Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises

Vingt ans d'engagement actionnarial pour les communautés religieuses

Trois fondatrices du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises: Claire Doran, Diane Boudreault et Rollande Paris.
Trois fondatrices du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises: Claire Doran, Diane Boudreault et Rollande Paris.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-11-19 16:51 || Canada Canada

«Ce n'est pas parce qu'il est moins présent dans les médias ces dernières années que le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) a cessé d'être efficace.»

À l'occasion du 20e anniversaire du RRSE qui a été souligné le 30 octobre à Montréal, la religieuse Esther Champagne a tenu à rappeler quelques interventions phares faites ces dernières années par les congrégations religieuses auprès des dirigeants et des actionnaires de grandes entreprises canadiennes.

L'ex-présidente du RRSE estime que les congrégations religieuses doivent continuer de «croire au pouvoir de leurs avoirs afin de créer un monde meilleur».

Leurs prises de parole, lors d'assemblées d'actionnaires, ont un poids toujours plus considérable depuis la fondation du RRSE. La preuve la plus éclatante, rappelle fièrement la religieuse membre de l'Institut Notre-Dame du Bon-Conseil, est cette assemblée de TransCanada PipeLines tenue le 27 avril 2018 à Calgary.

Les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ainsi que les Capucins du Québec avaient alors préparé une proposition à soumettre aux autres actionnaires de l'entreprise afin qu'elle fournisse «de l’information sur la façon dont elle évalue les risques et les occasions à long terme dans le contexte du changement climatique et de la transition actuelle vers une économie à faibles émissions de carbone».

«Les dirigeants ont préféré que l'on n'aille pas à l'assemblée», raconte la religieuse. «En fait, ils ont choisi de présenter eux-mêmes notre proposition et le conseil d'administration de l'entreprise a même demandé aux actionnaires de voter en sa faveur», lance-t-elle, triomphante.

La proposition des deux congrégations fut approuvée par 99,1% des membres votants.

«Dans notre histoire, ce n'était jamais arrivé qu'une entreprise assume intégralement une proposition venant d'actionnaires du RRSE.» La centaine de représentants des congrégations religieuses, présents lors de cette fête pour le 20e anniversaire du RRSE, ont applaudi cet exploit.

Enjeux climatiques

«Le RRSE se préoccupait d’enjeux climatiques bien avant que ceux-ci ne fassent les manchettes quotidiennement», a tenu à souligner Hélène Jacques, actuelle membre du conseil d'administration d'Æquo, un cabinet en engagement actionnarial. Cette entreprise fut fondée en 2016 par Bâtirente, qui offre des régimes de retraite, ainsi que par les communautés religieuses membres du RRSE. Hélène Jacques fut la première présidente d'Æquo.

Elle rappelle qu'en 2004, le RRSE «a établi sa marque en faisant reculer Québec dans le projet de centrale au gaz du Suroît».

«En tant que détentrices d'obligations d'Hydro-Québec, les communautés religieuses se sont opposées à ce projet qui aurait entraîné une augmentation de 2,5% des gaz à effet de serre émis par la province, allant à l'encontre du protocole de Kyoto», ajoute Mme Jacques, une administratrice de sociétés qui s'intéresse tout particulièrement à l'investissement responsable.

Cette opposition des communautés religieuses au projet du Suroît fut largement médiatisée, rappelle-t-elle. Fortes de cette victoire, les congrégations doivent plus que jamais continuer de surveiller à quoi servent les sommes d'argent qu'elles investissent dans les entreprises.

«C'est une façon pour les communautés religieuses de donner un sens à leur argent, de donner un sens à ce qu'elles font de leurs investissements et, finalement, de faire bouger des entreprises vers le progrès et la résolution d'enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.»

«Les entreprises sont maintenant habituées. Des groupes d'actionnaires veulent obtenir des réponses à leurs questions sur l'environnement, la justice sociale ou la gouvernance», dit Hélène Jacques, qui a été la toute première présidente du conseil d'administration d'Æquo.

Grâce à l'appui des congrégations religieuses membres du RRSE, le personnel d'Æquo «parle avec une soixantaine d'entreprises à chaque année».

«Il y a 10 ans, quand on réussissait à tenir quatre ou six dialogues par année, on était à bout de souffle», lance la religieuse Esther Champagne.

«Æquo est devenu nos mains auprès des entreprises», se réjouit-elle.

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