Changements importants à la Caritas canadienne

Retour des évêques au Conseil national de Développement et Paix

Les évêques du Canada retournent au Conseil national de Développement et Paix où ils occuperont près du tiers des sièges. Par ailleurs, ils exigent que Développement et Paix utilise et paie les services d'un consultant externe.
Les évêques du Canada retournent au Conseil national de Développement et Paix où ils occuperont près du tiers des sièges. Par ailleurs, ils exigent que Développement et Paix utilise et paie les services d'un consultant externe.   (Tirée du site Web de Développement et Paix)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-05-04 15:05 || Canada Canada

Dix ans après leur départ, les évêques canadiens retournent au Conseil national de Développement et Paix où ils occuperont près du tiers des sièges.

Le mardi 28 avril 2020, les dirigeants de la Conférence des évêques catholiques du Canada et de Développement et Paix ont convenu de réduire de moitié le nombre de membres élus à la plus haute instance de l'organisme de coopération internationale et d'y intégrer quatre évêques, nommés par la conférence épiscopale. Dès sa rencontre de novembre 2020, le Conseil national comprendra 15 membres, soit quatre évêques et 11 représentants des membres bénévoles de l'organisme. Il en compte actuellement 21 avec droit de vote et tous élus par les membres de Développement et Paix lors d'assemblées régionales ou provinciales.

«Cette nouvelle structure favorisera un meilleur alignement avec les attentes et la vision ecclésiale des évêques», souligne notamment la déclaration commune émise aujourd'hui par les deux organismes. Elle ajoute que cela «permettra une collaboration plus fructueuse et conduira vers une efficacité, une transparence et une responsabilité accrues dans tous les processus de prise de décision».

Depuis la fondation de Développement et Paix en 1967, des évêques mandatés par la CECC ont toujours siégé à la direction de l'organisme. Depuis le départ volontaire, en 2010, des deux évêques présents aux rencontres de cette instance décisionnelle, la conférence épiscopale s'est dotée d'un comité interne qui s'assure que Développement et Paix «agit en conformité avec l’enseignement de l’Église» et «voit à ce que, dans l’avenir, toutes les questions préoccupantes suscitées par les projets de l'organisme dans le Tiers-Monde fassent l’objet d’un rapport et soient traitées adéquatement».

En mai 2019, les évêques du Canada ont demandé au cabinet comptable Deloitte de mener un examen institutionnel sur Développement et Paix. Cette firme de consultants a remis en septembre 2019 son rapport aux évêques du Canada lors de leur assemblée plénière annuelle. Ce document, qui n'a jamais été rendu public, contenait 14 recommandations liées à la structure de Développement et Paix, aux critères de sélection de ses partenaires, à sa reddition de comptes, à ses mécanismes de communication avec les évêques, à la gestion des crises qu'il affronte et à sa culture organisationnelle.

Une des recommandations du Rapport Deloitte entendait «modifier les règlements généraux de Développement et Paix afin qu'une présence importante et significative de la CECC puisse être assurée au sein de son Conseil national». Jusqu'à aujourd'hui, tant les évêques que la direction de Développement et Paix ont refusé d'indiquer combien d'évêques participeraient éventuellement aux rencontres du Conseil national.

«Le retour des évêques, c'est un changement significatif. C'est ce que les membres du Conseil national demandaient depuis longtemps. On ne peut que se réjouir de leur retour», indique Romain Duguay, le directeur général adjoint de Développement et Paix.

Concernant la diminution de la taille de cette instance, il explique que «c'était le souhait des évêques d'avoir un plus petit Conseil national. Pour eux, cela allait améliorer l'efficacité du travail de cette instance».

Il reconnaît que «les membres du Conseil national ont eu de bonnes discussions entre eux» avant d'adopter «le principe de diminuer sa taille.»

Avec ce changement structurel, «les évêques vont participer à toutes les décisions importantes» de l'organisme comme l'adoption des budgets annuels, les priorités de l'aide internationale et la présence des membres dans chacun des diocèses du Canada.

«Et quand on nous demandera si les évêques nous appuient, notre réponse sera claire. Bien sûr, dirons-nous, puisque les évêques sont autour de la table», lance Romain Duguay.

Deloitte comme coach

La déclaration commune publiée à 15 h précises par les deux organismes est muette sur le fait que la CECC a exigé plus tôt cette année que Développement et Paix utilise et paie les services de la firme Deloitte, un consultant externe qui, selon Développement et Paix, ne comprend pas sa mission et ses procédures.

C'est ce qu'affirme un résumé des discussions menées lors de la plus récente réunion du Conseil national de Développement et Paix, tenue du 13 au 15 mars 2020 à Montréal. Ce document a été distribué aux membres à la veille des rencontres régionales ou provinciales annuelles de l'organisme. En raisons des mesures de confinement, ces rencontres se dérouleront cette année de manière virtuelle à la mi-mai.

Dans ce rapport de trois pages sur le Conseil national de mars, on explique dans les quatre paragraphes consacrés à la relation entre Développement et Paix et la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) qu'une demande «de prendre Deloitte comme consultant coach et de participer aux frais du consultant» a été étudiée par les membres du Conseil national lors de leur plus récente rencontre.

Les 21 membres du Conseil national ont finalement accordé une «réponse favorable» à cette demande, tout en énonçant «certaines considérations concernant l’implantation et des questions touchant des détails».

«Un élément important était notre manque de confiance envers Deloitte qui démontrait une mauvaise compréhension de notre mission, de notre organisation et de nos procédures», indiquent les auteurs de ce rapport que l'agence de presse Présence a obtenu de deux sources différentes.

Vendredi, Développement et Paix n'a pas voulu confirmer ou infirmer l'authenticité de ce document, ni discuter de son contenu. On a toutefois indiqué qu'un communiqué de presse conjoint serait bientôt diffusé. De son côté, la CECC n'a pas répondu à notre demande de commentaires.

«La CECC exige la présence de Deloitte et nous devrons agir avec ce coach», concèdent les auteurs de ce rapport, tout en se disant «convaincus que nous possédons l’expertise et la connaissance du milieu nécessaires à réussir cet exercice et de ce fait, qu’il est de notre ressort de faire ces changements nous-mêmes non seulement pour démontrer notre volonté à être meilleur, mais également pour rebâtir la relation avec nos évêques».

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