Une fabrique paroissiale a autorisé l’installation d’un moment funéraire portant le nom et le sigle d’un groupe de motards criminalisés. C’est le quotidien La Presse qui, le premier, a publié cette nouvelle tôt ce matin.
«Les Hells Angels érigent un monument peu catholique en plein cimetière», a-t-on titré à la une du journal. Les autorités catholiques diocésaines, elles, se disent scandalisées devant cette affaire.
Un monument récent
Dans la Ville de Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie, un cimetière ceinture l’église paroissiale du même nom. Du côté gauche, vers l’arrière, un monument funéraire, noir et beaucoup plus large que les pierres voisines, vient d’y être installé. Il ne présente aucun nom de personnes décédées. De plus, la terre qui l’entoure ne montre aucun signe qu’un cercueil y ait été récemment enfoui.
Mais dans la section centrale du monument, on peut aujourd’hui lire les inscriptions suivantes: Hells Angels, South (le nom d’un chapitre ou d’une section) et MC (l’abréviation anglophone de Motorcycle Club). Au centre de ces lettres gravées dans la pierre, on a aussi gravé le logo de ce club de motards criminalisés, soit un crâne et un casque ailé.
Comment la fabrique de Saint-Basile-le-Grand, l’entité qui gère ce cimetière, a-t-elle pu autoriser l’installation de ce monument?
Au diocèse de Saint-Jean-Longueuil, on explique partager l’indignation de la population face à la présence de ce monument qui veut rendre hommage à des motards criminalisés qui sont décédés. C’est «la mention inscrite sur cet ouvrage funéraire» qui les scandalise, ont fait savoir à Présence, très tôt ce matin, les autorités diocésaines.
«Après enquête, il appert que des manquements ont été observés quant au respect du règlement diocésain entourant les droits et obligations de la part du concessionnaire de ce lot», a-t-on expliqué dans une déclaration officielle.
Par ailleurs, ajoute-t-on, les inscriptions gravées sur ce monument du cimetière de Saint-Basile-le-Grand «constituent un élément portant atteinte au caractère spécifique d’un cimetière catholique». Elles contreviennent aussi au règlement du cimetière local qui demande que le concessionnaire d’un lot fasse approuver au préalable les spécifications (longueur, largeur, matériau utilisé, présence d’objets ou de statues) et les inscriptions à graver sur la pierre tombale.
Yvon Métras, le secrétaire général du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, assure que ce règlement «permet à la fabrique d’enlever ou de faire enlever tout objet non respectueux du rite catholique romain» qui serait apposé sur une pierre tombale. «Cela devrait être fait prochainement», ajoute M. Métras, sans indiquer toutefois une date ni préciser si seule l’inscription sera effacée ou si le monument funéraire en entier sera enlevé.
«Le diocèse de Saint-Jean–Longueuil regrette sincèrement l’embarras causé par ces événements et assure la population qu’il sensibilisera les paroisses dotées de cimetières à être plus vigilantes dans l’application des normes et règlements diocésains», ajoute Yvon Métras.
«Les princes de l’autoroute»
Présence a appris que le concessionnaire de ce lot au cimetière de Saint-Basile-le-Grand n’est pas un individu mais plutôt une firme nommée «Les princes de l’autoroute». Plusieurs reportages publiés dans L’Oeil régional, un hebdomadaire local, ont lié le nom de cette entreprise au chapitre South des Hells Angels.
Au diocèse de Saint-Jean-Longueuil, on confirme l’identité du concessionnaire de ce lot. On explique aussi que les autorités diocésaines vont rencontrer les responsables du cimetière paroissial afin de comprendre «comment on en est arrivé là».
«On va d’abord demander à ce que les inscriptions inappropriées soient retirées», assure Yvon Métras, le secrétaire général du diocèse.
Il ajoute ensuite qu’une concession est habituellement accordée à une famille ou à une individu. «On devra vérifier avec nos avocats la légalité de ce contrat», dit-il, puisque, dans ce cas, il a été signé par une entreprise.
Le règlement du cimetière de Saint-Basile-le-Grand précise que tout concessionnaire d’un lot doit être «la personne majeure ou le successeur désigné ou par exception un emphytéote qui, en vertu d’un contrat avec la fabrique, détient un droit de sépulture et en acquitte les coûts, les redevances et les autres charges afférentes.»
On précise ensuite que ce terme «s’applique aussi à une communauté religieuse et à un organisme à caractère religieux agréés par l’évêque». À l’article 3 du Règlement de cimetière de la fabrique de la paroisse de Saint-Basile-le-Grand, il n’est fait aucune mention du fait qu’une entreprise commerciale puisse obtenir ce droit de sépulture.
Voir aussi
Présence, Que s’est-il passé à Saint-Basile-le-Grand ?, 4 novembre 2025.









































