Ce vendredi 6 novembre à Ottawa, le bureau canadien de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) organise un gala pour souligner son centenaire. À cette occasion, Présence s’est entretenu avec Adriana Bara, directrice nationale de CNEWA Canada.
Nous débutons la conversation en revenant sur la naissance de l’organisation, un siècle plus tôt. «L’association a été fondée en 1926 par le pape Pie XI. […] Depuis, nous travaillons en synergie avec les Églises catholiques orientales pour venir en aide aux personnes qui vivent des situations de guerre, ou de conflit ou qui ont été déplacées, par exemple. On leur vient en aide à la fois sur le plan humanitaire, éducatif et pastoral», explique Adriana Bara qui insiste sur la nécessité d’une collaboration étroite à l’échelle locale.
De l’Europe de l’Est au Moyen-Orient, en passant par l’Inde et le nord-est de l’Afrique, CNEWA déploie ses actions par l’intermédiaire de bureaux régionaux, notamment à Jérusalem, à Beyrouth ou encore à Amman. «Pour le programme d’Europe de l’Est, on a ici, à Ottawa, un bureau qui se concentre surtout sur l’Ukraine», précise la directrice nationale de CNEWA Canada.
«On aide tous nos voisins»
Au bout du fil, alors que notre conversation s’oriente vers le champ d’action de l’association, Dre Bara tient à rappeler que l’ensemble de la population peut en bénéficier, sans distinction de religion. «On n’aide pas seulement les chrétiens. On aide tous ceux qui viennent demander de l’aide à la porte des églises ou des programmes qu’elles ont établis. On aide les autres, pas parce qu’ils sont chrétiens, mais parce que nous sommes des chrétiens. En fin de compte, on aide tous nos voisins», appuie-t-elle avant d’illustrer son propos. «À Gaza, il y a deux églises : l’église catholique de la Sainte-Famille et l’église orthodoxe Saint-Porphyre. Notre bureau de Jérusalem travaille avec ces églises et 90 % des personnes qui demandent de l’aide ne sont pas chrétiennes. Elles sont de confession musulmane».
«On aide les autres, pas parce qu’ils sont chrétiens, mais parce que nous sommes des chrétiens.»
Dre Adriana Bara
Ayant elle-même visité le terrain au cours des dernières années, elle a pu constater de ses propres yeux la différence apportée par l’association. D’autant plus que dans un contexte de multiplication des conflits armés, CNEWA ne cesse d’être sollicitée. «Je peux vous donner un exemple au Liban. Avec la guerre au Moyen-Orient, beaucoup de personnes se déplaçaient du sud vers le nord du pays. Mais il y a aussi des personnes qui sont restées sur place. Le nonce apostolique, avec le directeur du bureau de Beyrouth et des autres collègues, y sont allés avec de l’aide […] J’ai été témoin de toute leur énergie pour aider nos frères et sœurs. Et parfois, je peux même dire qu’ils risquent leur vie parce qu’ils vont très près des lignes de guerre», relate Mme Bara.
100 ans de service
Pour la directrice nationale de CNEWA Canada, ce centenaire de mission «représente beaucoup de générosité de la part des chrétiens nord-américains à l’égard de leurs frères et sœurs dans des régions où l’Église vit très difficilement. C’est une étape qui symbolise la solidarité dont on fait preuve».
«Le centenaire de CNEWA nous rappelle que la solidarité n’est pas qu’une réponse passagère à une crise. La solidarité est un engagement à demeurer proches de nos frères et sœurs, en particulier lorsque la guerre, les déplacements et la pauvreté menacent leur dignité et leur avenir», souligne pour sa part Mgr Marcel Damphousse, archevêque d’Ottawa-Cornwall et président du conseil d’administration de CNEWA Canada.
Lors de la soirée célébrant le centième anniversaire de l’organisation, le prix Foi et culture sera remis à Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk, archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cette distinction vient récompenser son engagement auprès du peuple ukrainien. «Lorsque j’étais en Ukraine, j’ai vu son impact. C’est une personne courageuse, toujours très proche des lignes de la guerre et qui distribue lui-même de l’aide humanitaire. Il est un exemple d’excellence pour tous », affirme Adriana Bara, avant de poursuivre avec un souvenir qui illustre son propos : «Une fois, on a entendu des sirènes. Des avions de combat nous survolaient et on était tous sur le point de fuir. C’est lui qui nous a dit de ne pas nous inquiéter et qu’on n’avait pas besoin d’avoir peur. Cette fois-là, j’ai vu son courage en action.»
Continuer la mission
Collaborateurs, partenaires, responsables ecclésiaux et autres amis de CNEWA venus des quatre coins du Canada et du monde entier figurent sur la liste des invités de vendredi soir. Projection de vidéos retraçant l’histoire de l’association et présentation du père John O’Brien sont également au menu des festivités. «Ce n’est pas un gala comme les autres, où l’on ne fait que se retrouver et célébrer. C’est un gala dans lequel on veut prier ensemble, partager le pain et se rencontrer parce qu’il y a plusieurs donateurs que l’on ne voit pas», souligne la directrice nationale de CNEWA Canada.
«Le centenaire de CNEWA nous rappelle que la solidarité n’est pas qu’une réponse passagère à une crise. La solidarité est un engagement à demeurer proches de nos frères et sœurs, en particulier lorsque la guerre, les déplacements et la pauvreté menacent leur dignité et leur avenir.»
Mgr Marcel Damphousse
Notons que les fonds recueillis lors de cette soirée serviront à soutenir les initiatives humanitaires et pastorales de CNEWA. Pour rappel, en 2025, CNEWA Canada a consacré plus de 5,9 millions de dollars au maintien et au développement de ses programmes.
«Cette soirée, c’est une rencontre de cœurs à cœurs. C’est voir ce que l’association a accompli pendant les 100 dernières années, mais aussi comment on peut continuer notre belle mission à l’avenir. Nous sommes très fiers de ces 100 ans et on espère avoir au moins un autre 100 ans d’aide», conclut Adriana Bara avec espérance.
















































