Le Site historique Marguerite-Bourgeoys et la Maison Saint-Gabriel, en collaboration avec Fibreshed Québec ainsi que plusieurs artisanes et artisans, ont créé une exposition-performance inédite de trois heures le 22 septembre dernier dans le cadre de la Semaine Mode de Montréal.
«La fibre en mouvement : une soirée au cœur des textiles» a permis aux visiteurs de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours de tisser des liens entre passé et présent en puisant dans la riche histoire textile de la Congrégation Notre-Dame.
«Il s’agit d’une façon de mettre en valeur nos collections de façon inédite, en sortant des objets qu’on ne sort pas ou peu normalement, comme la broderie de Jeanne le Ber ou un exemplaire du Coutumier de la Congrégation de Notre-Dame», a expliqué Stéphan Martel, directeur adjoint du Site historique Marguerite-Bourgeoys. Si l’événement n’a duré que le temps d’une soirée, plusieurs éléments seront à nouveau présentés au grand public au Musée acadien du Québec à partir de novembre 2026.
Mémoire des soeurs enseignantes
Le partenariat entre la Semaine Mode de Montréal et les organismes préservant le patrimoine de la CND peut paraître surprenant, mais il s’agit d’un mariage naturel pour Philippe Denis, chercheur en patrimoine et Directeur adjoint aux opérations du Site historique Marguerite-Bourgeoys.
«Filer était la méditation de nos grands-mères.»
Éveline Ménard, artisane
Ce dernier a détaillé le fait que l’École de tissage Bonsecours de la Congrégation de Notre-Dame a longtemps occupé le site de l’actuel Site historique Marguerite Bourgeois, de 1969 au milieu des années 1980. «Des professionnelles du textile comme Rosie Godbout (récipiendaire de l’Ordre des arts et des lettres du Québec) sont passées par cette école et ont actualisé des techniques anciennes.»
Sa plongée dans les réserves de la Maison Saint-Gabriel a révélé un patrimoine textile important, celui des sœurs de la CND, qui ont enseigné la broderie, le tricot et la couture à des générations de femmes.
Le directeur adjoint mentionne encore Agathe de Saint-Père, probablement une des premières étudiantes de Marguerite Bourgeoys, qui a fondé en 1705 la première manufacture de textiles de la Nouvelle-France, dans l’actuel Vieux-Montréal, pour palier une pénurie de chanvre et de lin et assurer un prix plus abordable que celui des marchandises importées.
Installer l’exposition-performance le temps d’une soirée au Site historique Marguerite-Bourgeoys était donc une manière d’être un passeur de mémoire, de faire connaître les artisanes et artisans d’ici et de mettre en valeur la richesse textile de la CND.
Broder l’histoire de l’artisanat d’hier à aujourd’hui
Dans la chapelle, différents panneaux explicatifs revenaient sur l’histoire du textile au Québec. On y apprenait entre autres, que si les moutons à laine sont présents au Québec depuis le 17e siècle, la laine d’ici n’a gagné en considération qu’au 19e siècle. Le travail pour en faire un vêtement est long, entre la tonte, le tri, le lavage, le cardage (démêlage), le filage, la teinte et enfin le tissage.
Travaillant au rouet, Éveline Ménard a rappelé le travail derrière chaque pièce des tissus que nous portons. Par exemple, pour filer une balle de laine, il lui faut entre quatre et cinq heures, sans compter les autres étapes avant et après.
Les sœurs de la Congrégation Notre-Dame ont enseigné la broderie, le tricot et la couture à des générations de femmes.
C’est long ? «Il faut relativiser le temps, filer était la méditation de nos grands-mères.»
Toujours dans la question du temps, elle a révélé qu’il a fallu 30 heures à elle et sa collègue Alexandra Prieur pour feutrer la laine nécessaire aux redingotes d’inspiration Louis XV que M. Denis a créées et exposées dans l’église.
Une autre artisane, Virginie Langlois, faisait quant à elle découvrir la technique de crochet japonaise amigurumi, un art ancien, adapté au goût du jour et par lequel elle crée de petites peluches. Ses explications reliaient l’artisanat à la justice sociale. Puisqu’il n’y a encore aujourd’hui aucune machine industrielle pour faire du crochet, a-t-elle souligné, tout vêtement grande surface avec des éléments en crochet est forcément fait main, et les bas prix reflètent le traitement réservé aux artisans derrière ce travail.
Elle a aussi déploré le fait que l’IA s’immisce dans ce domaine et que plusieurs faux patrons infaisables, créés en quelques secondes, sont vendus en ligne au détriment de boutiques de vrais experts du crochet.
Bref, comme le souligne M. Martel, «le patrimoine peut avoir un impact sur les gens, peu importe ce qu’ils aiment, comme la mode.»





















































