Montréal

Limité à 25 personnes, un curé préfère annuler des messes

Le curé de l'église Saint-Joachim de Pointe-Claire, l'abbé Alain Roy, préfère annuler des messes plutôt que de refuser la 26e personne qui souhaiterait entrer.
Le curé de l'église Saint-Joachim de Pointe-Claire, l'abbé Alain Roy, préfère annuler des messes plutôt que de refuser la 26e personne qui souhaiterait entrer.   (Archives Présence/S. Di Matteo)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-09-23 15:07 || Québec Québec

Inutile de se présenter à l'église Saint-Joachim de Pointe-Claire en fin de semaine prochaine. Les trois messes prévues samedi et dimanche n'auront tout simplement pas lieu, prévient le curé de cette paroisse.

«J'estime qu'il ne vaut pas la peine de déplacer une équipe de cinq bénévoles pour s'occuper de 20 autres personnes», a écrit mercredi l'abbé Alain Roy à ses paroissiens.

Située en zone orange, cette paroisse de l'Ouest-de-l'Île de Montréal a appris le dimanche 20 septembre, de la bouche même du ministre de la Santé et des Services sociaux, qu'elle ne pourra dorénavant accueillir que 25 personnes à chacune de ses activités et célébrations.

«Comment refuser l'accès aux autres personnes qui se présenteront?», demande l'abbé Roy. «Il nous faudrait les refouler à la rue.»

Pas question d'obliger ses bénévoles à vivre une telle situation, «confuse et blessante» ajoute ce prêtre qui est aussi un conférencier recherché et l'auteur de l'essai Une Église sans domicile fixe. Ce mercredi matin, il a donc pris la décision «de ne pas ouvrir l'église en fin de semaine prochaine, les 26 et 27 septembre».

Au moins pour une semaine

Le 22 septembre, il avait pourtant indiqué dans le site Web de sa paroisse qu'il avait bien l'intention de présider les trois messes dominicales d'autant plus que «l’archevêque de Montréal a décidé d’inciter les paroisses à continuer de célébrer avec un maximum de 250 personnes et ce, jusqu’à nouvel ordre».

Il a aussi acheminé une note électronique à quelque 250 personnes. «Plusieurs y ont réagi très positivement. Quelques-uns se disaient mal à l'aise avec ce geste de désobéissance civile. J'étais certain que d'ici samedi, les évêques en arriveraient à une entente avec le gouvernement ou encore ils nous auraient donné de nouvelles consignes.»

«J'avais compris, peut-être à tort», explique aujourd'hui l'abbé Roy, «que l'archevêque de Montréal nous demandait de maintenir pour le moment le statu quo. On me dit aujourd'hui que, pour la fin de semaine qui vient, il est préférable de respecter les normes édictées».

N'autoriser que 25 personnes à entrer dans l'église Saint-Joachim sera «impossible à gérer». Le curé explique que depuis la réouverture des portes de l'église au mois de juin, entre 75 et 100 personnes se présentent à chacune des trois messes dominicales. «Et là on voudrait que je refuse les gens à la porte, à partir de la 26e personne? Je préfère qu'on se reconfine pour une semaine. On verra pour la suite.»

La note de l'archevêché

L'archevêque Christian Lépine, en réunion avec tous les autres membres de la Conférence des évêques catholiques du Canada, ne pouvait expliquer mercredi matin d'où venait cette confusion sur le nombre de participants autorisés à entrer dimanche dans les églises de l'archidiocèse de Montréal.

«Aucune communication n’a été émise de notre part», a d'abord indiqué Erika Jacinto, l'attachée de presse de Mgr Lépine. Une note de service avait pourtant bien été envoyée au début de la semaine invitant tous les responsables des paroisses à «s’en tenir pour l’instant aux consignes établies par l’archevêché dans le communiqué No 18 [un texte sur les mesures sanitaires à observer], notamment la norme de maximum 250 participants… jusqu’à nouvel ordre».

Mais l'évêque auxiliaire Alain Faubert a reconnu mercredi l'existence de cette note et explique qu'elle se voulait avant tout «pragmatique».

«Ce n'est pas une contestation» des nouvelles normes, précise-t-il, puisque les évêques demandaient dès lundi au gouvernement de revoir la décision annoncée par le ministre Christian Dubé.

«Je voulais éviter que les comités [paroissiaux] de déconfinement jouent au yoyo», explique-t-il. «Un jour, c'est 250 personnes, le lendemain, c'est 25. Puis on retourne à 250 personnes si le gouvernement change d'avis. Je préfère dire: «respirons par le nez, en sachant fort bien que, sur semaine, il y a très peu de milieux qui vont accueillir ou organiser des activités qui regroupent plus de 25 personnes.»

«Notre but, c'était de dire à notre monde: attendez un peu, on vous revient en cours de semaine», dit Mgr Faubert, qui annonce que «d'ici 24 heures», l'archevêque rendra sa décision sur le nombre de participants aux prochaines messes dominicales.

«J'ai discuté avec Mgr Christian [Lépine] ce matin. Sa pensée va dans le sens de faire valoir, par les voies démocratiques et légales, la position qu'on défend. Nous, on veut dialoguer. Et on croit que la position du gouvernement est déraisonnable.»

Hier, en conférence de presse, le Dr Horacio Arruda a indiqué que des études scientifiques démontrent que «les cérémonies religieuses sont des génératrices de cas, beaucoup plus que les théâtres, compte tenu du fait que durant la cérémonie il peut y avoir des rapprochements, des communions». Il a aussi indiqué que «dans une église, c'est un lieu social de rencontre, et souvent, en parallèle avec la cérémonie comme telle, il y a des contacts entre les individus».

Ces affirmation ont été vivement contestées ce matin par les membres de la Table interreligieuse, un regroupement de leaders juifs, chrétiens et musulmans créé en avril afin d'établir des voies de communications avec les autorités québécoises de la Santé publique. «Seuls les événements exceptionnels peuvent donner lieu à des rassemblements sociaux après un service religieux», ont-ils indiqué.

Ils ont aussi rappelé au gouvernement que «la très grande majorité des rassemblements religieux hebdomadaires du vendredi, du samedi ou du dimanche ne sont pas associés à des événements sociaux avant ou après le service religieux». Après toute cérémonie, depuis la réouverture des mosquées, des synagogues et des églises, «les gens retournent tout simplement à la maison».

Au nom des membres de cette Table interreligieuse, le président de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec répète que «les règles imposées sans dialogue préalable aux lieux de culte depuis dimanche soir dernier sont disproportionnées». Elles portent même «atteinte à la liberté de culte», écrit Mgr Christian Rodembourg.

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