Une autre œuvre sociale des Jésuites du Canada vit des moments difficiles. Après la fermeture du Centre justice et foi et de la revue Relations en janvier 2025, voilà que le Service jésuite des réfugiés (SJR Canada) est visé par une restructuration majeure.
«Il est vrai que l’on a déjà connu des jours meilleurs», lance Norbert Piché, directeur national du SJR Canada depuis onze ans, lorsque questionné par Présence.
«Mais voilà, c’est là notre nouvelle réalité, confie-t-il. Différents facteurs, survenus durant la dernière année, ont fait en sorte qu’on a dû prendre des décisions difficiles, dont celle de restructurer l’organisme.»

Cette restructuration est toutefois majeure, drastique même, puisque l’on cessera définitivement, au plus tard le 31 octobre 2026, soit dans deux mois, trois des quatre programmes menés par l’organisme depuis 2015.
Connu pour son engagement «en faveur du bien-être et de l’espoir des personnes réfugiées», le SJR Canada pilotait des programmes de parrainage de personnes réfugiées, d’accompagnement pastoral, de sensibilisation du public et de plaidoyer auprès des gouvernements. Cinq personnes, quatre laïcs et un jésuite, y travaillaient encore récemment, selon son site Web.
«Cette restructuration signifie qu’on n’aura dorénavant plus qu’une seule personne, à temps partiel, qui va demeurer en poste. Elle sera responsable des dossiers de parrainage qui sont déjà en cours, soit une trentaine», confirme M. Piché. Ce n’est pas ce dernier qui assumera cette responsabilité puisqu’il quittera dans les prochaines semaines l’organisme qu’il dirige depuis ses débuts au Canada, le SJR étant un organisme international.
Mais pas question de ne pas respecter les engagement pris envers les personnes parrainées, dit-il. Ce travail pourrait bien être complété en quatre ou cinq années. L’employé responsable de ce programme sera donc en poste «jusqu’à l’arrivée de la dernière personne réfugiée concernée par ces dossiers».
Et même si le gouvernement du Québec ouvrait de nouveaux programmes de parrainage, ce qui pourrait bien être en l’an 2030 selon les indications reçues, «il est certain que le SJR Cannada ne va pas présenter de nouvelles demandes», dit M. Piché.
Les causes
Plusieurs facteurs expliquent la nécessité de cette restructuration.
D’abord, Norbert Piché rappelle que le gouvernement du Québec a imposé de nouvelles règles qui «obligent des organismes expérimentés comme le nôtre à récolter dorénavant tout l’argent nécessaire pour qu’un parrainage soit fait».
Auparavant, explique-t-il, les co-parrains – les membres de la famille – devaient réunir les argents nécessaires pour le parrainage, puis remettre ces sommes à un organisme, comme le SJR Canada, afin qu’il les conserve en fiducie jusqu’à ce que la personne réfugiée arrive effectivement au pays.
Mais actuellement, si le SJR voulait parrainer 20 familles, il serait tenu de recueillir «une somme équivalente à 600 000 $ car les dépôts des co-parrains ne sont désormais plus admissibles», illustre le directeur national.
«Personne ne parle de cela», se désole-t-il, ajoutant que d’autres institutions et organismes, comme l’archevêché de Montréal par exemple, pourraient bien, devant de telles conditions, cesser d’offrir eux aussi ces programmes de parrainage.
Il rappelle aussi que le gouvernement a «entièrement suspendu le programme de parrainage au Québec jusqu’à la fin de l’année 2029, ce qui empêche le dépôt de nouveaux dossiers pendant cette période».
«Le gouvernement du Québec impose un nombre croissant d’obstacles au travail des organismes de parrainage, notamment par la réduction des seuils d’immigration et la suspension du dépôt de nouvelles demandes.
Ainsi, entre juillet 2024 et juin 2025, le SJR Canada a accueilli 15 personnes provenant de Syrie, d’Érythrée, du Burundi, d’Afghanistan, de République démocratique du Congo (RDC) et du Soudan, dans le cadre de son programme de parrainage.»
Extrait du rapport annuel 2024-2025 du Service jésuite des réfugiés Canada
Financement moindre, dépenses accrues
Enfin, le plus récent rapport annuel (2024-2025) du SJR Canada reconnaît que l’organisme a recueilli auprès du réseau jésuite et des communautés religieuses des sommes inférieures à l’année précédente. Ses dépenses ont aussi augmenté, notamment «en réponse aux besoins accrus d’un plus grand nombre de réfugiés».
Dans une lettre qu’il a acheminée il y a quelques jours aux autres organismes d’aide aux réfugiés, aux donateurs ainsi qu’aux communautés religieuses canadiennes, le directeur national du SJR Canada explique que l’organisme a subi cette année «des coupures budgétaires significatives et n’a pas été en mesure d’obtenir de nouvelles sources de financement pour assurer la pérennité de ses activités».
«Compte tenu de cette situation précaire, le conseil d’administration du SJR Canada a recommandé au provincial des Jésuites du Canada de procéder à cette restructuration. Celui-ci a accepté cette recommandation», a écrit Norbert Piché.
D’ici le 31 octobre, le directeur national entend clôturer certains dossiers administratifs et veiller à remettre les archives de l’organisme aux Jésuites du Canada. «Mais on ne fermera pas tout» puisque les programme de parrainage en cours seront finalisés, assure-t-il de nouveau.
Dans cette lettre aux sympathisants et donateurs, il confie, «le cœur lourd» que ce fut un «privilège de travailler à [leurs] côtés, de partager des préoccupations communes et de contribuer ensemble à l’accueil et à la défense des personnes réfugiées».
















































