4 ans après la tuerie de la grande mosquée de Québec

Témoignages poignants et rejet du racisme marquent la commémoration virtuelle

Paroles fortes et témoignages poignants étaient au cœur de la 4e commémoration citoyenne de l’attentat contre la grande mosquée de Québec. Aymen Derbali et Sébastien Bouchard se tiennent devant les micros le soir du 29 janvier 2021.
Paroles fortes et témoignages poignants étaient au cœur de la 4e commémoration citoyenne de l’attentat contre la grande mosquée de Québec. Aymen Derbali et Sébastien Bouchard se tiennent devant les micros le soir du 29 janvier 2021.   (Capture d'écran)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2021-01-29 19:34 || Québec Québec

Paroles fortes et témoignages poignants étaient au cœur de la 4e commémoration citoyenne de l’attentat contre la grande mosquée de Québec.

Diffusée sur Internet en raison des mesures sanitaires en place, la commémoration citoyenne annuelle de l’attentat du 29 janvier 2017 a mis l’accent cette année sur le rejet de la haine et des discours d’intolérance au sein de la société. Les intervenants se tenaient devant le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), à Sainte-Foy.

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Aymen Derbali, devenu paraplégique après avoir été blessé lors de l’attentat, et Mohamed Khabar, qui garde des séquelles physiques et psychologiques de ce soir fatidique, sont venus témoigner de leur vécu.

M. Derbali a souligné que les actions du tireur sont le résultat «d’un long cheminement dans la haine, le mépris et l’islamophobie». Il a appelé à faire en sorte qu’un tel drame ne se reproduise jamais. «Comme la COVID-19, le racisme, la haine et l’islamophobie existent dans notre société», a-t-il déclaré, invitant la population à «agir ensemble» pour «endiguer les sources de ces fléaux-là», notamment sur les réseaux sociaux.

M. Khabar a reconnu que ses proches et lui pensent toujours à cette journée «noire et sombre». Il a brièvement décrit les scènes d’horreur dont il a été témoin il y a quatre ans, en insistant sur le besoin de venir en aide aux enfants traumatisés dont il entend toujours résonner les cris. Atteint à la jambe, il peine aujourd’hui à exercer son métier de coiffeur qui exige de se tenir debout plusieurs heures par jour. La douleur est vécue comme un «enfer» lors des journées froides et il peine à bien dormir. Il a toutefois exprimé sa reconnaissance envers la société québécoise qui l’a soutenu après le drame.

Non au racisme

«Hurlons à l’unissons que nous honnissons le racisme», a martelé le maire de Québec, Régis Labeaume. Il a brossé le portrait d’une ville en pleine évolution qui fait de plus en plus place à la diversité et au métissage, une réalité qui contribue positivement à la vitalité de la communauté. D’un ton ferme, il a décrit le racisme comme le sentiment «le plus odieux qui puisse exister».

«Le racisme renie notre bonté innée», a-t-il avancé.

Le président du Conseil du Trésor et député de Québec, Jean-Yves Duclos, a lui aussi dénoncé la «haine et l’islamophobie», n’hésitant pas à décrire le tueur comme un «terroriste islamophobe» qui a massacré des innocents dans un «lieu sacré». Il a rappelé que la liberté de religion et la liberté de conscience sont des droits fondamentaux qui doivent être protégés.

Le premier ministre du Québec, François Legault, était le seul intervenant à ne pas être sur place pour l’événement. Dans son message enregistré, il a mis l’accent sur l’importance du souvenir, insistant pour dire que le vrai visage du Québec – accueillant et empathique – s’est aussi manifesté après la tuerie. Il a appelé à ne «jamais baisser la garde» devant l’intolérance. Une telle commémoration, a-t-il estimé, rappelle aussi que «même la plus horrible des tragédies ne suffit pas à nous séparer».

«Sommes-nous à l’abri qu’un tel drame se reproduise?»

Le président du CCIQ, Abderrahim Loukili, a paraphrasé le président des États-Unis nouvellement assermenté, Joe Biden, en avançant qu’il faut se souvenir pour guérir. Or, a-t-il nuancé, se souvenir est «nécessaire», mais «non suffisant».

«Sommes-nous à l’abri qu’un tel drame se reproduise? C’est la grande question qui hante un organisme comme le nôtre», a-t-il confié. Il reste beaucoup de travail à faire, notamment pour prévenir les problèmes, a ajouté M. Loukili. La création d’un mémorial, l’interdiction des armes d’assaut, la création d’une journée nationale « comptent beaucoup» et il ne faut pas les voir comme «des victoires d’une partie sur une autre, mais plutôt comme des gains pour la société en entier».

Aux citoyens, il a lancé: «Osons le dialogue et favorisons les échanges constructifs.» Il a invité les politiciens à ne pas perdre de temps avec les «débats sémantiques». Il s’agissait d’une référence à plusieurs débats sociaux liés à l’attentat de 2017, dont la définition du terrorisme ainsi que la reconnaissance ou non du racisme systémique et de l’islamophobie.

L’événement était animé par Sébastien Bouchard et Maryam Bessiri, du Collectif citoyen «29 janvier, je me souviens». Il a aussi été marqué par un moment de recueillement au cours duquel on a lentement prononcé les noms des six hommes tués il y a quatre ans: Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti.

L’événement s’est terminé par la prestation de la slameuse Veronica Rioux, dont le poème liait l’attentat de la grande mosquée aux prises de conscience suscitées par les morts de George Floyd aux États-Unis et de Joyce Echaquan au Québec.

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