Entrevue avec Richard Bott

Tête-à-tête avec le modérateur francophile de l'Église Unie du Canada

Le pasteur Richard Bott est le modérateur de l'Église Unie du Canada.
Le pasteur Richard Bott est le modérateur de l'Église Unie du Canada.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-05-24 14:22 || Canada Canada

Le samedi 25 mai 2019, le 43e modérateur de l’Église Unie du Canada, participera à l’Assemblée inaugurale du Conseil régional Nakonha:ka, cette nouvelle structure qui regroupera dorénavant les paroisses et les communautés de foi de cette Église au Québec. Cette rencontre se déroulera dans les locaux de l’Église Unie Saint-Lambert.

Arrivé de Vancouver jeudi soir, dérangé trois fois durant la nuit par une alarme incendie, le pasteur Bott, 51 ans, a tout de même accepté de répondre – et en français – aux questions du journaliste de Présence.

Présence: Vous avez été élu au poste de modérateur de l'Église Unie du Canada le 26 juillet 2018. Vous avez alors invité les membres à cesser de dire que «l’Église Unie se meurt», malgré des données qui confirment ce déclin. Près d'un an plus tard, au terme de ces séjours et visites dans toutes les communautés du Canada, quel portrait dressez-vous maintenant de votre Église?

Pasteur Richard Bott: J'en suis encore certain, nous ne sommes pas à l'article de la mort. Mais peut-être bien que nous ne discernons pas toujours quelle est notre mission, notre mission en tant que disciples de Jésus. Nous ne discernons pas toujours quel chemin suivre. Quand nous trouvons ce chemin, quand nous vivons comme des disciples, nous expérimentons une nouvelle vie dans l'Église.

Un tel exercice s'avère parfois difficile pour les membres de l'Église Unie du Canada parce que nous ne voulons pas toujours parler de nos débats, parce que nous ne voulons pas offenser les gens ou encore imposer nos idées. Quelquefois aussi, nous oublions les commandements de Jésus. Pas le commandement de l'amour, non, bien sûr. Mais les autres commandements. Nous devons nous inscrire dans l'histoire et dans les histoires, celle de Jésus et la nôtre, afin de les joindre.

Ce qui est difficile aujourd'hui, c'est que notre Église compte non seulement des personnes mais aussi des bâtiments et des ressources. Et je sais que certaines communautés de foi n'ont plus aujourd'hui les outils pour continuer leur mission. Elles sont à la recherche de ressources et elles doivent modifier la vision de leur ministère. La mission est toujours la même. Ce qui change, c'est comment on va dorénavant annoncer et partager la mission de Jésus.

À Vancouver, à la Pacific Spirit United Church, là où je travaillais avant d'être élu modérateur, nous avions un service le mercredi, après l'école, pour les enfants. Nous savons tous que nous devons changer nos pratiques.

Au moment de votre élection, l'Église Unie du Canada a grandement modifié sa structure administrative. Les consistoires ont été abolis et on a créé des conseils régionaux. On a ainsi aboli le Consistoire laurentien qui, de 1985 à 2018, a regroupé les paroisses francophones de l'Église Unie du Canada. Vous savez que plusieurs francophones de votre Église disent vivre un deuil?

Il est vrai que nous avons adopté une nouvelle structure pour toute l'Église Unie du Canada. Les francophones font partie, à part entière, de cette nouvelle structure.

Nous avons créé une Table des ministères en français, pour tous les membres francophones du Canada. Ce groupe guide toute l'Église. Nous avons aussi institué un conseil régional pour les communautés de foi et les paroisses du Québec. C'est le Conseil régional Nakonha:ka. Lui aussi guide l'Église Unie du Canada sur les besoins des membres québécois.

C'est un changement. Mais nous n'avons pas perdu les francophones. C'est ma conviction, la voix de tous les membres de l'Église Unie du Canada se fait toujours entendre. Que ce soient celles des francophones, des Autochtones, des nouveaux arrivants, leurs voix sont importantes. Elles ont des réflexions à nous partager et à nous enseigner.

Je ne parle qu'un peu le français (ndlr: l'entrevue s'est entièrement déroulée en français. Le modérateur n'a utilisé que deux expressions en anglais et a insisté pour en connaître la traduction). Mais j'estime que c'est un devoir de bien m'exprimer en français parce qu'une communauté importante de notre Église utilise cette langue.

Le Québec vit actuellement un débat sur la laïcité de l'État, ce qu'on appelle le projet de loi 21. Le modérateur de l'Église Unie du Canada entend-il participer à ce débat?

Je l'ai dit plus tôt, toutes les voix sont importantes. Et c'est une conviction fondamentale dans l'Église Unie du Canada que toute personne est égale, créée à l'image de Dieu.

Cela dit, nous comprenons aussi que l'histoire du Québec est différente de l'histoire de toutes les autres provinces canadiennes. Nous connaissons les liens qui ont existé entre l'Église et le gouvernement de Maurice Duplessis. Nous savons aussi ce qu'a accompli la Révolution tranquille au Québec.

Ce n'est pas à moi de dire ce que le Québec doit faire. Mais la Table des ministères en français et le Conseil régional Nakonha:ka ont émis une déclaration qui guide toute l'Église Unie du Canada.

Cette déclaration dit que cette conversation sur la laïcité et sur les symboles religieux est très importante. Nos membres disent aussi que les citoyens et les citoyennes du Québec sont capables de faire la distinction entre la foi des personnes et l'État. Ils reconnaissent de plus que des symboles peuvent être importants pour la foi d'individus, qu'ils ne peuvent pas s'en défaire. Et que la vue de ces symboles n'entraîne pas une exigence sur les convictions des autres citoyens.

Dans toute société, une discussion comme celle que vous avez sur le projet de loi 21 m'apparaît saine, importante et essentielle.

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