Lettre ouverte

Une institution en faillite

Une religieuse nettoie le plancher de l'église St. Mary's Abbey, à Glencairn, en Irlande, le 18 août 2018.
Une religieuse nettoie le plancher de l'église St. Mary's Abbey, à Glencairn, en Irlande, le 18 août 2018.   (CNS photo/Clodagh Kilcoyne, Reuters)
2018-08-24 16:19 || Monde Monde

Je suis un homme plutôt nuancé dans ses propos et rarement bruyant dans l’expression de ses opinions. J’estime qu’il faut garder sa capacité d’indignation pour les rares choses qui en valent le coût. Ces dernières semaines, comme tant d’autres catholiques, j’ai mal encaissé le dernier acte d’une sinistre suite de dénonciations sérieuses et fondées d’abus de nature sexuelle commis par des membres du clergé en grand nombre. Le lugubre tour du monde des affaires de pédophilie (de l’Australie aux États-Unis en passant par le Chili, l’Irlande et le Canada) commence à être un peu lourd à supporter pour le fidèle lambda. Les affaires récemment dévoilées par le procureur de l’État de Pennsylvanie ont eu l’avantage de livrer un verdict sans appel que l’on n’osait pas croire: ce n’est pas qu’une histoire d’individus déviants, c’est un système pervers qui a longtemps donné l’impunité à des délinquants dangereux. Et, de toute évidence, ce n’est pas de l’histoire lointaine. Quand on parle des années 90, il n’est pas question du XIXe siècle...

J’en tire deux conclusions dont je suis conscient de la gravité. Mais, à bien y penser, aussi durs soient les mots, ils ne sont rien à coté des horreurs commises.

  1. La crise que traverse l’institution catholique romaine est de l’ampleur de ce qui a conduit à la Réforme au XVe siècle. La délinquance largement répandue de la part d’un grand nombre de prêtres jette le discrédit sur l’ensemble du clergé, bien qu’une part importante d’honnêtes hommes soient sans tache. Luther dénonçait la corruption du clergé. Bien qu’un tel jugement soit injuste pour les hommes de bien, il ne s’en applique pas moins à ce qui est divulgué maintenant (et depuis une trentaine d’années). La «corporation professionnelle» des prêtres est en crise. Le clergé est sévèrement discrédité et il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Et comme si ce n’était pas assez, on comprend maintenant que les manoeuvres de cover up des délinquants de la part de l’épiscopat n’ont pas été épisodiques, le lot de quelques hommes dépourvus de jugement, mais une pratique coutumière largement répandue. Comme on dit dans le monde des affaires, cela relevait de la «culture d’entreprise». Or, faut-il le rappeler, ce sont des crimes qui ont été dissimulés, et des criminels qui ont été soustraits à la justice. Comment qualifie-t-on une organisation qui protège des criminels? Je n’ose écrire la réponse qui, à elle seule, indique que l’institution catholique est sur une trajectoire obscure. L’argument souvent entendu selon lequel les gestes de quelques-uns ne doivent pas confondre toute l’institution ne tient plus. L’institution, souillée par les crimes sordides d’un grand nombre de ses cadres, n’est plus crédible. Elle a failli à ses devoirs élémentaires: comment pourrait-on lui faire confiance?
     
  2. Le discrédit institutionnel est une chose. L’effondrement moral en est une autre. Comment ne pas être profondément scandalisé par le fait que le clergé s’est fait le porte parole des plus sévères consignes morales dans le domaine sexuel pendant que nombre de prêtres s’autorisaient ce que la plus élémentaire des morales naturelles interdit. On a chargé les fidèles, les femmes surtout, d’un fardeau moral parfois inhumain tout en fermant les yeux sur les plus immondes des comportements de prêtres. L’outrage est immense. Et la conclusion terrible: l’Église n’a plus aucune crédibilité dans le domaine. Elle devrait se taire pendant au moins un siècle avant de reparler de sexe. Je reprendrais volontiers les mots des Athéniens à saint Paul: «sur cette question, nous t’entendrons une autre fois», tout en virant les talons. Il faut être digne des exigences éthiques que l’on veut énoncer. L’Église a gravement failli à son devoir. Elle a fait de sa théologie morale la plus vaine des idéologies. À ceux qui disent qu’il faut distinguer le message de l’institution (et de son «hommerie») je dis que je vis dans le monde réel, dans le concret de la vie, pas au ciel. Et sur la terre, la crédibilité du discours moral va de pair avec la cohérence de ceux qui l’énoncent. Dans la foulée de Vatican II, le magistère romain a eu l'audace de reprendre à son compte un slogan du marxisme en déclarant l'Église «experte en humanité». Je n’aurais jamais cru qu’une si noble ambition deviendrait une cynique description du pire. Experte en humanité? Ça ne fait pas de doute, et dans ce qu’elle a de plus terrible...

Pour rester dans le ton, on se souvient du pauvre Loisy qui, dans un élan d’exaspération, avait eu ce mot ironique: «Le Christ a annoncé le Royaume et c’est l’Église qui est advenue!»

Aujourd’hui, dans une des crises les plus graves vécues par le catholicisme, l’Église s’est embourbée elle-même dans un désastre que les mots, les discours et les communiqués ne répareront pas. L’institution a rendez-vous avec le réel. Et, dans le réel, la fin est une hypothèse plausible.

Jean-François Bouchard
Éditeur

***
Seuls les commentaires signés sont approuvés pour publication. Les propos diffamatoires et les attaques personnelles sont ignorés.


16 Commentaire(s)

MARTIN || 2018-10-18 03:08:47

"Elle a fait, écrivez-vous, de sa théologie morale la plus vaine des idéologies". je suis entièrement d'accord avec ce propos. Il est frappant de constater qu'une recherche vivante en théologie morale n'existe plus, tout au moins dans l'aire francophone. Cette théologie morale se fait uniquement à Rome à la curie, et dans les termes et les catégories qu'on connait, tout le reste à été ostracisé et condamné. Le résultat est palpable sous nos yeux dans des dérives institutionnelles, une absence totale de discernement et de prudence, un dessèchement gravissime de l'intelligence. Le clergé ne peut pas ne pas en être affecté lui même ; la discipline ecclésiastique non plus.

Daniel Lafrenière || 2018-09-15 09:15:30

''Ce n’est pas qu’une histoire d’individus déviants, c’est un système pervers qui a longtemps donné l’impunité à des délinquants dangereux.'' Comme pour toutes les organisations criminelles des règles secrètes, des perceptions biaisées expliquent, si je peux m'exprimer ainsi la spécialisation de l'église dans ce genre de crimes monstrueux que sont les agressions sexuelles sur des enfants. J'écris un livre sur le sujet depuis trois ans. Je vous livre le chapitre X de ce livre: Une religion misogyne Plus j'avançais dans ma recherche, moins j'arrivais à comprendre comment une institution aussi puissante dans les années 50, 60, une organisation qui se proclamait une religion d'amour, pouvait s'en être pris avec une pareille violence à des femmes qui portaient un enfant. J'étais dépassé, je ne pouvais m'expliquer cette barbarie gratuite. Comment l'église pouvait s'être attaquer sans raison à des femmes qui étaient aussi vulnérables, sans être profondément dérangée? Que cachait cette cruauté, j'ai voulu savoir. Je voulais savoir au nom de quoi l’église avait traité des femmes enceintes comme s’il s’agissait de tas d'ordures. Je ne voyais rien de logique à tout cela, il me semblait qu'elle avait complètement dérailler, jusqu'à ce que j'ajoute les mots misogynie et argent à massacre de filles-mères... La misogynie comme une des motivations de l'église? Comme explication possible de sa cruauté envers des femmes enceintes? J’ai alors cherché dans son passé, des traces, des indices, qui pourraient me confirmer sa tendance à la misogynie. --La misogynie, littéralement haine des femmes , est un trait de caractère qui se manifeste par un sentiment de mépris ou d’hostilité, à l’égard des femmes.-- --Le machisme. Idéologie fondée sur l’idée que l’homme domine socialement la femme et que, à ce titre, il a droit à des privilèges de maître ; comportement conforme à cette idéologie.-- Sachant que la discrimination contre la femme est le crime contre l’humanité le plus subtile et le plus répandu, ce n’est pas par hasard que je me suis attardé à la misogynie comme possible explication car elle engendre exactement le genre de discrimination que l'église a fait subir aux filles-mères. Le Québec dans les années de ma naissance était un territoire contrôlé par une religion obsédée par la sexualité, pourquoi? Y avait-il un lien entre son obsession de contrôle sur tout ce qui touche la sexualité et sa misogynie? À part avoir produit le plus important bassin de pédophiles de la planète, quelles ont été les autres conséquences de la répression de l'église sur la sexualité? Qui sont ceux qui en ont le plus souffert? Ses religieux? Les femmes? Les jeunes garçons? Assurément c'est tout le peuple qui en a souffert mais plus particulièrement les femmes et les enfants mâles. Aussitôt que le mot sexe était prononcé, la femme devenait le bouc émissaire, la responsable de tous les désordres sexuels, la tentatrice, comme si aucun mâle n'avait de désir, de pulsions sexuelles. Les comportements discriminatoires et criminels de l'église envers les mères célibataires pouvaient-ils être associés à une perception sale et dysfonctionnelle de la femme véhiculé par les chefs religieux passés et présents? L'église catholique projette t'elle une image de la femme, qui est biaisée, discriminatoire et dégradante? Cette perception négative de la femme peut-elle expliquer pourquoi l'église s'oppose au mariage de ses prêtres? Aujourd'hui il ne fait plus aucun doute dans mon esprit que le célibat des religieux est faussement présenter comme l'obligation pour les religieux de se concentrer entièrement à leur ''ministère spirituel''. Quand à moi le célibat est imposé aux religieux depuis des siècles parce que l'église ne peux accepter que ses religieux mâles s'associent aient des relations sexuelles avec une femme. Elle définit tout acte sexuel avec une femme comme de la dépravation. Du même coup elle démonise la compagne que Dieu a choisit pour l'homme, c'est extrêmement tordu et illogique. Personne n'a osé questionner l'église à ce sujet, ce fut une grave erreur. Il aurait fallu la talonner sur tout ce qui touche ses enseignements et ses motivations, hélas nous étions sous hypnose. Mais la question concernant la perception de la femme c'est: Pourquoi l'église cache t'elle sa misogynie? Je n'ai plus aucun doute, après avoir regarder les faits en face et découvert les citations que je vous présente plus bas que la misogynie de l'église est une des responsables du malheur de milliers de filles-mères et est aussi responsable, par ricochet, du malheur de milliers d'enfants mâles agressés sexuellement par des religieux, y compris celui des Orphelins de Léger, Duplessis et Cie. Tous ces enfants ont été des victimes collatérales de la misogynie de l'église. Que ses religieux malades attaquent, agressent, sexuellement des milliers d'enfants semble avoir été perçu par l'église, comme étant moins grave, que de voir ses religieux se marier, la vérité c'est que l'église considère la femme comme la responsable de tous les maux de l'humanité... Voici quelques textes anciens très révélateurs, écrit par des chefs de l'église catholique, des papes, des pères de l'église qui décrivent la vraie perception de l'église face à la sexualité et la femme. ''Thomas d’Aquin enseignait que les femmes qui naissent sont des anomalies et c’était sa principale raison de les exclure de l’ordination''… « Jésus n’aurait pas choisi de naître d’une vierge, s’il avait été obligé de la regarder comme imprudente au point de laisser cet utérus, dans lequel le corps du Seigneur a été façonné, cette salle du roi éternel, être souillé par la présence de semence mâle.» Pontife Siricius à l’Evêque Anysius, 392 apJ.C « Même les animaux nous montrent... qu’ils sont inspirés par l’instinct de maintien de l’espèce et non par un avide désir d’union sexuelle.» Ambroise «...le désir sexuel corrompt non seulement la personne, mais aussi la nature... le désir sexuel, de par son instabilité, paralyse la raison.» Aquinas «Lors des rapports sexuels, l’être humain devient semblable à une bête.» Aquinas «Quiconque est un amant trop passionné de sa femme est un adultère.» Jérôme « Si un homme regarde de façon lascive sa propre femme, il pourrait de la même façon commettre l’adultère en son cœur.» Jean Paul II, 1980 «Même dans le cadre du mariage, on peut encourir le péché mortel [la damnation] par un excès de plaisir sexuel.» Augustin «...parce que même cette union légitime est dangereuse, sauf si elle est suscitée par la procréation.» Clément d’Alexandrie « Car si l’on enlève la procréation, les époux sont des amants éhontés, les femmes sont des prostituées, les lits conjugaux sont des bordels, et les beaux-pères des proxénètes.» Augustin « Je peux faire mon devoir conjugal... et... me retirer sans avoir joui, sans pécher et sans laisser la semence des générations s’écouler.» Cardinal Huguccio (parlant théoriquement ici), XIII° siècle « Le plaisir sexuel ne peut jamais être sans péché.» Grégoire Ier, VIII° siècle «... au vu de la pureté du corps du Christ, tout rapport sexuel est impur.» Jérôme** « mal « ... « punition « ... « sale « ... « souillant « ... « laid « ... « honteux « ... « maladif « ... « la déchéance de l’esprit « ... « l’humiliation de la raison par la chair « ... « vulgaire « ... « rabaissant « ... « commun aux bêtes « ... « brutal « ...« corrompu « ... « pervers «… Albert le Grand, docteur de l’Église au XIII° siècle. Pierre Darmon : --Le mythe que la femme est un être diabolique n’est pas une invention des ascètes chrétiens, mais le christianisme l’a très tôt repris à son compte avant d’en agiter l’épouvantail jusqu’au seuil du vingtième siècle. Pourtant, Jésus avait témoigné d’une si grande compréhension envers les femmes que ses disciples eurent du mal à le suivre dans cette voie. Alors que les Juives, exclues du Temple, n’avaient aucune part à l’activité des rabbins, Jésus s’entoure volontiers de femmes, cause avec elles, les considère comme des personnes à part entière. Aussi, lorsque tous ses disciples sauf Jean l’abandonnèrent, les femmes demeurèrent fidèles au pied de la croix et les quatre Évangiles nous les présenteront comme les premiers témoins de la Résurrection. C’est Tertullien (155-222) qui dénonce violemment les menées subversives de la femme. Il dit :C’est par sa faute que l’homme a été séduit par le diable, et c’est en cela qu’elle a brisé l’image vivante de la divinité et condamné le genre humain à sa perte. Pour se laver de cette souillure, elle devrait porter le deuil à jamais, rester couverte de haillons, se vouer à une pénitence éternelle. Dans le De Monomania, l’aversion de Tertulien pour la femme ira jusqu’à s’étendre à la maternité. Pour Tertullien toutes les femmes sont aussi responsables que la première femme elle-même de la sortie du paradis et de la perte de l’homme, image de dieu : Et tu ignores qu’Ève c’est Toi? Elle vit encore en ce monde, la sentence de dieu contre ton sexe. Vis donc, il le faut en accusée. C’est toi la porte du diable, c’est toi qui a brisé le sceau de l’Arbre, c’est toi qui la première a déserté la loi divine; c’est toi qui est venu à bout si aisément de l’homme, l’image de dieu. C’est ton salaire, la mort, qui a valu la mort même au fils de dieu.-- Dans cette tradition, un large fragment du discours théologique reste inspiré par la peur. En soi, sans doute, la chair n’est pas coupable. Elle n’en reste pas moins, selon l’expression de saint Ambroise, le « ministre du péché ». Et ce ministère ne peut s’accomplir que grâce à la complaisance des femmes. Jérôme reprend le même thème dans l’Épître à l’Océan (début du Ve siècle). Pour lui, la femme incarne « la porte du diable », « le grand chemin de l’iniquité ». Elle donne « la piqûre du scorpion et pour tout dire, elle est d’une race qui produit d’étranges désordres ». La concupiscence l’enivre, elle blesse la conscience de quiconque s’en approche et tout homme doit faire son choix entre « Dieu et cette fournaise de malice ». L’acte sexuel lui inspire un tel dégoût qu’il recommande à la femme de rester vierge. Pour saint Jean Chrysostome (fin du Ve siècle), « il n’y a point de bête si féroce sur la terre ». La femme est le « poignard du diable ». Les lions, les tigres et les léopards peuvent être domestiqués, à l’inverse de la femme. Et saint Jérôme va encore plus loin dans la dénonciation de cette femme qui n’est que « cendre, foin, sale pourriture qui a tiré son origine d’une vilaine semence ». En définitive, la femme est conforme à l’idéal des Pères de l’Église et des premiers théologiens du christianisme lorsque ses yeux se parent de modestie et sa bouche de silence, lorsque ses oreilles ne laissent filtrer que les paroles de Dieu et que le joug de Jésus s’attache à sa gorge. Et pour être sûre de plaire à Dieu, elle devra, selon les conseils de saint Cyprien, rechercher la gloire en souffrant qu’on la brûle, qu’on lui tranche la tête, qu’on la jette aux fauves. Ce sont là, précise ce Père, les plus riches joyaux de la chair et les meilleurs ornements du corps .-- Wow! Wow! Wow!Après avoir pris connaissance de ces écrits il m’est plus facile de m’expliquer l'extrême méchanceté de l’église envers des femmes enceintes, de comprendre pourquoi elle les condamnait toutes. C'est la réaction d'une institution qui pense que la femme est l'incarnation du péché, un déchet sur deux pattes... Avec de telles perceptions de la femme, enseignées à ses religieux mâles est-il étonnant qu'ils se soient cru obligés de demeurer célibataires? Cette vision épouvantable de la femme explique bien pourquoi, malgré que l'église n'avait absolument aucune raison valable de s'en prendre aux filles-mères, elle a quand même usé d'une violence psychologique monstrueuse à leur endroit. N'est-ce pas le genre de comportement d'une dictature misogyne?

Thibault Larue || 2018-09-06 05:59:00

Que dire aussi des discours traumatisants de l'église sur la sexualité ! En 1975, je découvre à 15 ans ma sexualité et mon orientation homosexuelle en même temps temps que les textes du Vatican (encycliques ? ) sur la sexualité qui renouvellent la condamnation de toute sexualité hors mariage ( "intrinsèquement désordonnée " !). Catholique pratiquant, une dizaine d'années de grande solitude affective s'ensuivront. Puis une vingtaine d'années de culpabilité et de honte viendront empoisonner mon existence pour non respect de la morale catholique. La difficulté d'être soi, de s'aimer. J'avoue , ça casse bien une personne ! Effectivement, l'église a perdu toute crédibilité pour "condamner". Mais peut être que des chrétiens ont encore à montrer en positif des voies concrètes d'humanisation de la sexualité. J'ose encore l'espérer.

Sophie Brouillet || 2018-08-28 13:30:47

Devant ce drame sordide de la pédophilie dans l'Église, les victimes ont droit à toute notre compassion et les coupables directs ou indirects méritent entièrement la colère et le désarroi que vous exprimez ici. Je les partage. Mais devant les réflexions que ces sentiments vous inspirent, je sens le besoin d'abonder dans le sens de certains des commentaires faits ici: je côtoie quotidiennement trop de gens d'Église dont le témoignage de vie est aussi remarquable que convaincant pour être tentée de réduire l'Église à la face sombre que nous en voyons ces jours-ci. Le monde du spectacle est lui aussi éprouvé par des révélations d'abus sexuels répandus et longtemps tus, avec le mouvement MeToo. On ne discrédite pas pour autant l'ensemble du milieu des arts ni la créativité artistique, et on n'en prédit pas la fin ! L'Église doit continuer de diffuser l'Évangile dans son intégralité, c'est sa mission propre, et l'appel à l'amour et à la sexualité responsables en font partie.

Dissake Paul || 2018-08-27 21:34:15

Mon Blanchard, J’ai lu et relu avec attention votre article. L’indignation y est à son comble, la gravité des faits est à déplorer. Être un fervent catholique exige de poser un regard lucide sur les faits et non point les nier. De sorte qu’une faute avouer peut être à moitié pardonnée. Les révélations éparses et multiples de part les continents montrent à suffisance l’exigence d’un système de non culpabilité, ou de protection des coupable. De fait, la raison d’Église, tout comme la raison d’État a eu prédominance sur l’exigence de vérité. Qui oserait dire que les faits reprochés à l’institution catholique sont de moindre importance ? Personne. C’est donc la preuve irréfutable que l’Église corps du Christ confiée aux mains d’hommes d’église est susceptible de pécher et donc de tomber. Et ce n’est que parcequ’on est tombé que l’on peut de relever. Si l’exigence de vérité nous pousse à pointer du doigt le mal de l’institution, l’exigence d’amour doit nous pousser à croire en ce qui, se part leur fidèle au message evangile, demeurent comme des lanterne au milieu de la nuit. Elles, ces lanternes ont à nous montrer le chemin, qui n’est autre que le Christ lui, chemin de Vie et Vérité dans l’Amour. Sans tomber dans l’outrance, nous devons croire en ces autres hommes de foi qui, de part leur témoignage, savent distinguer les deux corps du roi, selon l’expression de d’Ernst Kantorowicz en 1957. Alfred Loisy a raison de dire que le Christ a prêché le Royaume. Il n’a prêché que le Royaume. Ce Royaume, à la différence de l’institution, adviendra au jour promis. L’œuvre humaine disparaîtra en tant qu’elle est née dans le temps. Tout se qui naît et croit est appelé à mourir. L’empire romain n’a pas fait exception. Le temps vient où les vrais adorateurs adoreront le père en vérité et en esprit. Ce temps, c’est le temps du Royaume, Royaime de vérité et d’amour.

Geneviève Thibault || 2018-08-27 11:25:19

Cher Monsieur Bouchard, Je suis une jeune femme de 30 ans évoluant dans un siècle où il n’y a pratiquement plus de repère.. surtout en ce qui à trait au sexe! Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la Théologie du corps de Jean-Paul II, j’étais méfiante au départ! Pourquoi l’Église oserait parler de sexe!?! Je vais vous dire Monsieur Bouchard que la théologie du corps est magnifique et précieuse!!! Elle éveille en moi ce qu’il y a de plus beau! Je regarde l'être humain et les couples sous un autre regard. Allez donc lire Christopher West à ce sujet. Alors lorsque vous dites que l’Église devrait se taire sur le sujet, je ne peux qu’affirmer le contraire! Car les enseignements de l’Église révèle un projet qui est inscrit dans le cœur même de l’homme et de la femme! Je souhaite que l’Église, guidée par l’Esprit-Saint, continue son enseignement sur la sexe pour ma génération, ainsi que les prochaines!

Jasmin Lemieux-Lefebvre || 2018-08-27 07:45:11

La faillite morale de catholiques (prêtres, évêques ou laïcs) ne me fait pas perdre espérance en l'Église, Jean-François. Je suis d'accord avec toi, ses dérives institutionnelles doivent être condamnées avec force, mais sans éclipser la lumière de Jésus Christ qui l'habite toujours. À ce sujet, ce serait une bien mauvaise idée pour elle de ne plus s'exprimer avec sagesse sur l'amour et la sexualité. En cette période de notre histoire, la parole des personnes laïques sera particulièrement importante. J'en profite pour remercier l'immense majorité des prêtres et évêques qui poursuivent avec cohérence leur mission d'évangélisation. Unis dans la prière et dans l'action.

Marjolaine fortin || 2018-08-27 07:27:55

Moi j.ai connu un nombre incalculable de prêtres, religieux et jamais au grand jamais je ne pourrais accuser qui que se soit d,agresseur . Il ne faut pas généraliser , car un grand nombre sont intègres........

Martine Lamontagne || 2018-08-26 20:00:40

Propos justes et réfléchis qui décrivent précisément la réalité et la précarité de l'Église… Il y a un vieil adage qui dit:"On récolte ce que l'on sème…" Il aurait fallu que les exigences demandées soient aussi vécues par certains dirigeants de l'Église afin que l'Institution soit congruente. Mais l'Institution est une chose, l'Humain en est une autre. Il restera toujours des prêtres profondément authentiques et représentatifs du message de l'Évangile… Je continue de croire à la beauté et à la profondeur du message évangélique.

Roch Brisson || 2018-08-25 14:45:40

Je suis entièrement d’accord avec ce qu’écrit Jean François Bouchard. Nonobstant les scandales de pedophilies dont on n'entend parler, l’Eglise n’est plus une référence pour les jeunes et les moins jeunes. Les gens sont indifférents de ce que peuvent penser ou dire les conférences épiscopales. On s’en fout. Un peu comme l’écrit l’auteur de l'article, sur le sexe ou sur tout autre sujet, on en discutera une autre fois.

Jacques Lison || 2018-08-25 11:54:32

Un critique exemplaire (la plus respectueuse et la mieux frappée de toutes celles que j’ai lues), bien enracinée dans l’histoire de l’Église et sans appel. Ça libère de la lire, mais douloureusement...

denis tremblay || 2018-08-25 11:08:57

EN EFFET LE MEILLEUR ARTICLE ET DE LOIN

Hélène Grégoire || 2018-08-25 10:26:39

Très juste texte, analysant sans sensationnalisme une vérité qui crève les yeux et qui traduit le sentiment de tous les croyants incapables de se reconnaître dans cette institution que Jésus lui-même ne voudrait pas défendre. On peut se demander si l'Église survivra à cette horreur qu'elle a contribué à engendrer. Pire encore : on pourrait se demander à quoi ça servirait qu'elle y survive.

Gilles D’Astous || 2018-08-25 10:15:19

Vos mots sont très justes et révèlent la gravité de la situation. L’Église doit poser des gestes forts pour montrer un changement clair et net. D’aileurs, tout cela m’ébranle beaucoup et je me demande parfois si je m’y trouve encore à l’aise d’y demeurer ...

Paul Cadrin || 2018-08-25 09:47:17

J'ai 74 ans. Toute ma vie, j'ai été proche, même très proche à une certaine époque de membres du clergé, de religieux et de religieuses. Je n'ai jamais essayé de les compter, mais ça doit être de l'ordre de quelques centaines, certainement. Parmi toutes ces personnes qui ont consacré leur vie au service de l'Église, je compte un prêtre que j'ai parfois considéré comme un ami qui a été condamné dans un des procès les plus retentissants (aux USA) d'agression sexuelle sur des enfants. Un autre sur qui des soupçons planaient, mais qui a eu la bonne idée de mourir quelques jours avant que son procès s'ouvre. Donc deux tristes cas, qui, bien sûr, ont fait les manchettes "coast to coast". Sinon, ce sont des centaines de personnes intègres, dévouées, heureuses dans leurs fonctions ecclésiales, y compris au moins un évêque qui n'a pas cautionné des manoeuvres pour cacher des délinquants. J'ai connu un religieux qui entretenait clandestinement une relation amoureuse avec une femme consentante. Une situation déplorable, mais pas un scandale. Donc, au total, pour moi, l'Église, ce sont tous ces prêtres, religieux et religieuses qui ont tenu et tiennent encore à bout de bras une Église chancelante et secouée de toutes parts. Je sais que le comportement scandaleux du clergé a pour une bonne part motivé la Réforme que Luther a déclenché, mais cette Réforme a été suivie du Concile de Trente, qui a fait un ménage radical dans l'Église, et qui a été suivi par une phalange de grands saints, tant mystiques que "leaders" sur le terrain de l'évangélisation et du secours aux abandonnés de la société. Oui, je suis profondément blessé par la situation actuelle et je crois qu'elle forcera l'éradication radicale du cléricalisme qui l'a provoquée. L'Église à laquelle je crois, c'est celle de ces centaines de personnes qui répondent avec courage à leur vocation et qui seront les moteurs de cette réforme dont mon Église a tant besoin.

Laeticia Bank || 2018-08-25 07:44:29

Le meilleur article paru sur la question. Bravo. Vous exposez sobrement et brillamment l'horreur à laquelle nous faisons face. Merci monsieur Bouchard.

 

du même auteur

Un migrant d'Amérique centrale en route vers les États-Unis fait de l'auto-stop sur une autoroute près de Guadalajara, au Mexique, le 13 novembre.
2018-11-14 15:22 || Monde Monde

Photo du jour - 14 novembre 2018

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau et le ministre des Anciens combattants Seamus O'Regan assistent à une cérémonie commémorative le 10 novembre 2018 au Mémorial national du Canada à Vimy, en France, à l'occasion du 100e anniversaire de la fin de la Grande Guerre.
2018-11-12 09:58 || Canada Canada

Photo du jour - 12 novembre 2018

Des gens visitent un cimetière à Derio, en Espagne, l'occasion de la Toussaint, le 1er novembre 2018.
2018-11-01 16:40 || Monde Monde

Photo du jour - 1er novembre 2018

articles récents

Mgr Pierre-Olivier Tremblay est évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Il compte parmi les lecteurs et ambassadeurs de Présence.
2018-11-09 00:00 || Québec Québec || Aucun commentaire

Mgr Pierre-Olivier Tremblay, lecteur et ambassadeur de Présence

Un homme ému s'arrête devant un mémorial improvisé devant la synagogue Tree of Life de Pittsburgh le 29 octobre 2018.
2018-11-06 10:04 || Monde Monde || Aucun commentaire

Le virus mortel de l'antisémitisme

«Le poème s’intitule Novembre. Après, viendra l’hiver, le pays de Vigneault, le mien, le vôtre.»
2018-11-01 11:10 || Québec Québec || 10 Commentaire(s)

Vers le haut, avec Vigneault