Salésiens

Un programme vient en aide aux anciens enfants-soldats en Colombie

Deux anciens enfants-soldats colombiens, Catalina et Manuel, discutent avec des journalistes à Rome le 2 février 2017.
Deux anciens enfants-soldats colombiens, Catalina et Manuel, discutent avec des journalistes à Rome le 2 février 2017.   (CNS photo/Junno Arocho Esteves)
2017-02-06 10:37 || Monde Monde

Au moment même où les Colombiens s’engagent dans un processus de paix après 52 ans de guerre civile, des Salésiens s’efforcent de venir en aide aux victimes les plus vulnérables de ce conflit: les enfants-soldats.

Un havre de tranquillité est niché dans les collines verdoyantes qui ceinturent la ville de Medellin. C’est là que les Salésiens ont mis en place la Cité Don Bosco (Ciudad Don Bosco), une maison d’accueil et de rééducation destinée aux ex-enfants-soldats.

Le 2 février, le directeur de la Cité Don Bosco, le Salésien Rafael Bejarano, était de passage à Rome, accompagné de deux pensionnaires de cette maison accueil et de James Areiza, responsable des programmes de protection de la jeunesse de Ciudad Don Bosco. Le quatuor y présentait un documentaire consacré au processus de guérison pour les enfants-soldats qui veulent réintégrer pleinement la société.

Intitulé Cessez-le-feu (Alto de Fuego), ce documentaire produit par les Salésiens centre son attention sur le processus de reconstruction de deux anciens enfants-soldats, Catalina et Manuel.

Aujourd’hui âgée de 19 ans, Catalina (prénom fictif) n’était encore qu’une enfant lorsqu’elle s’est enrôlée dans la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de la Colombie). Elle n’avait alors que de 13 ans et traînait derrière elle un lourd passé d’abus physiques et sexuels, d’inceste, de fugues et de tentatives de suicide.

Souvent issus de familles pauvres et dysfonctionnelles, des enfants comme Catalina étaient des proies idéales pour les guérilleros qui pouvaient les intimider, les manipuler et les soumettre à des abus physiques et sexuels répétés.

«Au début, tout allait bien, affirme Catalina. Puis, huit jours plus tard, ils m’ont donné un fusil si gros qu’il était plus long que moi», dit-elle.

Quelques jours plus tard, elle prit part à un premier assaut contre les forces gouvernementales. Elle se souvient encore du bruit assourdissant des huit hélicoptères qui survolaient le champ de bataille.

«Mon bataillon était composé de 44 personnes, enfants et jeunes adultes confondus. Au terme de cet assaut, nous n’étions plus que 22. Je n’ai jamais réussi à faire la paix avec le traumatisme que j’ai vécu ce jour-là», affirme la jeune femme.

L’adolescence est habituellement marquée par des événements heureux: un premier amour et un premier baiser, par exemple. Or, rien de tel pour les enfants-soldats enrôlés dans une guérilla. «Oui, j’ai fini par tomber en amour et par me faire un petit ami, confie Catalina. Or, il a fini par sa faire tuer».

Son amoureux, guérillero comme elle, a été tué lors d’un assaut héliporté mené par les troupes gouvernementales. L’armée avait bombardé le campement des FARC et avançait dangereusement en direction de Catalina et de son compagnon. Il lui a alors ordonné de se replier, tandis qu’il tirait à feu nourri sur les militaires.

«Les soldats l’ont tué parce qu’il avait osé leur tirer dessus pour couvrir mon repli», raconte Catalina.

Après plusieurs années de combat au sein des FARC, la jeune femme est parvenue à fuir.

Commence alors son séjour à Ciudad Don Bosco, où on lui offre le gite et le couvert, mais aussi et surtout l’occasion de mener une vie normale, après des années d’horreur et de violence.

La mission de la Cité Don Bosco s’appuie sur la philosophie pastorale et éducative des Salésiens. Le programme éducatif veut amener les enfants-soldats à faire la paix avec eux-mêmes et avec les autres, en leur apprenant à faire à nouveau confiance.

«Cela veut dire faire en sorte que, dès leur arrivée chez nous, ils soient entourés d’empathie, de confiance et de sollicitude, afin qu’ils sentent qu’ils font partie d’une famille», affirme Areiza, l’un des éducateurs de Ciudad Don Bosco.

Les pensionnaires sont également invités à participer à des thérapies individuelles et de groupe afin qu’ils puissent panser leurs plaies et arriver à entrevoir l’avenir avec confiance. Ils doivent également faire le point et s’assigner des objectifs afin de pouvoir réintégrer la société.

Selon le père Bejarano, les Salésiens et l’Église catholique colombienne veulent aider les jeunes gens à «croire en leurs rêves». Ils espèrent également redonner espoir, joie et dignité à d’ex-enfants-soldats comme Catalina et Manuel.

«Nous avons toujours été convaincus qu’à travers notre travail — la pastorale jeunesse salésienne — nous cheminons aux côtés des jeunes gens et les aidons à consolider leur personnalité afin qu’ils se donnent les moyens de réaliser leurs rêves», affirme le père Bejarano.

Junno Arocho Esteves, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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