Attentat antisémite

Vigile de solidarité à Montréal pour les victimes de Pittsburgh

Le cantor Gideon Zelermyer, de la congrégation Shaar Hashomayim, et le rabbin Reuben Poupko, de la synagogue  Beth Israel Beth Aaron, entonnent les hymnes nationaux lors d'une vigile pour les victimes de l'attentat de Pittsburgh.
Le cantor Gideon Zelermyer, de la congrégation Shaar Hashomayim, et le rabbin Reuben Poupko, de la synagogue Beth Israel Beth Aaron, entonnent les hymnes nationaux lors d'une vigile pour les victimes de l'attentat de Pittsburgh.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-10-31 16:51 || Québec Québec

«Une shul – une synagogue –, c’est un endroit de paix, de prière et de foi. Mais samedi, à l’occasion du sabbat, une synagogue de Pittsburgh, la ville où j'ai grandi, est devenue un lieu de carnage et de mort», a lancé, la voix brisée par l’émotion, le rabbin Reuben Poupko.

Deux jours après l’attentat de Pittsburgh, aux États-Unis, le rabbin Poupko,  coprésident du Centre consultatif des relations juives et israéliennes – Québec (CIJA), présidait à Montréal une vigile de solidarité en mémoire des victimes de cet attentat antisémite, le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis.

«C'est réconfortant de constater que notre peine est partagée et que nous ne sommes pas seuls», a-t-il lancé au millier de personnes – beaucoup de juifs mais aussi des non-juifs – réunis lundi 29 octobre 2018 à la synagogue Beth Israel Beth Aaron de Côte-Saint-Luc.

Première politicienne à prendre la parole, Mélanie Joly, ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, a été chaudement applaudie lorsqu’elle a déclaré qu’«une attaque contre une seule personne est une attaque contre tous».

«Ce soir, nous ajoutons nos prières et nos pensées à celles de milliers d'autres personnes de la communauté juive des États-Unis, du Canada et d'ailleurs. Combattons ensemble la haine, le racisme et l'antisémitisme», a-t-elle lancé.

Vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault a déploré «un acte inacceptable que nous condamnons avec force et conviction. Peu importe le visage que prend la haine, elle n'a aucune place dans notre société», a averti la ministre de la Sécurité publique.

Porter témoignage

«Pour les morts et les vivants, nous devons porter témoignage.» Rappelant ces mots d'Elie Wiesel, la conseillère Magda Popeanu, vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, s'est d'abord dite «dans une totale incompréhension et dans une douleur immense» devant cet «acte effroyable» commis samedi à Pittsburgh.

«Sachez que nous, élus de la Ville de Montréal, quelles que soient nos couleurs politiques, nos croyances et nos valeurs, sommes solidaires de toute la communauté juive. Notre mairesse se joint à vous tous et toutes afin d'exprimer sa profonde tristesse et saluer votre courage et votre résilience», a-t-elle ajouté.

«Le peuple juif s'est toujours relevé. Il a toujours su voir l'espoir, y compris dans les heures les plus sombres de l'humanité.»

«Même si la barbarie, le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie nous menacent, jamais cela ne doit nous désunir», a déclaré Magda Popeanu.

Consul général d'Israël pour le Québec et les provinces atlantiques, David Levy a ensuite lu une lettre que le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a envoyée au peuple américain après la tuerie de samedi.

«Au cours des siècles, les juifs ont subi toutes les sortes d’attaques sauvages imaginables – depuis la calomnie du sang et les massacres jusqu’aux pogroms et au génocide – parce qu’ils avaient commis le crime d’être Juifs», a-t-il écrit. Dans sa lettre, il mentionne qu’Israël peut compter sur «beaucoup d'amis dans le monde qui rejettent et combattent l'antisémitisme».

Mais de faibles applaudissements et bien des murmures ont accueilli un passage de la lettre lue par le consul d’Israël. Le premier ministre Netanyahou y félicite le président Donald Trump pour avoir «condamné sans équivoque ce crime atroce et promis de combattre ceux qui cherchent à détruire les juifs».

Nous sommes ensemble

Prenant de nouveau la parole, le rabbin Reuben Poupko, dont le père a été rabbin à Pittsburgh durant soixante ans, a souligné que la synagogue Tree of Life où a eu lieu l’attentat était «une magnifique communauté».

Se tournant vers les photographies des onze personnes qui ont été tuées samedi, il a alors lancé: «Regardez ces photos. Voyez leurs noms. Vous ne les connaissez pas. Et pourtant, vous les connaissez tous et toutes très bien. Vous savez quelles valeurs ces personnes ont enseigné à leurs enfants. Vous savez les œuvres qu'elles ont appuyées dans leur communauté. Vous savez tout ce qu'elles ont accompli pour bâtir leur ville.»

«Peu importe où nous vivons, que ce soit Paris, à Londres, à Pittsburgh, à Toronto ou à Montréal, nous, juifs, avons fait les mêmes choses, nous avons bâti les mêmes synagogues, les mêmes écoles, nous avons enseigné les mêmes valeurs et nous avons pris le même engagement auprès de notre communauté et aussi auprès de tout le monde.»

«Et vous savez quoi? Nous allons continuer de faire tout cela, ici et ailleurs», a-t-il lancé sous un tonnerre d’applaudissements.

Dernière à prendre la parole avant la récitation du kaddish, la prière pour les morts, et le chant des hymnes nationaux du Canada, des États-Unis et d’Israël, la rabbin Lisa Grushcow de la synagogue Emanu-El-Beth Sholom de Montréal, s’est dite ébranlée devant l'attentat de Pittsburgh mais «rassurée de voir [ses] amis musulmans et chrétiens, présents ici ce soir, pour signifier que nous ne sommes pas seuls».

«Nous savons que vous êtes avec nous. Ce soir, vous êtes nous. Nous sommes ensemble», a-t-elle lancé, en français, au terme de cette vigile qui a duré 90 minutes et qui s'est déroulée sous forte surveillance policière.

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