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Chronique de Sabrina Di Matteo

Tradition, dites-vous? Les femmes diacres en font partie

Évêques assistant à la messe d'ouverture du Synode sur la famille à la basilique Saint-Pierre, à Rome, le 4 octobre 2015.
Évêques assistant à la messe d'ouverture du Synode sur la famille à la basilique Saint-Pierre, à Rome, le 4 octobre 2015.   (CNS Photo/Paul Haring)
Sabrina Di Matteo | Chroniqueuse
Chroniqueuse
2015-10-07 18:03 || Vatican Vatican

L’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, s’est adressé au Synode sur la famille le 6 octobre pour demander entre autres de considérer l’ordination de femmes au diaconat. La réaction dans les cercles chrétiens sur les réseaux sociaux a été immédiate: «Enfin!», disaient plusieurs, «Pas question!», écrivaient d’autres. Je me réjouis avec les premiers : il est grand temps que cette question revienne dans les débats, car il y a beaucoup d’arguments vérifiés en faveur de l’ordination diaconale des femmes. Cet éclairage montre d’ailleurs que la compréhension du diaconat en soi est évolutive.

Les références au diaconat dans le Nouveau Testament ne permettent pas de définir très précisément en quoi consistait ce ministère émergent. Le mot grec diakonia fait référence à de multiples services offerts dans les communautés chrétiennes naissantes, allant de l’annonce de Jésus Christ à la charité pour les personnes dans le besoin. La seule référence à un individu par le terme diakonos désigne une femme, Phoébé, dans le chapitre 16 de l’épître aux Romains.

Dans le christianisme naissant, divers rôles se mettent en place. Les évêques et les prêtres s’inspirent du modèle juif synagogal pour voir à l’ensemble des besoins d’une communauté dans un lieu donné. Le diaconat se développe alors en fonction de certains de ces besoins: enseignement, charité, administration, liturgie, soin des malades, ce qui est attesté dans l’Église orientale au IVe siècle.

Du côté occidental, des femmes diacres sont mentionnées dans des écrits des Ve et VIe siècles. Mais trois conciles interdisent l’ordination de femmes au diaconat, laissant croire à sa disparition. Or, en 1017, le pape Benoit VIII écrit à l’évêque de Porto pour lui conférer l’autorité d’ordonner des prêtres, des diacres, des diaconesses et des sous-diacres.

Au Moyen Âge, le diaconat – tant pour les hommes que pour les femmes – disparaît progressivement avec l’émergence des ordres religieux et le développement d’un ministère presbytéral qui avalera les fonctions du diacre. Le diaconat est confiné à une étape transitoire vers la prêtrise.

C’est le concile de Vatican II (1962-65) qui restaure le diaconat permanent comme un ministère ordonné, pour les hommes mariés et pour les hommes célibataires. La lecture des textes conciliaires montre que la compréhension du diaconat est en construction, mais il est au moins clair que c’est un ministère différent de celui des évêques et des prêtres. Le diacre n’est pas un prolongement de ces derniers ni une version réduite. On comprend le diaconat comme un ministère aux avant-postes de la pastorale, ou aux «périphéries», pour reprendre un terme cher au pape François.

Mgr Durocher ramène ainsi à l’avant-scène une question débattue en coulisses depuis Vatican II. En 2009, Benoît XVI lui-même a ouvert la voie en modifiant l’article 1009 du droit canonique, permettant de dissocier la définition du diaconat de celle concernant les prêtres et des évêques. Les diacres n’étant plus associés à la fonction du Christ Chef, l’argument voulant que les ministres ordonnés soient des hommes pour agir en la personne du Christ Chef ne tient plus (Motu proprio Omnium in mentem, 2009).

La possibilité de voir des femmes diacres dans l’Église catholique dépendra des suites du synode: aura-t-on le courage de reconnaître que l’histoire du christianisme et la théologie poussent à cette ouverture, plutôt que de se rabattre sur des arguments ancrés dans le littéralisme? Des clarifications sont d’autant plus cruciales que les épouses des futurs diacres permanents suivent la même formation pour n’aboutir qu’à un rôle de soutien conjugal, sans reconnaissance.

Mgr Durocher a fait des liens importants entre la violence faite aux femmes dans le monde et une vision religieuse qui soutient leur assujettissement. Son appel à une prise de position claire de l’Église contre la domination des femmes a tout d’un appel à un changement de culture, pour l’Église et au-delà.

Alors qu’on attendait le synode surtout sur les questions des divorcés-remariés et de l’homosexualité, cette porte ouverte inattendue envers les femmes surprend.

Jusqu’où ira la surprise?

Mis à jour à 20 h 27


5 Commentaire(s)

moncaire || 2016-01-14 23:50:33

Peut être il faudra l'envisager voir la"restaurer" vue la pénurie de vocations masculines,donné le fait que déja pas mal de femmes dans les églises aident le prêtre dans la distribution de la communion aux fideles. L'erreur serait vouloir pousser le pas comme l'a fait, sans aucune raison ni justification à mon point de vue l'Eglise anglicane ou episcopalienne,vers la prêtrise ou l'épiscopat. Ce segond pas serait una denaturalization du sacrement de l'Ordre.

Manon Lefebvre || 2015-10-16 09:06:28

Je suis très heureuse de cette ouverture. BRAVO à Mgr Durocher.

Désiré Rusovsky || 2015-10-08 12:46:26

En quoi est-ce que la notion actuelle de diaconat reflète la compréhension biblique de diakonos? Un mot qui est traduit de manière variée dans nos Bibles. Dire que Phœbé était ministre de l'église de Cenchrées, comme la traduit la NBS, serait-il acceptable?

Michel Gagné || 2015-10-08 08:11:46

Ça n'a rien à voir avec l'injustice, ni même avec l'inégalité.

Michel BOULAY || 2015-10-07 18:55:15

Je considère que c'est un pas de plus pour effacer une injustice.

 

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