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Entrevue avec Olivier Bauer

Sport et religion, des rituels en dialogue

  (Pixabay)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-10-12 12:10 || Québec Québec

Après un été olympique, l'automne marque le retour des saisons de hockey et de football professionnels et des séries éliminatoires dans le baseball majeur. Pratiquants ou dévôts, le sport compte aussi ses fidèles. Discussion avec Olivier Bauer, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne en Suisse, et expert des liens entre sport et religion.

Présence : Pourquoi comparons-nous le sport avec la religion?

Olivier Bauer : Dans la religion comme dans le sport, il y a la notion de rites. Les deux sont semblablement structurés. Les sports ont parfois emprunté à différentes religions des symboles et des gestes. Pierre de Coubertin s’est fortement inspiré des religions grecques pour mettre en place ses Jeux olympiques. D’ailleurs, nous comparons souvent les Jeux olympiques à une grande messe avec ses rituels. Il y a un niveau formel où il y a des similitudes avec le monde religieux.

Par ailleurs, nous retrouvons, dans l’Ancien Testament en particulier, mais également dans le Nouveau, des métaphores qui font référence au sport.

Il existe une autre similitude entre le sport et la religion: le sport et la religion se pratiquent. Pratiquer le sport se dit aussi bien que pratiquer la religion. De même qu’on peut faire du sport de manière occasionnelle, on peut aussi pratiquer sa religion de manière occasionnelle. Toutefois, chez ceux qui veulent atteindre de plus hauts niveaux, leur engagement doit devenir total, tant dans le sport que dans la religion. Ainsi, les athlètes se consacrent entièrement à leur entraînement alors que les religieux consacrent toute leur vie à leur religion. L’analogie fonctionne aussi pour les partisans. Souvent ils sacrifient tout pour suivre les exploits sportifs qui les passionnent. Leur sport devient le centre de référence de leur vie. Au plan religieux, les tenants d’une religion lui sacrifient tout également. Leur religion devient le centre de référence de leur vie. Dans un cas, le sport devient la religion, dans l’autre cas, on peut dire que la religion devient un sport.

Présence : Les religions ont souvent utilisé le sport comme un moyen de recrutement…

Olivier Bauer : J’ai commencé une recherche et j’ai publié un questionnaire sur le site de l’Institut de théologie pratique. Je demande aux gens d’Églises comment ils utilisent le sport dans leurs pratiques, que ce soit avec les adultes ou avec les enfants.

Depuis mon retour à Lausanne, j’ai participé à deux événements sportifs organisés par l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud. Le premier a été un match de hockey pour des pasteurs et des jeunes. Ils ont également organisé un tournoi de football pour les paroisses situées dans la région. C’est un exemple d’Églises qui utilisent le sport. On peut alors se demander si elles utilisent le sport seulement dans le but de réunir les gens ou pour autre chose.

En Suisse, dans l’Église catholique et dans les Églises protestantes, on a beaucoup utilisé le sport pour recruter des adeptes. Les Églises protestantes en Grande-Bretagne ont créé les YMCA. Dans l’Église catholique, nous trouvions les patronages. Par ces structures, elles tentent de toucher une clientèle particulière, surtout les jeunes qui éprouvent le besoin de se dépenser physiquement.

Présence : Vous avez fait allusion aux aumôniers sportifs. Vous-même avez eu des liens avec des sportifs.

Olivier Bauer : Lorsque j’accompagnais des sportifs, j’ai toujours eu le sentiment d’apprendre plus d’eux qu’eux-mêmes pouvaient apprendre de moi. Par exemple, lorsque des sportifs perdaient leur match ou leur compétition, moi, comme pasteur, je ne savais pas trop quoi dire. Eux me disaient: «Nous avons fait de notre mieux. Cela s’est mal passé. Nous n’avons pas gagné. Ce n’est pas grave.» Alors, je dirais presque que j’ai été accompagné dans ma foi par des sportifs…

Présence : Depuis un certain temps, nous pouvons voir de plus en plus d’athlètes afficher leur foi durant les compétions. Pourquoi?

Olivier Bauer : Le fait que certains athlètes s’agenouillent ou fassent leur signe de croix est relativement récent sur les terrains de sport. Sachant très bien qu’ils vont être vus par des milliers, voire des millions de téléspectateurs, ils n’hésitent pas à témoigner. Les athlètes protestants étaient un peu démunis, car ils n’y a pas de signe particulier dans les religions protestantes. Donc l’athlète protestant ne pouvait pas exprimer sa foi à la manière protestante. Voilà pourquoi le geste de mettre un genou à terre tout en penchant sa tête est devenu un geste qui a beaucoup de succès, car cela permet à l’athlète protestant d’affirmer que sa victoire, il la doit à Dieu.

Il n’y a pas que les athlètes qui profitent de l’occasion de témoigner de leur foi dans les stades. Les spectateurs aussi saisissent l’opportunité. Il n’est pas rare de voir un spectateur porter à bout de bras une pancarte sur laquelle est inscrit Jean 3,16.

Aujourd’hui, le sport est devenu un vecteur qui permet de témoigner de sa foi avec beaucoup d’efficacité.

Présence : Les Jeux olympiques et le sport professionnel continuent d’attirer malgré les scandales. Aurions-nous de la difficulté à déboulonner les statues de nos idoles?

Olivier Bauer : Il y a une sorte de sacralisation du sport comme l’on en retrouve une aussi en religion. C’est intéressant de constater la place qu’occupe le sport dans la cité. On sait très bien que les sportifs n’utilisent pas toujours des moyens justes. Mais il y a l’esthétique. C’est beau. Il y a aussi cette idée du sacrifice qui attire. Nous savons tous que c’est dur d’être un athlète d’élite. Il y a un côté fascinant au Jeux olympiques. Il y a aussi un effet de masse. Enfin, il y a des enjeux économiques. Cela nous est vendu comme cela… et ça marche!

 

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