Crise migratoire - Grèce

Migrants et travailleurs humanitaires plongés dans la grisaille automnale

Un habitant de l’île de Lesbos, en Grèce, salue un bateau de pêche surpeuplé, qui transporte des migrants vers la terre ferme.
Un habitant de l’île de Lesbos, en Grèce, salue un bateau de pêche surpeuplé, qui transporte des migrants vers la terre ferme.   (CNS photo/Yannis Kolesidis, EPA)
2015-11-03 14:53 || Monde Monde

La Grèce doit faire face à l’arrivée massive de réfugiés fuyant les conflits armés qui accablent leur pays. Ni les dangers de la mer, ni la froidure automnale ne semble émousser leur volonté de trouver refuge en Europe. L’île grecque de Lesbos est l’un des nombreux points de chute de ces migrants, syriens pour la plupart, qui ont traversé la mer Égée, à partir des côtes de la Turquie.

«Le roulis des vagues était si puissant qu’on a bien failli être submergés par l’eau salée», affirme Um Tariq, une réfugiée syrienne. En arabe, ce nom de nom famille veut dire mère de Tariq, son fils aîné. «Nous avons eu peur de mourir», dit-elle.

«Ce voyage ne devait durer que trente minutes. Il a plutôt duré près de trois heures, d’ailleurs infernales. Le navire surchargé a failli chavirer à quelques reprises», raconte-t-elle. C’est ainsi que s’est déroulé le trajet entre les rivages turcs et cette île grecque, jadis connue pour son huile d’olive et son ouzo, ce spiritueux typiquement grec.

Pris de panique, les hommes se sont mis à crier et les femmes à pleurer, enlaçant frénétiquement leurs enfants et leurs bébés. Tous tendaient la main aux bénévoles qui s’étaient massés le long du rivage de l’île de Lesbos, afin de prêter main forte aux réfugiés. Plusieurs ONG sont à pied d’œuvre sur cette île grecque: OM Greece, EuroRelief mais aussi Caritas, l’agence d’aide internationale de l’Église catholique.

Um Tariq nous a raconté ce qui les a poussés, elle et ses proches, à quitter leur ville natale de Hama, en Syrie, et à s’engager dans ce dangereux exode.

«Le régime syrien a récemment arrêté et emprisonné mon fils aîné. Nous sommes sans nouvelles de lui depuis ce temps. Mon mari et moi avons réussi à fuir, en compagnie de mon fils et de sa femme. Nous craignons que ce dernier soit conscrit par l’armée syrienne car celle-ci a subi d’énormes pertes au cours des quatre dernières années, en raison de la guerre», dit-elle.

«Il a refusé de s’enrôler; ils pourraient donc le tuer», affirme la mère de famille, dont les cheveux sont recouverts d’un voile noir. Um Tariq et ses proches espèrent se rendre jusqu’en Norvège afin de rejoindre leur autre fils, qui y a trouvé refuge.

Aux portes de l'Europe

Cette imposante marée humaine fuyant la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan s’échoue quotidiennement sur les rivages de la Grèce, qui est le point d’entrée de ces réfugiés en sol européen. Selon certaines estimations, au moins 170 personnes — dont 44 enfants — auraient perdu la vie en traversant la mer Égée. Aux yeux des travailleurs humanitaires, ce bilan pourrait s’alourdir, en raison du froid automnal et des caprices de la mer à ce moment de l’année.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, le début du mois d’octobre a été extrêmement achalandé: près de 7000 personnes débarquaient quotidiennement sur les rivages de la Grèce. On a récemment retrouvé le cadavre d’un bambin de 1 an au fond d’une embarcation ayant partiellement chaviré.

Les Syriens ne sont pas les seuls à se réfugier en Europe: près d’un demi-million d’Afghans sont débarqués en Grèce au cours des derniers mois. C’est dix fois plus que l'an dernier.

«Dès que les migrants s’approchent du rivage, ils se jettent aussitôt à l’eau. Ils courent parfois de grands dangers en faisant cela. Nous les aidons donc à sortir de l’eau et à atteindre la terre ferme», explique Hein van der Merwe d’OM Greece. On leur donne ensuite des serviettes et des vêtements secs, avant de leur offrir de l’eau et de la nourriture.

«Nous leur expliquons ensuite la marche à suivre pour se rendre au camp de réfugiés, où ils devront aller s’enregistrer. Ce camp est situé à une cinquantaine de kilomètres d’ici : nous leur indiquons donc à quel endroit prendre l’autocar», ajoute van der Merwe.

Subvenir aux besoins

Selon Evelyn Karastamati, coordonnatrice des programmes d’urgence chez Caritas, l’ONG catholique joue un rôle-clé dans l’accueil des réfugiés, en leur donnant de la nourriture et des articles de première nécessité comme les couches. Caritas fournit aussi des sacs de couchage, des matelas et des friandises aux migrants lorsqu’ils arrivent sur les îles de Lesbos, de Kos et de Chios.

«La situation évolue constamment», affirme Karastamati d’un ton soucieux. L’Union européenne prévoyait déployer des ressources sur le terrain à certains endroits névralgiques afin qu’on puisse accueillir, répertorier, trier et prendre les empreintes digitales des réfugiés. Cette mesures devaient entrer en vigueur en novembre, tant en Grèce qu’en Italie. Or, selon Caritas, rien de tel ne semble se concrétiser sur le terrain.

«Nous sommes inquiets car il y a parfois des tensions entre Syriens et Afghans dans les camps de réfugiés, où ceux-ci sont entassés pêle-mêle», note Karastamati. Il a parfois de la bousculade dans les files d’attente.

L’Union européenne (UE) a demandé à ses 28 États membres d’accueillir leur quote-part de réfugiés, des Syriens et des Erythréens pour la plupart. On parle ici de 160 000 personnes: c’est sans conteste la plus grande crise migratoire à avoir frappé l’Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Je n’ai pour l’instant reçu aucune information de la part des autorités grecques quant à la façon dont ils entendent coordonner leur efforts avec ceux de l’Union européenne», déplore Karastamati.

La plupart des réfugiés syriens se dirigent par leurs propres moyens et à leurs frais vers certains pays de l’UE: l’Allemagne et la Suède, par exemple.

Pendant ce temps, le gouvernement grec est toujours soumis à une pression financière intense, en raison des mesures d’austérité qui lui ont été imposées par l’UE et le FMI. Tant et si bien qu’il arrive à peine à répondre aux besoins de ses propres citoyens. Certaines installations olympiques des Jeux d’Athènes ont été transformées en refuges temporaires pour des migrants. Ceux-ci ont en effet dû se réfugier à l’intérieur de ces stades, après que les pluies froides de l’automne les aient chassés des parcs de la capitale, où ils avaient jusque-là élu domicile.

Le gouvernement grec et les autorités locales ont cependant dû faire appel aux Églises et à des ONG étrangères comme Caritas et OM Greece afin de fournir de la nourriture, des vêtements et des biens de première nécessité aux migrants.

Une aide extérieure

Le catholicisme est une religion minoritaire en Grèce, pays de tradition orthodoxe. Il y a entre 200 000 et 300 000 catholiques dans ce pays. Ceux-ci ne sont donc pas en mesure, à eux seuls, de financer les activités de Caritas en Grèce. L’ONG catholique a donc dû faire appel à des donateurs européens, nord-américains et sud-américains afin de financer ses programmes d’aide à l’intention des réfugiés et des Grecs appauvris par la crise financière.

Une bénévole de Caritas a récemment retrouvé en Allemagne deux enfants afghans qui avaient été séparés de leur mère lorsqu’ils s’étaient réfugiés à Athènes. Cette bénévole avait rencontré cette famille afghane lorsqu’elle travaillait dans les cuisines d’un camp de réfugiés athénien.

«Elle a été profondément émue lorsqu’elle a appris à quel point cette mère avait souffert de tristesse et de détresse après la disparition de ses enfants», note Karastamati. «À son retour en Allemagne, cette bénévole s’est fixé un objectif : trouver ces deux enfants», ajoute-t-elle.

Elle a finalement retrouvé les deux petits afghans dans un hôpital du nord de l’Allemagne, où ils avaient été admis peu de temps après leur arrivée, en raison du choc posttraumatique dont ils souffraient, conséquence de la migration.

Dale Gavlak, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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