Pas d'excuses du pape aux Autochtones

Quatorze théologiens, professeurs et experts signent une lettre collective

Le pape François au Vatican le 2 avril 2018.
Le pape François au Vatican le 2 avril 2018.   (CNS photo/Tony Gentile, Reuters)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-04-05 20:19 || Canada Canada

Sans des paroles d’excuses de la part du pape, «comment croire à la possibilité d’une réconciliation?», demandent, dans une lettre ouverte acheminée aux médias, quatorze autochtones et non-autochtones, professeurs, théologiens ou personnes engagées dans des initiatives de dialogue entre l'Église catholique et les Premières Nations.

«Les excuses ne suffisent jamais. Mais elles sont un passage obligé», estiment encore ces signataires alors que Mgr Lionel Gendron, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), a expliqué le 27 mars 2018 que le pape François ne pouvait pas «répondre personnellement» à l'appel à l'action 58 du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR).

«Le laconisme et l’opacité de cette explication jurent avec l’ouverture des 6750 personnes autochtones qui ont raconté leur expérience des pensionnats à la CVR, entre 2010 et 2015», écrivent les signataires de la lettre ouverte, parmi lesquels on trouve Nicole O’Bomsawin, une abénakise, conteuse et anthropologue d'Odanak, la travailleuse sociale Wanda Gabriel, de Kanehsatake, et le professeur Jean-François Roussel, de l'Institut d’études religieuses de Université de Montréal.

L'appel à l'action 58 de la CVR «demandait au pape de s’excuser au nom de l’Église catholique, comme son prédécesseur l’avait fait auprès des survivants d’orphelinats irlandais soumis à des sévices sexuels». Des excuses officielles et non pas personnelles, précise-t-on.

«Veut-on plutôt dire que le pape ne pense pas pouvoir présenter ces excuses lui-même? Cependant, qui d’autre pourrait le faire au nom de l’Église catholique? Trois ans après la demande de la CVR, une réponse aussi brève et imprécise quant au fond de la demande nous laisse interdits.»

«Le pape ne s’est pas expliqué lui-même», déplorent ensuite les signataires. «La CECC s’en est chargée.»

Approuvée aussi par Élisabeth Garant, directrice du Centre Justice et Foi de Montréal, et par Jocelyn Girard, un théologien de l'Institut de formation théologique et pastorale de Chicoutimi, la lettre collective regrette que «l’Église catholique [soit] la seule des dénominations chrétiennes concernées par les pensionnats à ne jamais avoir présenté ses excuses à ce sujet, en tant qu’Église catholique».

«On en connaît la raison, répétée depuis un quart de siècle: comme la plupart des diocèses catholiques du Canada n’ont pas administré de pensionnats pour autochtones, ils ne peuvent présenter des excuses pour un système auquel ils n’ont pas participé. L’argument est d’une logique simple. En somme, les excuses relèvent des congrégations religieuses catholiques, qui ont administré les deux tiers des pensionnats: elles ont été au service de l’Église catholique dans les pensionnats, mais cela n’associe nullement l’Église catholique à ce qui s’est passé.»

«Les autochtones devront se contenter d’excuses à la pièce: celles des divers administrateurs mais pas celle des inspirateurs d’une conception impérialiste de la mission, appliquée depuis Rome jusqu’aux extrémités du monde depuis 500 ans, avec les effets pervers que cela implique», ajoutent-ils.

Le pape François recommande néanmoins aux évêques canadiens de travailler à la réconciliation «à travers des projets concrets». Mais les quatorze signataires regrettent que le pape et les évêques viennent «encore échouer sur le récif du propos habituel: les excuses seraient secondaires, symboliques, pas si importantes, l’important c’est que les choses changent».

La Commission de vérité et réconciliation, rappellent les signataires, estime plutôt que «la réconciliation [est] un processus continu visant à établir et à maintenir des relations respectueuses. Un élément essentiel de ce processus consiste à réparer le lien de confiance en présentant des excuses, en accordant des réparations individuelles et collectives, et en concrétisant des actions qui témoignent de véritables changements sociétaux».

Mis à jour à 18 h 37 le 6 avril 2018: Kanehsatake plutôt de Kahnawake.

 

du même auteur

Il y a six mois, lorsque que le pape François a accepté, en raison de son âge, la démission de Paul Lortie comme évêque de Mont-Laurier, il a nommé Paul-André Durocher (photo) à titre d'administrateur apostolique. Il lui a aussi confié un mandat, celui de faire une étude sur l’avenir du diocèse.
2020-01-17 12:45 || Québec Québec

Mont-Laurier: fusionner ou maintenir le diocèse?

Le chant 'Hâtons-nous en chemin', composé par Robert Lebel à l'occasion du 400e de Marguerite Bourgeoys, a été présenté le 12 janvier pour la toute première fois. C'est Violaine Paradis, religieuse de la Congrégation de Notre-Dame,qui l'a interprété à la fin de la célébration.
2020-01-17 09:05 || Québec Québec

Lancement d'une année en hommage à Marguerite Bourgeoys

Le nonce apostolique, Mgr Luigi Bonazzi (à gauche) salue le nouvel évêque de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Claude Hamelin, le 10 janvier 2020.
2020-01-14 16:36 || Québec Québec

Claude Hamelin, un évêque «en amour» avec son diocèse

articles récents

Martine Sanfaçon et Yves Bédard dans leur maison de Charlesbourg, à Québec.
2019-12-23 22:55 || Québec Québec

Noël dans le sens du monde

Sonia Sarah Lipsyc, docteure en sociologie, chargée de cours à l’Université de Montréal et rédactrice en chef de la revue La Voix Sépharade, veut faire connaître les résistances religieuses et spirituelles des juifs pendant la Shoah.
2019-12-19 15:11 || Québec Québec

La résistance spirituelle et religieuse durant la Shoah

Un homme à la solide carrure, Danny, était présent au brunch. Il souhaite pouvoir s'impliquer à son tour pour aider les itinérants un jour.
2019-12-11 11:16 || Québec Québec

Un premier brunch de Noël pour Notre-Dame-de-la-rue