Seul un bébé sur trois reçoit le baptême

Quel sens donner au déclin des baptêmes au Québec?

Le pape François baptisant un bébé au Vatican le 10 janvier 2016.
Le pape François baptisant un bébé au Vatican le 10 janvier 2016.   (CNS/L'Osservatore Romano)
Philippe Jean Poirier | Journaliste
Journaliste
2019-03-25 12:24 || Québec Québec

Le nombre annuel de baptêmes catholiques est en chute libre depuis plusieurs années au Québec et rien n’indique que la tendance s’inversera. Quelle lecture faire de ce changement culturel majeur au sein de la société?

Selon des données compilées par l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), le nombre de baptêmes est passé de 42 213 (sur 88 933 naissances) en 2012 à 30 394 (sur 83 900 naissances) en 2017, soit une baisse de 12 000 baptêmes annuels en cinq ans. Autrement dit, à peine 36 % des bébés nés en 2017 ont reçu le baptême.

Au cours des trois dernières années, le déclin s’est accéléré:

En 2015, il y a eu 1745 baptêmes de moins que l’année précédente.
En 2016, il y a eu 2081 baptêmes de moins que l’année précédente.
Et en 2017, il y a 3019 baptêmes de moins que l’année précédente.

Et contrairement à une croyance assez répandue dans les milieux catholiques québécois, on n’observe pas d’augmentation significative des catéchumènes, c’est-à-dire du nombre d’adultes qui demandent le baptême. Depuis 2009, leur nombre oscille entre 600 et 800, avec des pointes notables en 2012 (1632) et en 2013 (1441).

Nombre de baptêmes annuels de catéchumènes (données de l'AECQ)
2009 : 635
2010 : 803
2011 : 694
2012 : 1632
2013 : 1441
2014 : 675
2015 : 913
2016 : 952
2017 : 835

Alors qu’il serait tentant d’imputer ce déclin au virage laïque qu’ont prise les écoles au début des années 2000, Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, y voit plutôt l’indicateur d’un système «qui n’enfantait déjà plus des chrétiens».

«Les jeunes parents qui sont dans la trentaine aujourd’hui ont eu le choix de l’enseignement moral ou religieux à l’école. On constate que ce système-là n’accomplissait déjà plus, à la fin, la tâche qu’on lui confiait. Un indicateur encore plus fort est la chute dramatique du nombre de mariages chrétiens», estime le théologien.

Géraldine Mossière, anthropologue et professeure agrégée à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, souligne que «les rituels de passage traditionnels tendent à décliner» et que «la pratique catholique régulière est en perte de vitesse», mais que d’autres formes de pratique prennent le relais.

«Des pratiques plus ponctuelles, spontanées et individuelles continuent de se maintenir, comme en attestent les visites et recueillements à l’Oratoire Saint-Joseph qui ne tarissent pas, ainsi que le succès des retraites spirituelles en monastères ou lors de pèlerinages», observe-t-elle.

Une lecture que partage le professeur Routhier.

«On continue de voir de jeunes adultes s’engager dans des parcours de foi catholique, mais ça ne passe plus par les paroisses ou les institutions. Ces jeunes adultes sont exposés par une personne de leur entourage. Cela se passe au niveau individuel.»

Faire baptiser son enfant par «automatisme culturel»

Parmi les parents qui choisissent de faire baptiser leur enfant à l’église, on remarque que plusieurs le font pour des raisons culturelles plutôt que religieuses ou spirituelles.

«Le maintien du rituel du baptême par des parents qui se disent non-pratiquants s’explique de diverses façons, explique Géraldine Mossière: le souci de lui offrir des ressources religieuses comme point de départ d’une éventuelle quête ultérieure ‘au cas où’, le projet de lui transmettre des valeurs éthiques sans la croyance, ou encore, la volonté d’inscrire l’enfant dans une mémoire familiale ou collective.»

Sophie Tremblay, professeure à l'Institut de pastorale des Dominicains, y voit quant à elle un certain détournement de sens.

«Le baptême catholique est un geste religieux. Ce n’est pas pour accueillir un enfant dans la société. Il y a d’autres façons de faire cela. Et on commence d’ailleurs à le découvrir, par de nouvelles pratiques laïques.»

Elle observe le même phénomène dans le choix des parrains et marraines.

«À une autre époque, on attribuait aux parrains et marraines la responsabilité de s’occuper de l’enfant si les parents mouraient. Aujourd’hui, on le fait dans le but d’avoir une relation privilégiée avec l’enfant. Mais ça n’a rien à voir avec le baptême religieux, où le parrain est le transmetteur de la foi. Ça fait des décennies que l’on essaye de sortir de ces automatismes culturels, par rapport au baptême. Mais les choses évoluent lentement.»

Gilles Routhier croit pour sa part qu’un «automatisme culturel» peut toutefois cacher des raisons plus profondes.

«Quand une personne dit qu’elle fait baptiser son enfant par tradition, il faut faire attention. Ce n’est pas rien. Les gens ont le pressentiment du sens que peut avoir ce geste, sans parvenir à l’expliquer», fait-il valoir.

Une possibilité que Sophie Tremblay accueille d’emblée. «L’idée n’est pas de montrer patte blanche, précise-t-elle. Ce que l’on souhaite, toutefois, c’est que les gens réfléchissent au sens religieux du geste qu’ils s’apprêtent à poser.»

Le baptême à l’ère du tournant missionnaire

Cela dit, le déclin des baptêmes est loin de figurer parmi les dossiers prioritaires d’une Église catholique qui a d’autres chats à fouetter.

«L’Église affronte actuellement un défi important, explique Gilles Routhier. Comment peut-elle se réorganiser, compte tenu du fait qu’elle a moins de fidèles, moins de religieux et de religieuses, moins d’argent et moins de prêtres? Toute son énergie est absorbée par cette gestion de la transition, elle n’arrive pas encore à se relancer pour devenir une ‘Église en sortie’, comme le veut le pape François.»

Sophie Tremblay confirme que les ressources manquent dans les paroisses.

«Les gens qui ne sont pas en contact avec l’Église sur une base quotidienne n’en sont pas toujours conscients, mais la situation est très précaire. Il y a de moins en moins de gens impliqués et de bénévoles. La cour de tout le monde est pleine, avec la vente d’édifices et la reconfiguration des paroisses.»

Sur le plan pastoral, la professeure Tremblay note que la catéchèse des enfants, ainsi que le catéchuménat et la confirmation des adultes «qui veulent devenir parrain ou marraine» monopolisent plus de ressources que la pastorale du baptême en elle-même.

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