religion».

Malaise face aux signes religieux

Les sondeurs ont ensuite voulu mesurer la perception des gens envers le port de certains signes religieux. Si 5,5 % des répondants trouvent dérangeant le port d'une croix au cou, le taux monte à 25 % dans le cas de la kippa (judaïsme), à 30,5 % pour le turban sikh. Enfin, un répondant sur deux trouve dérangeant le port du voile islamique.

«Les Québécois vivent très bien avec les signes de la religion de leur société de référence», observe le chercheur Pierre Noreau. Mais beaucoup moins bien avec «les signes issus d'autres traditions religieuses qui sont plus directement considérés comme les expressions publiques d'une appartenance religieuse», écrivent les auteurs du rapport de recherche remis à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Ils observent aussi que la «méfiance mesurée à l'égard de l’affirmation publique du fait religieux est fortement associée au niveau de scolarité et à l’âge des répondants, les plus jeunes étant plus ouverts que leurs aînés à la diversité religieuse et à l’expression publique de l’appartenance religieuse».

«Le problème, c'est la religion dans l'espace public»

Jacques Frémont, le président de la Commission, ne s'inquiète pas outre mesure devant cette méfiance des Québécois envers le fait religieux. «Quand 50 % des Québécois ont un malaise avec le port du voile, c'est certain que cela nous interroge».

Mais, dit-il, «cette étude montre clairement que le «taux d'acceptation des Québécois face aux autres religions est très élevé. Le problème, c'est la religion dans l'espace public», dit le président de la CDPDJ. «La religion, au Québec, est dans le milieu de la place.»

L'étude rendue publique aujourd'hui va permettre de «mieux comprendre ce phénomène», croit Jacques Frémont.

La Commission pourra, avec ces données, mieux cibler ses interventions d’éducation auprès du public. «C'est un premier portrait, une cartographie du Québec qui peut servir d’outil de développement de politiques publiques et encourager des conversations au sein des ministères et dans la société québécoise», espère Jacques Frémont.

 

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