Application d'un décret du président Trump

Une déportée parmi tant d'autres

Une personne saisit la clôture qui sépare la frontière entre les États-Unis et le Mexique lors d'une messe transfrontalière à Nogales le 23 octobre 2016.
Une personne saisit la clôture qui sépare la frontière entre les États-Unis et le Mexique lors d'une messe transfrontalière à Nogales le 23 octobre 2016.   (CNS/Nancy Wiechec)
2017-02-15 11:06 || Monde Monde

Guadalupe Garcia de Rayos, cette mère qui a défrayé les manchettes aux États-Unis en devenant probablement la première immigrante à être déportée après la signature d’un décret du président Donald Trump a été accueillie le 9 février au Kino Border Initiative, à Nogales (Mexique).

Dans un courriel envoyé Catholic News Service le 9 février, le jésuite Sean Carroll, directeur général du Kino Border Initiative, a indiqué que Mme Garcia de Rayos a bel et bien été prise en charge par son organisme.

«Elle est arrivée à notre comedor (salle à manger) et a été hébergée dans notre dortoir ce soir», ajoute le prêtre. «Elle se porte bien, dans l’ensemble».

Le 8 février, des agents d’immigration ont arrêté et déporté Garcia de Rayos, peu après qu’elle se soit volontairement soumise à un contrôle d’identité, dans un bureau d’immigration de Phoenix, en Arizona.

Depuis 2008, elle se soumettait à tous les ans (et parfois même à tous les six mois) à des contrôles d’identité auprès des services d’immigration américains, après avoir été reconnue coupable d’avoir fourni un faux numéro d’assurance sociale à son employeur. Selon sa famille, lors de ses précédents contrôles d’identité, Mme Garcia de Rayos a été autorisée à regagner son domicile de Mesa, en banlieue de Phoenix.

Un «vide»

Peu après sa déportation, la mère de famille a affirmé n’avoir aucun regret, parce que c’est «par amour pour ses enfants», dit-elle, qu’elle a pris tous ces risques.

Lors d’un point de presse au Kino Border Initiative, Garcia de Rayos était flanquée de ses deux enfants nés aux États-Unis et, de ce fait, citoyens américains.

«La nuit dernière, j’ai été envahie par une immense sensation de vide, lorsque j’ai constaté qu’elle n’était plus là», a affirmé sa fille Jacqueline, âgée de 14 ans.

Dans une interview accordée au New York Times, le 8 février, l’adolescente avait affirmé que «le seul crime qu’ait commis [s]a mère fut de se trouver un emploi afin d’offrir un meilleur avenir à ses enfants».

«On vit un véritable cauchemar lorsqu’on constate que sa mère nous a été enlevée [par les autorités]», a ajouté son fils aîné Angel, âgé de 16 ans.

Guadalupe Garcia de Rayos est elle-même arrivée aux États-Unis en compagnie de ses parents, alors qu’elle n’était âgée que de 14 ans. Tous trois sont originaires de l’État du Guanajuato, dans le centre du Mexique. Elle s’est éventuellement mariée aux États-Unis avec un autre immigrant, sans toutefois avoir obtenu d’autorisation légale pour convoler en justes noces. Les jeunes parents ont ensuite donné naissance à deux enfants en sol américain. Garcia de Rayos n’a jamais remis les pieds au Mexique en près de 21 ans.

Lieu d'accueil des déportés

La «salle à manger» du Kino Border Initiative loge en plein cœur du poste frontalier de Mariposa, à mi-chemin entre les États-Unis et le Mexique. C’est là que Guadalupe Garcia de Rayos a été accueillie, peu après sa déportation. On y offre quotidiennement le gîte et le couvert à un nombre incalculable d’immigrants déportés. Les femmes et les enfants sont quant à eux logés dans un appartement situé dans les environs du poste frontalier.

Au moment même où Garcia de Rayos était appréhendée par les services d’immigration de Phoenix, Arizona, le 8 février, des défenseurs des droits de immigrants remuaient ciel et terre afin qu’elle puisse rejoindre son mari et ses enfants dans les meilleurs délais. Le curé de la paroisse s’est même joint à la famille afin de prier en leur compagnie.

Des manifestants ont formé une chaîne humaine devant le fourgon devant la déporter hors du territoire des États-Unis, le 8 février. «Honte à vous! Honte à vous!», ont alors scandé les manifestants aux agents d’immigration. Sept militants ont été arrêtés. 

Opposition de l'épiscopat américain

L’évêque d’Austin (Texas), Mgr Joseph Vasquez a dénoncé les mesures répressives annoncées par le gouvernement de Donald Trump en matière de lutte aux immigrants clandestins. Mgr Vasquez est également le président du comité de l’immigration de la conférence épiscopale des États-Unis. Aux yeux de l’évêque texan, la détention et la déportation d’immigrants clandestins «déchire les familles et suscite un climat de peur et de panique dans les communautés».

La Conférence des évêques catholiques des États-Unis s’oppose aux politiques d’immigration purement répressives. L’épiscopat plaide plutôt en faveur d’une approche plus souple et plus humaine à l’égard de l’immigration, reposant sur des mesures probatoires, de même que sur l’octroi de visas et de permis de travail temporaires aux immigrants clandestins afin d’accélérer la réunification des familles et la régularisation de leur statut.

Dans le décret qu’il a signé à la fin janvier, le président Donald Trump a autorisé les services policiers et frontaliers à chasser du pays diverses catégories d’immigrants clandestins.

Durant ses deux mandats à titre de président, Barack Obama a autorisé la déportation de 2,5 millions de personnes, surpassant ainsi tous ses prédécesseurs à ce chapitre. Certaines personnes laissent toutefois entendre que le décret signé par Donald Trump accorde des pouvoirs discrétionnaires inédits aux forces de l’ordre, en matière de déportation d’immigrants clandestins. Sous Barak Obama, les forces de l’ordre n’étaient autorisées à chasser du pays que certaines catégories précises d’immigrants: il devait s’agir de clandestins posant une menace pour la sécurité nationale, de membres de gangs ou de groupes criminalisés, ou encore de multirécidivistes.

Nancy Wiehec, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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