L’ampleur des changements dus à la diminution des ressources humaines et financières au sein des institutions catholiques amène plus d’un observateur à se demander quel est l’état des lieux de la pastorale sociale au Québec et si elle possède encore un avenir. Afin de répondre à ces interrogations, Présence est allée sur le terrain à la rencontre des intervenants de différents milieux d’Église. Le onzième article de ce dossier est consacré au Parcours Amos lancé en 2022.
Faire appel à un paysan nommé Amos qui a vécu vers le milieu du 8e siècle av. J.-C, afin de faire connaître l’enseignement social de l’Église catholique, est un geste pour le moins audacieux. Penser que des croyants en 2025 puissent s’identifier à lui au point de s’en servir comme un guide l’est encore plus. C’est pourtant ce qu’a décidé de faire l’équipe conceptrice du Parcours Amos qui a comme but de sensibiliser les catholiques à la dimension sociale de la foi.
« Amos est un personnage que l’on identifie peut-être assez rapidement comme un prophète du Premier Testament. Cependant, il ne faut pas oublier que c’est d’abord un paysan, mais un paysan qui a exercé une activité prophétique. Il a pris le parti des exclus, des laissés-pour-compte. Sa parole et les grandes lignes de son intervention sont encore parmi nous aujourd’hui. Nous trouvions que c’était intéressant d’aller chercher ce personnage », explique Renaude Grégoire, conceptrice et rédactrice du Parcours Amos.
L’idée de concevoir une formation portant sur l’enseignement social de l’Église est venue à la suite d’une interpellation d’un groupe de catholiques du diocèse de Saint-Jérôme qui venait de suivre le Parcours Zachée conçu en France.
« Ce groupe souhaitait une adaptation québécoise, car le parcours français ne rendait pas tout à fait compte des particularités de notre société, de la façon québécoise d’agir en tant que chrétien dans la société et de l’histoire de l’engagement chrétien au Québec », souligne Simon Labrecque, adjoint au Secrétariat de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Il accompagne à ce titre le Conseil Église et société (anciennement nommé le Comité des affaires sociales) qui assure une veille des enjeux de société, s’intéresse aux questions de dialogue entre les Églises et les religions, de même qu’à la doctrine sociale qui soutient l’engagement des chrétiens.
Une conception en équipe
Dès 2021, et après avoir consulté les responsables diocésains de la pastorale sociale, le Conseil Église et société a fait appel à l’Office de la catéchèse du Québec, au Centre Justice et foi, ainsi qu’à plusieurs figures importantes du christianisme social, dont Daniel Cadrin, frère dominicain ayant dirigé l’Institut de pastorale des Dominicains de Montréal durant plusieurs années. Ensemble, ils ont conçu ce qui allait devenir le Parcours Amos.

« À la suite de notre sondage auprès des responsables diocésains, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un désir de faire découvrir la pastorale sociale, une dimension de la foi moins connue des catholiques aujourd’hui. C’était davantage connu à une certaine époque », selon Simon Labrecque.
Renaude Grégoire souligne pour sa part qu’il « y a un défi de renouveler et de mettre de l’avant la dimension sociale de l’enseignement chrétien, de l’Évangile et de la Bible. Il faut remettre tout cela de l’avant en tenant compte des défis qui se présentent dans notre société. »
Le Parcours Amos, dont le sous-titre est « Devenir solidaire. Agir ensemble », propose aux participants de s’attarder à des enjeux sociaux vécus par l’ensemble de la société québécoise. « Il y a différentes thématiques que nous abordons durant la formation : sauvegarde de la terre, appauvrissement des familles et des jeunes, travailleurs migrants temporaires, droits des Autochtones, personnes sans-abri et personnes aînées », indique Renaude Grégoire.
Voir, Analyser, Agir
Ces différents défis sociétaux sont abordés par l’approche issue des mouvements de l’Action catholique, résumée par la fameuse expression « Voir, Juger, Agir ». Renaude Grégoire explique : « Nous voulons que les participants puissent avoir un premier contact avec cette démarche, mais nous avons jugé que le verbe juger pouvait porter à confusion. Alors nous l’avons remplacé par analyser. Cette démarche fait partie des trésors de la foi chrétienne », affirme-t-elle.
Le Parcours Amos est composé de 10 rencontres d’une durée de 2 heures 30 chacune. Elles sont subdivisées en trois modules composés d’un minimum de trois rencontres. Ces modules sont précédés d’une introduction qui permet aux personnes participantes de nommer les grands défis de la justice sociale et d’apprivoiser l’approche Voir, Analyser, Agir.
Le Parcours Amos est interactif en ce sens qu’il invite les personnes qui y sont inscrites à jouer des rôles, à expérimenter certaines situations d’inégalités, à analyser, à lire des textes et des articles, à visionner des vidéos, à écouter des balados. « Il y a des questionnements, des échanges en équipe, il y a des moments de prière », ajoute Renaude Grégoire.
Durant la formation, les participants sont invités à aller à la rencontre d’un groupe ou d’une personne engagés socialement dans leur milieu afin de produire une vidéo, un article, un balado. Leur production médiatique sera ensuite présentée à leur communauté, à leur famille et leurs amis.
Formation et impact
Simon Labrecque souligne qu’à travers le Parcours Amos « on peut découvrir des moyens d’action variés, tels que la charité, l’aide directe, la politique. On leur montre que ces moyens peuvent être complémentaires. » Après avoir vécu le Parcours Amos, certains participants peuvent se dire « qu’un des moyens de faire entendre leur voix, c’est la manifestation dans la rue », renchérit Renaude Grégoire.
Au moment d’écrire ces lignes, le Parcours Amos s’est vécu à Montréal, à Québec, à La Pocatière et à Alma. Certaines communautés religieuses l’ont également offert à leurs membres. Environ 95 animateurs ont été formés jusqu’ici.
Un des participants interviewé par Présence a particulièrement aimé la rencontre publique réalisée par son groupe. « Nous avions invité une travailleuse de rue à venir nous parler des itinérants. Elle a livré son témoignage devant une trentaine de personnes. Cela a été très révélateur. Un travailleur de rue travaille dans l’ombre », relate André Bergeron, président de l’Assemblée de fabrique de la paroisse de Saint-Joseph d’Alma.
Ce dernier ne regrette pas d’avoir accepté de suivre le Parcours Amos. « C’était très concret! », lance-t-il.
Il a apprécié recevoir des informations sur le vécu des personnes sans-abri. « J’ai appris, entre autres, que pour un itinérant il n’y a pas de bonnes journées. Il y en a seulement de moins pires. L’ignorance peut mener au mépris. En étant plus au fait de ce qui se passe, notre regard juge moins et il devient plus bienveillant. »
Le Parcours Amos est également apprécié par les responsables diocésains de la pastorale sociale. C’est le cas de Daniel Pellerin, responsable de la Solidarité sociale du diocèse Saint-Jean-Longueuil. « Je suis content que cela existe. C’est important d’avoir des outils comme cela. Si le financement pour l’embauche du personnel pastorale en général vient à diminuer drastiquement, cela va prendre, au minimum, des outils de formation comme le Parcours Amos sur lesquels les bénévoles vont pouvoir s’appuyer dans l’avenir pour poursuivre l’enseignement et la formation des membres de leur paroisse. »
« Si les gens utilisent cette formation pour agir et être témoins de l’Évangile, c’est un succès! », conclut Simon Labrecque.
















































