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Une campagne interreligieuse sans précédent pour soulager la famine extrême

Au Soudan du Sud, une dame tenant son enfant cherche à s'inscrire pour recevoir une aide alimentaire en février 2017.
Au Soudan du Sud, une dame tenant son enfant cherche à s'inscrire pour recevoir une aide alimentaire en février 2017.   (CNS photo/Siegfried Modola, Reuters)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2017-06-07 22:28 || Monde Monde

«On se trouve obligés de peser les enfants pour donner la nourriture à un enfant qui peut mourir aujourd’hui, au détriment d’un enfant qui peut mourir dans deux jours», a crument expliqué Abdelbasset Benaïssa à Québec le 7 juin lors du lancement de la mobilisation nationale interreligieuse contre la famine extrême qui touche le Soudan du Sud, la Somalie, le Nigéria et le Yémen.

Directeur régional pour Islamic Relief Canada, il a récemment effectué un séjour au Moyen-Orient où il a vu ce que peut représenter le concept de «famine extrême» sur le terrain. «J’ai constaté que la réalité est plus touchante que les mots et les photos», a-t-il indiqué lors de la conférence de presse qui avait lieu dans les bureaux de l’archidiocèse de Québec. «C’est vraiment troublant.»

M. Benaïssa était assis aux côtés de Guy Des Aulniers, coordonnateur de l’aide humanitaire au sein du Service des programmes internationaux de Développement et Paix, de Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’organisme Aide à l’Église en détresse et d’Eta Yudin, vice-présidente du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec. Ensemble, ils ont martelé l’urgence d’agir pour soulager la pire famine à sévir depuis le milieu du XXe siècle. Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, et la pasteure de la paroisse Saint-Pierre de l'Église Unie du Canada à Québec, Darla Sloan, étaient aussi présents mais ils n'ont pas pris la parole.

Environ 20 millions de personnes – principalement des femmes et enfants – sont en danger.

Le cardinal Gérald Lacroix prêchait une retraite au clergé du diocèse de Bathurst et ne pouvait être sur place. Il avait toutefois préparé un message vidéo. Ces 20 millions de personnes «ont besoin de notre soutien», a-t-il dit. «C’est [l’équivalent de] plus de la moitié de la population du Canada!»

«Nous ne pouvons pas fermer les yeux», a poursuivi l’archevêque de Québec, qui a demandé un «effort spécial» aux catholiques tout en soulignant le caractère interreligieux de la démarche. «C’est pas souvent qu’on est ensemble pour partager un même amour de l’humanité.»

Une campagne nationale

La campagne nationale intitulée Priez – Donnez – Parlez-en rassemble des communautés chrétiennes – dont la Conférence des évêques catholiques du Canada – ainsi que les communautés juives, musulmanes, sikhes, hindoues et bahá'íe. Au total, l’appel compte 27 signataires. Toutes ces traditions de foi appellent à la générosité et rappellent que pour chaque contribution faite entre le 17 mars et le 30 juin 2017, le gouvernement du Canada versera un montant équivalent dans le cadre du Fonds de secours contre la famine.

Mme Lalonde a convenu qu’un appel conjoint d’une telle ampleur est une première au pays. «J’espère que ça va se reproduire», a-t-elle souhaité, invitant à mettre de côté les différences.

La campagne coïncide avec le ramadan pour les musulmans, période au cours de laquelle les fidèles s'abstiennent de boire et de manger pendant le jour. Pour M. Benaïssa, cette démarche spirituelle peut trouver un écho particulier face à cette crise alimentaire. Il a souhaité que le ramadan soit véritiablement cette année un «mois de miséricorde et de générosité».

Des causes humaines

M. Des Aulniers a par ailleurs rappelé que des phénomènes naturels – comme l’absence de pluie – ont pu jouer dans l’avènement d’une telle crise, mais qu’elle est surtout la conséquence de conflits sur le terrain. Une situation redevable à «l’action de l’homme», a-t-il rappelé, qualifiant la situation d’«inacceptable». «Le nombre de personnes touchées est effarant.»

Comme plusieurs organismes, Mme Lalonde a vu la situation se détériorer au cours des dernières années. «Si l’état de famine est déclaré, c’est qu’il est minuit moins une!»

En plus d’agir par solidarité, Mme Yudin a quant à elle exhorté la communauté internationale à en faire davantage. Elle a rappelé que dans la tradition juive, la compassion et le secours «font partie de notre identité» et qu’il s’agit d’un «impératif moral et éthique».

«Ensemble, nous pouvons faire la différence pour répondre à cette crise», a-t-elle assuré.

 

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