Les médias d’ici ont peu – sinon pas du tout – mentionné le 8e centenaire de la mort de saint François d’Assise. Pas même un entrefilet le jour anniversaire de son décès, le 3 octobre 1224.
Mais il y a 100 ans, dans les quotidiens du Québec, c’était une toute autre histoire.
Le Devoir du vendredi 1er octobre 1926 annonce que le soir même s’ouvriront à Montréal les fêtes du 7e centenaire de la mort de saint François d’Assise. Plusieurs messes et activités commémoratives sont proposées aux catholiques durant les trois jours suivants. Mentionnons le sermon que prononcera l’historien et sulpicien Olivier Maurault (1886–1968), depuis peu le nouveau curé de l’église Notre-Dame – et le futur recteur de l’Université de Montréal –, sur «l’influence morale de saint François».
Le lundi 4 octobre, La Presse publie un long compte rendu des premières activités commémoratives. Le quotidien note la présence à Montréal du franciscain Victor Dreyer, premier vicaire apostolique de Rabat, au Maroc. Pour cet évêque, qui a été un moment commissaire provincial des franciscains du Canada, François d’Assise a encouragé ses fils et ses filles de la famille franciscaine à renoncer au luxe et à mener une vie simple.
«Ne possédez pas de vêtements, pas de chaussures et pas d’argent dans votre ceinture. Voilà la grande règle de saint François. Jetez votre sollicitude dans le sein du Christ et il vous aidera», a déclaré Mgr Dreyer.

Quant à L’Action catholique de Québec, son édition du lundi 4 octobre propose sur sa première page une illustration montrant saint François en prière, attribuée au graveur français Henriquet. (En Italie, le Catalogue général des biens culturels présente cette même gravure mais indique qu’elle est plutôt l’œuvre du graveur allemand Guttenberg Heinrich.)
Une bonne partie de la page 2 du quotidien Le Devoir du 4 octobre offre le sermon complet du sulpicien Maurault qui rappelle que François avait «horreur de l’argent». «Il voulait que ses frères gagnent leur pain quotidien par le travail de leurs mains et, si le travail n’avait point rapporté de pain, qu’ils le mendient.» Il tenait aussi pour un vol le fait «d’acquérir des aumônes au-delà de ses besoins».
Olivier Maurault déplore qu’en 1926, 700 ans après la mort de saint François d’Assise, «l’argent est tout-puissant, qu’il achète tout, même les consciences, même les âmes».
«D’admirables initiatives échouent parce que l’argent manque; en revanche les pires entreprises réussissent parce que l’argent abonde. Le sujet de la conversation de l’homme de la rue, c’est l’argent; la préoccupation constante de milliers d’êtres, c’est l’argent. Et plus on en a, plus on en veut. Quand on le tient, c’est pour le gaspiller follement ou pour en faire son Dieu et l’adorer», dit-il.
Deux jours plus tôt, le rédacteur Omer Héroux avait signé un billet à la une du Devoir dans lequel il rend hommage aux franciscains et aux capucins québécois. «Quarante ans ne se sont pas encore écoulés depuis leur retour. et déjà leurs oeuvres se multiplient, comme leurs maisons. Quarante ans ne se sont pas encore écoulés, et des fils de saint François nés chez nous travaillent et prient déjà dans les missions lointaines,»
Enfin, le 5 octobre, Le Devoir salue la présentation, au Forum de Montréal, de l’oratorio Franciscus d’Edgar Tinel. Ce spectacle vient clôturer les fêtes du 7e centenaire de la mort de François. Le ténor Rodolphe Plamondon «a été merveilleux» dans son interprétation du saint d’Assise, écrit le critique musical Frédéric Pelletier. «On ne s’étonne plus, en l’entendant dans un rôle si éminemment fait pour lui, qu’Europe il ait acquis la réputation de chanteur d’oratorio qu’il possède», ajoute-t-il.















































